13 octobre, journée mondiale de la vue : impact du programme "VISION 2020" sur le VIH

Publié le 13.10.2011 | par Patricia Fener

Le deuxième jeudi d’octobre célèbre la Journée mondiale de la vue, mise en place par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et dont le thème en 2011 est "la santé des yeux et l’égalité d’accès aux soins". A cette occasion a été créée l’initiative mondiale VISION 2020 dont l’objectif est d’éliminer, en tant que problème de Santé Publique, les principales causes de cécités évitables et/ou qui peuvent être traitées, d’ici l’an 2020. L’infection à VIH/sida est responsable de manifestations oculaires qui peuvent se compliquer de cécité dans les pays à faible revenu.

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Parmi les huit objectifs du Millénaire pour le Développement adoptés par l’Organisation des nations unies (ONU), sept dépendent de mesures liées à la mise en oeuvre de VISION 2020
L’objectif 6 du Millénaire pour le Développement qui est de combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d’autres maladies, est dépendant de ce programme.

VISION 2020, programme mis en place le 18 février 1999, est le fruit d’un partenariat entre l’Organisation mondiale de la Santé et plus de 20 organisations non-gouvernementales internationales impliquées dans la prévention de la cécité et regroupées dans l’Agence Internationale pour la Prévention de la Cécité (IAPB). Son objectif est d’apporter un appui technique et financier aux pays qui se sont officiellement engagés dans le processus de VISION 2020.

Les programmes VISION 2020 de lutte contre l’onchocercose ou le trachome contribuent à réduire l’impact du VIH/SIDA, du paludisme et d’autres maladies
Dans les pays à faible revenu, les maladies susceptibles d’entraîner une cécité comme le trachome [1] et l’onchocercose (cécité des rivières) [2] sont endémiques en milieu rural et dans les régions urbaines démunies. Elles ont d’importantes conséquences au niveau de l’éducation et de la productivité.

Les personnes porteuses d’une pathologie oculaire sont soumises à des facteurs de risque qui conduisent au VIH/sida, au paludisme et à d’autres maladies, car elles sont plus exposées à la marginalisation, à la discrimination, à l’analphabétisme et à la pauvreté.

Les programmes VISION 2020 de lutte contre l’onchocercose ou le trachome réduisent l’impact du VIH/SIDA et du paludisme sur les individus et sur les familles car ils sont fondés sur une approche de Santé publique proposant des services de santé oculaire préventifs et curatifs et des formations axées sur la santé maternelle et infantile et l’éducation sanitaire. Les patients sont pris en charge dans des structures sanitaires, facilitant ainsi l’accès aux mesures de prévention et de dépistage de l’infection à VIH.

Des aspects socio-économiques de la cécité et des déficiences visuelles bien identifiés
Une analyse de la distribution mondiale des déficiences visuelles, réalisée par l’OMS, met en évidence une plus grande prévalence dans les pays en développement avec un bas revenu per capita.

Les cécités évitables les plus prévalentes dans ces pays sont la cataracte et le trachome. Une insuffisance et une inégalité dans l’accès à la prévention et aux soins de santé oculaires représentent les principaux facteurs limitant la réduction des déficiences visuelles qui pourraient être évitées dans les régions du monde les plus peuplées et les plus pauvres.

La nécessité d’une prévention des cécités dues au VIH
Une enquête hospitalière transversale sur deux mois, menée à l’Institut d’Ophtalmologie Tropicale de l’Afrique (IOTA) de Bamako, a montré la place importante des complications oculaires de l’infection à VIH dans le handicap visuel de la population la plus active sur le plan économique et social.

L’étude a porté sur 828 patients âgés de 18 à 50 ans, venus consulter une première fois entre le 1er avril et le 4 mai 2003.
Chaque patient a bénéficié d’un examen ophtalmologique complet et les données ont été recueillies sur un formulaire d’enquête.
Le principal motif de consultation était la baisse d’acuité visuelle dans 40 % des cas.
Sur le plan du diagnostic 626 cas (75,5 % ) d’atteintes organiques et 153 cas (18,5 %) d’amétropies étaient retrouvés. L’examen oculaire était normal pour 49 patients (6 %).
La cécité binoculaire (48 cas) représentait 5,8 % des cas. Les causes étaient dominées par la cataracte (29,2%) et le glaucome (22,9%). Les manifestations oculaires du VIH/SIDA représentaient la 3ème cause avec 14,6 % cas.

Des manifestations oculaires graves au cours de l’infection à VIH dans un contexte d’immunodépression sévère
Les différentes études sur le sujet montrent :
- l’existence d’une corrélation entre le taux de CD4 et la survenue de complications ophtalmologiques, avec dans la plupart des cas un taux moyen de CD4 inférieur à 100 par mm3 ;
- des atteintes oculaires directement liées au VIH ou dues à des infections opportunistes,

  • pour les manifestations liées au VIH, on retrouve un grand nombre d’atteintes rétiniennes sous la forme de micro-angiopathies en rapport avec une atteinte de l’endothélium des capillaires rétiniens par le VIH,
  • pour les étiologies infectieuses lors d’infections opportunistes, les micrororganismes les plus fréquemment retrouvés sont le Cytomégalovirus (CMV), le virus varicelle-zona (VZV), Cryptococcus neoformans et Toxoplasma gondii.

Source

-  OMS  : Plan pour la prévention de la cécité et des déficiences visuelles évitables 2009-2013
-  OMS  : Prévention de la cécité et des déficiences visuelles
- Lamzaf L, Ammouri W, Berbich O, Tazi Mezalek Z, Adnaoui M, Aouni M, Harmouche H. Les complications oculaires au cours de l’infection par le VIH : expérience du pôle d’excellence Nord du Maroc. Journal Français d’Ophtalmologie, 2011, vol. 34, n° 2, pp. 75-82.
- Traore J, Boitte J. P, Omgbwa Eballe A, Momo Zefack G ; Perez D. Importance du handicap visuel dans une population de consultants en ophtalmologie : A propos de 828 cas à l’institut d’ophtalmologie tropicale de l’afrique de bamako. Médecine tropicale, 2006, vol. 66, no5, pp. 477-480.

Pour en savoir plus :
-  Femmes et sida  : VIH et complications oculaires


[1] Le trachome est l’une des maladies infectieuses les plus anciennement connues de l’humanité. L’agent infectieux responsable est Chlamydia trachomatis, un micro-organisme qui se transmet par le contact avec les sécrétions oculaires de la personne infectée (par des serviettes, des mouchoirs, les doigts, etc...) et par des mouches.
Après des années de réinfections répétées, l’intérieur de la paupière se sclérose et elle se retourne vers l’intérieur (entropion) et les cils viennent frotter sur le globe oculaire (trichiasis) et en particulier la cornée. Si cet entropion-trichiasis n’est pas traité chirurgicalement, il entraine l’apparition d’opacités cornéennes et une cécité irréversible.
Source : OMS, Maladies oculaires prioritaires (le trachome)

[2] L’onchocercose est une maladie provoquée par un parasite nommé Onchocerca volvulus et transmise par une simulie (petite mouche noire), dont le nom scientifique est Simulium damnosum. C’est dans le monde la deuxième cause infectieuse de cécité. Elle se rencontre le plus souvent en Afrique sub-saharienne, mais elle est également répandue au Yémen et en Amérique latine.
Source : OMS, Onchocercose

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