Bien vieillir avec le VIH : une question sociétale

Publié le 12.03.2013 | par Patricia Fener

En France, 5 à 6% des 110 000 patients infectés par le VIH et répertoriés dans la base de données Hospitalière Française sur l’infection à VIH « FHDH ANRS CO4 [1] pour French Hospital Database on HIV » sont âgés de plus de 60 ans et environ 25% des 150 000 personnes vivant avec le VIH ont plus de 50 ans. La revue "Le panorama du médecin" a mené une enquête sur les problèmes de prise en charge de cette population VIH+ au sein de la société et a interrogé le Pr Jacqueline Capeau [2], coprésidente du groupe "Vieillissement et complications chez les patients infectés par le VIH" à l’ANRS (Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales) sur la mobilisation des soignants face au vieillissement rapide de ces patients.

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VIH/sida,vieillesse, dépendance ;Wikimedia commons “Old Man Grieving” Vincent van Gogh

Il existe des problèmes spécifiques à cette population VIH+
- L’isolement et le manque de ressources financières puisque 80% des personnes VIH+ interrogées n’ont pas une retraite à taux plein.
- Le risque de dépendance du fait que les problématiques somatiques, sociales et psychologiques rencontrées par les personnes vivant avec le VIH rendent difficile le maintien à domicile.
- Un recours plus fréquent et plus précoce que la population générale à des réponses institutionnelles.
- Un vieillissement rapide de cette population qui à 50 ans doit supporter l’état de santé d’une personne non infectée par le VIH de 65 ans.
Une longue exposition au VIH et aux antirétroviraux est en effet responsable d’une prévalence importante d’atteintes dégénératives ou tumorales (atteinte cardiovasculaire, hypertension artérielle, ostéoporose, troubles neurocognitifs, dyslipidémie, diabète, insuffisance rénale ou hépatique, cancers non classant sida...). Il s’y ajoute des facteurs liés au mode de vie, tels que le tabagisme, la sédentarité, le régime hyperlipidique et pauvre en fruits et légumes, ainsi que la consommation de drogues et d’alcool.

Toutes les structures médico-sociales ne sont pas encore prêtes à accueillir des personnes vivant avec le VIH
Actuellement en France, la plupart des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ne sont pas encore confrontés à la question de l’accueil de résidents vivant avec le VIH, mais dans 10 ans au moins 30 000 personnes de 60 ans et plus vivront avec le VIH dans notre pays et certaines solliciteront un hébergement et une prise en charge dans ce type de structure.
Quelques établissements ont déjà hébergé des résidents infectés par le VIH, comme la résidence Saint-Louis du groupe DomusVi à Carpentras.
En raison du coût élevé des trithérapies, cet accueil ne peut se faire qu’à la condition que les médicaments soient pris en charge par la Sécurité sociale.

Des mutations sont à envisager au sein du corps médical et des établissements d’accueil
Pour le Pr Jacqueline Capeau, les infectiologues vont devoir de plus en plus s’occuper de la prise en charge des complications et des co-morbidités inhérentes à l"infection par le VIH, souvent chez des patients dans un contexte d’isolement et de précarité.

Pour le Dr Michel Salom,médecin gériatre à la Fédération Léopold-Bellan (membre de la Fédération des établissements hospitaliers & d’aide à la personne "Fehap"), la solution est d’envisager la mise en place dans les Ehpad de secteurs adaptés à cette population plus jeune que la moyenne et pour laquelle des précautions sont à prendre au niveau des soins. De même, concernant le vieillissement des homosexuels en Ehpad, plusieurs aspects doivent être abordés concernant leur sexualité. Tout d’abord parce qu’ils pourront être tentés, vivant en milieu collectif, de cacher leur sexualité. Ensuite parce qu’ils auront plus de mal que d’autres de vivre cette sexualité. Enfin parce que les professionnels de santé, à domicile comme en établissement, sont peu sensibilisés à cette question. Pourtant la loi de janvier 2002, garantit le droit au respect de la vie privée (charte des droits et libertés de la personne âgée dépendante).

Les propositions de la "Mission Interministérielle sur l’adaptation de la société française au vieillissement de sa population" dans le rapport rendu le 11 mars 2013
Dans le but d’aider à la préparation de la loi d’adaptation de la société au vieillissement, le Gouvernement a fait appel à plusieurs experts dont les 3 rapports ont été remis lundi 11 mars 2013 au Premier ministre, Jean-Marc Ayrault.
- Le docteur Jean-Pierre Aquino [3], a été chargé par Michèle Delaunay [4] et Marisol Touraine [5] d’un rapport sur “anticipation-prévention" ;
- Luc Broussy [6], a été chargé par Michèle Delaunay d’une mission interministérielle de réflexion sur l’adaptation de la société française au vieillissement de sa population ;
- Martine Pinville [7], s’est vue confier par le Premier ministre une mission parlementaire de “benchmarking” visant à identifier les pratiques innovantes d’autres pays.

Le rapport rendu par Luc Broussy rappelle que le 31 octobre dernier, Najat Vallaud-Belkacem [8] présentait en Conseil des Ministres un programme d’action contre l’homophobie. Celui-ci mentionnait la question de l’avancée en âge de la population homosexuelle dont une grande partie est porteuse du VIH car appartenant à la génération qui a vu naître le fléau du sida. Elle proposait de confier à l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) un rapport sur la question du vieillissement des personnes homosexuelles et de sensibiliser les fédérations d’Ehpad, d’aide à domicile et les professionnels soignants sur les caractéristiques de la situation des homosexuels âgés.


Source

1. Narcy, J. Vivre et vieillir avec le VIH Le nouveau défi. Panorama du médecin ; n°5295, semaine du 4 au 10 mars 2013.
2. Portail du gouvernement Remise des rapports sur l’adaptation de la société au vieillissement . 11 mars 2013. Available at : http://www.gouvernement.fr/presse/r... . Consulté le 11 mars, 2013.

Pour en savoir plus

1. IGAS Modalités de mise en oeuvre de l’aide sociale à l’hébergement. Rapport mai 2011. Available at : http://www.ladocumentationfrancaise.... Consulté le 11 mars, 2013.

[1] La Base de données hospitalière française sur l’infection à VIH (FHDH ANRS CO4) est une cohorte hospitalière, ouverte, multicentrique, ayant inclus des patients à partir de 1989. Pour être inclus dans la base, les sujets doivent répondre à trois critères : être infectés par le VIH-1 ou le VIH-2, être suivis dans un centre participant (69 hôpitaux et/ou services à l’heure actuelle), et avoir donné leur consentement éclairé par écrit. Le projet a reçu un avis favorable de la CNIL le 27 novembre 1991 (J.O. du 17 janvier 1992). Une procédure autorisant la mise en oeuvre d’une liste de correspondance locale entre numéro d’anonymat du patient et son identité, permettant le retour au dossier pour valider les diagnostics et collecter des informations complémentaires, a été validée par la CNIL en 1999. La Base comprend les données de 69 hôpitaux ou services répartis dans 26 des 28 COREVIH (Coordination régionale de la lutte contre le VIH). Les données, relatives à 137 787 personnes sont incluses dans la base, dont plus de 122 000 personnes suivies au moins une fois entre le 1er janvier 1992 et le 31 décembre 2010, en moyenne pendant 85 mois (suivi médian 67 mois).

[2] Professeur des Universités-Praticien hospitalier (PU-PH) à la Faculté Pierre et Marie Curie, Hôpital Tenon

[3] Président du Comité "Avancée en âge"

[4] Ministre déléguée aux Personnes âgées et à l’Autonomie

[5] Ministre des Affaires sociales et de la Santé

[6] Conseiller général du Val d’Oise et maire adjoint de Goussainville

[7] Députée de Charente

[8] Ministre des Droits des femmes, porte-parole du Gouvernement

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