Alimentation et VIH : comment bien se nourrir

Publié le 10.08.2010 | par Claire Criton

Avoir une alimentation saine et équilibrée est particulièrement important lorsque l’on est séropositif. En général, une alimentation normale est suffisante pour satisfaire les besoins nutritionnels. Il est rarement nécessaire de prendre des suppléments nutritionnels particuliers. Continuer de bien manger et de bien boire est très important, même en cas d’effets secondaires des médicaments ou de maladie liée au VIH. Attention, certains médicaments anti-VIH ont des restrictions alimentaires particulières.

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Sida et nutrition

Le régime doit être équilibré et contenir les aliments suivants :

- des féculents car ils contiennent des hydrates de carbone pour les apports d’énergie, ainsi que des minéraux, des vitamines et des fibres. Il faut en manger à chaque repas.

- des fruits et des légumes pour les vitamines, les minéraux et les fibres ;

- de la viande (volaille, poisson), des œufs, des haricots secs, des fruits secs à coque qui apportent des protéines, des minéraux et des vitamines (particulièrement la vitamine B12 dans la viande) ;

- des produits laitiers, lait, fromages et yaourts qui apportent des vitamines, des minéraux et plus particulièrement du calcium ;

- des matières grasses issues des huiles de cuisine, du beurre, de la margarine, de la viande et autres aliments à base de protéine qui apportent de l’énergie, des acides gras essentiels, des vitamines liposolubles (A, D, E, K), du calcium et du phosphate. Les matières grasses doivent constituer 30 à 35% de la consommation calorique quotidienne.


L’alimentation aide à contrôler les perturbations métaboliques observées chez les personnes qui prennent des médicaments anti-VIH, notammant en cas de lipodystrophie.

- Lorsque le taux de cholestérol est élevé et que le patient prend des antirétroviraux, il est important de réduire la consommation de graisses saturées. Dans ce but, il faut réduire la consommation de viande rouge (bœuf, mouton, queue de bœuf et porc), des produits laitiers (beurre, crème, lait entier, fromage, et yaourt au lait entier) et des graisses végétales (huile de palme, crème ou huile de noix de coco).

- la consommation de cinq portions de fruits et légumes par jour est conseillée. Une portion est équivalente à un fruit, à une bonne cuillerée de légumes, à une poignée de fruits secs ou à un petit verre de jus de fruit frais.


Les compléments alimentaires (vitamines, nutriments, et médicaments supplémentaires à base de plantes) peuvent modifier l’efficacité des médicaments anti-VIH.

- Les gélules à base d’ail diminuent l’activité du Saquinavir (INVIRASE®), un inhibiteur de protéase. Elles auraient le même effet sur d’autres inhibiteurs de protéase ;

- L’herbe de la St Jean (Millepertuis), un antidépresseur à base de plantes, est déconseillé chez les personnes qui prennent des inhibiteurs de protéase ou des inhibiteurs non-nucléosidiques (INNTI) ;

- la pomme de terre africaine et le sutherlandia, deux plantes très utilisées en Afrique, interfèrent avec l’aptitude de l’organisme à métaboliser les inhibiteurs de protéase et les INNTI ;

- l’aloès, l’huile de bourrache, la déhydroépiandrostérone ou DHEA, le ginkgo, la réglisse, le Chardon-Marie et la valériane sont également déconseillés.


De grosses doses de vitamines peuvent en fait être dangereuses.

- La vitamine A peut entraîner des troubles hépatiques et osseux, des vomissements et des maux de tête à des doses supérieures à 9000 microgrammes pour les hommes ou à 7500 microgrammes pour les femmes. Les femmes enceintes ne doivent pas prendre de suppléments contenant de la vitamine A sans consulter leur médecin car une dose élevée peut être dangereuse pour le fœtus.

- La vitamine C à des doses supérieures à 1000 mg par jour peut provoquer des calculs rénaux, des diarrhées et un durcissement des artères. De plus, des doses élevées de vitamine C font baisser la concentration d’Indinavir dans le sang.

- La vitamine E à des doses supérieures à 800 mg par jour est associée à des effets néfastes ; une grande prudences est conseillée en cas de prise d’anti-coagulant ou d’hémophilie.

- Le zinc à des doses supérieures à 75 mg par jour peut entraîner des carences en cuivre, une neutropénie et une anémie.

- Le sélénium à dose supérieure à 750 microgrammes par jour peut être cause d’une immunodéficience.

- La vitamine B6 à plus de 2 g par jour a été associée à des troubles nerveux, mais des doses aussi basses que 50 mg ont été associées à la neuropathie périphérique.

- Le calcium à des doses supérieures à 1,5 mg provoque une hypercalcémie (taux élevé de calcium dans le sang).

Il est conseillé de signaler à son médecin, à son pharmacien ou à son diététicien les suppléments alimentaires que l’on consomme.


Une consommation modérée d’alcool est autorisée chez les personnes séropositives.

- Cependant Il est particulièrement important pour les personnes séropositives de faire attention à leur foie, en particulier parce que le foie joue un rôle important dans la métabolisation des médicaments anti-VIH. La consommation d’alcool doit donc rester très modérée et répartie sur la semaine. Il ne faut pas boire en un jour la quantité autorisée de la semaine !

- Les personnes co-infectées par une hépatite B ou C doivent éviter de consommer de l’alcool.


Deux litres d’eau par jour sont conseillés pour aider l’organisme à métaboliser correctement les médicaments et pour éviter les effets secondaires.

- En cas de CD4 inférieurs à 200, l’eau potable devra être bouillie pour diminuer les risques d’infections hydriques comme la cryptosporidiose. Une fois bouillie et refroidie, l’eau peut être conservée dans une bouteille ou dans une carafe recouverte dans le réfrigérateur pendant 24 heures. On peut l’utiliser pour boire, préparer les aliments et se brosser les dents.

- Attention, les eaux minérales achetées ne sont pas garanties sans infections hydriques. Les carafes filtrantes ne sont pas la solution.

- Il faut boire davantage en cas d’exercice physique, de diarrhée ou de vomissement.


La séropositivité rend plus vulnérable aux intoxications alimentaires surtout en cas de CD4 inférieurs à 200.

- La préparation, la cuisine et la conservation des aliments doit être soigneuse.

- La viande crue, le poisson cru, les œufs crus, le poulet, la volaille ou le porc mal cuit doivent être évités.

- Les fromages non pasteurisés ou les fromages bleus (comme le gorgonzola ou le stilton), le lait et les yaourts non pasteurisés sont déconseillés, de même que les yaourts fermentés et les boissons et suppléments probiotiques.

- Les aliments s’ils ont déjà été cuits auparavant doivent être bien réchauffés.

- Les aliments moisis ou qui ont dépassé leurs dates limites de vente sont à proscrire.

- Les fruits et les légumes doivent être bien lavés.

- Les aliments crus et les aliments cuits doivent être conservés séparément.

- Les aliments cuits doivent être conservés au réfrigérateur et mangés dans les deux jours qui suivent. Les portions doivent être congelées si vous désirez les conserver plus longtemps.


Actuellement, les antirétroviraux deviennent plus faciles à prendre et de nombreux médicaments n’ont aucune restriction alimentaire.

De nombreux médicaments anti-VIH peuvent être pris à jeun ou avec les repas.

Cependant certains, comme la Didanosine (VIDEX®) ou l’ATRIPLA® (association Ténofovir disoproxil + Emtricitabine + Efavirenz), doivent être pris à jeun, au moins deux heures avant ou deux heures après les repas.

D’autres au contraire, comme l’Etravirine (INTELENCE®) ou l’Atazanavir (REYATAZ®), doivent être pris avec les repas.

Les repas peuvent augmenter le taux sanguin de certains antirétroviraux (comme l’Efavirenz) de 50% chez certaines personnes. Les repas élevés en matières grasses peuvent également accroître l’absorption de l’Efavirenz (SUSTIVA®) et du Tipranavir (APTIVUS®), ce qui peut entraîner une augmentation des effets secondaires, particulièrement dans les premières semaines de traitement.

Avec l’Indinavir (CRIXIVAN®), il est conseillé d’augmenter sa consommation de boissons d’1,5 litre par jour pour réduire les risques de calculs rénaux. Le jus de pamplemousse réduit l’absorption de l’Indinavir et ne doit pas être bu avec le médicament.

Dans certains cas comme avec le Raltégravir (ISENTRESS®), il ne faut pas mâcher, broyer ou couper les comprimés.

Parfois, les antirétroviraux sont responsables d’un goût désagréable dans la bouche. Manger des bonbons comme ceux à la menthe ou se brosser les dents peuvent aider à combattre cet effet secondaire.

Le changement du goût occasionné par certains médicaments peut persister obligeant à essayer des assaisonnements différents, à retirer les aliments devenus désagréables ou à demander un changement de médicaments.


Il peut être nécessaire de modifier son alimentation pour réduire le taux de cholestérol.

Un taux élevé de cholestérol et de triglycérides, contribuant à un risque accru de maladie cardiaque, est fréquent chez les patients qui prennent des médicaments anti-VIH. Réduire sa consommation de graisses saturées (pour le cholestérol) et de sucre et d’alcool (pour les triglycérides) est alors bénéfique. Il est recommandé de se suppléer en huiles de poisson contenant des acides gras appartenant au groupe des oméga-3 et de manger des poissons plus huileux comme du maquereau ou le saumon. De plus, une grosse consommation de fruits et de légumes (au moins 5 portions par jour) protège le cœur. Le médecin pourra aussi prescrire du MAXEPA®, de l’OMACOR® ou de l’huile de lin.


Certaines astuces peuvent aider à bien manger lorsque l’on est malade et que l’on perd l’appétit.

La perte de poids peut être un problème très sérieux pour les personnes séropositives. Une perte de poids involontaire de 3% peut accroire de façon significative vos risques de maladies dues au VIH car elle réduit l’aptitude de l’organisme à combattre les infections et à récupérer. Les conseils suivants peuvent aider :

- avoir toujours de la nourriture disponible chez soi (boîtes de conserve, produits à longue-conservation ou surgelés, repas préparés) ;
- grignoter tout au long de la journée, qui peut être plus facile que de manger trois repas principaux ;
- consommer des boissons à grande teneur en matières grasses et des yaourts faciles à avaler, source utile en énergie et en calories ;
- prendre des compléments alimentaires ;
- manger des aliments liquéfiés, de la purée de pommes de terre, du riz bien cuits qui sont faciles à manger ;
- lutter contre le manque de salive : mâcher des chewing-gums avant de manger, évitez les aliments secs ou collants, consommer des aliments acides, comme les agrumes et les aliments épicés, qui stimulent la production de salive.


« Il y a de plus en plus de preuves que l’alimentation et les apports nutritionnels sont des éléments essentiels pour garder plus longtemps en meilleure santé les personnes vivant avec le VIH/Sida et améliorer l’efficacité des traitements qu’elles suivent », a souligné le Directeur du département VIH/Sida et nutrition, au sein du PAM (Programme alimentaire mondiale), Martin Bloem, lors de la 18ème Conférence internationale sur le VIH/Sida à Vienne, en Autriche.

Le risque de décès parmi les malades sous traitement qui sont mal nourris est de 2 à 6 fois plus élevé que chez les malades qui ont accès à une alimentation saine.

Les personnes infectées par le VIH/Sida ont besoin de plus de calories pour combattre le virus. Un enfant séropositif a ainsi besoin de 50% à 100% de calories en plus chaque jour qu’un enfant séronégatif. Pour les adultes le taux de calories supplémentaires pour les malades est de 30%.


- La nutrition ; www.aidsmap.com

-  VIH/Sida : les malades ont besoin d’une alimentation équilibrée, rappelle le PAM  ; Centre d’actualités de l’ONU

-  Un guide pratique de la nutrition pour les personnes vivant avec le VIH/sida


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