Cancer du sein au cours de l’infection à VIH ; une étude brésilienne

Publié le 29.08.2011 | par Patricia Fener

Les tumeurs malignes mammaires chez la femme infectée par le VIH ont une évolution plus péjorative que dans la population générale en raison de l’immunodépression et des difficultés de traitement. Une étude brésilienne publiée dans la revue "The Brazilian Journal of Infectious Diseases" décrit les caractéristiques cliniques, évolutives et l’incidence du cancer du sein dans une cohorte de femmes séropositives.

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VIH, cancer du sein, mammographie ;Wikimedia commons

Une augmentation du risque de cancer du sein depuis l’avènement des thérapies antirétrovirales hautement actives (HAART)
Le traitement antirétroviral hautement actif a profondément modifié les causes de morbidité et de mortalité des individus infectés par le VIH, avec une progression des cancers "non classant sida" due à l’augmentation de l’espérance de vie.

Les différentes études sur le sujet montrent que l’incidence du cancer du sein chez les femmes infectées par le VIH n’est pas plus élevée que dans la population féminine en général. Par contre, son évolution semble plus rapide avec un moins bon pronostic.

Des caractéristiques spécifiques chez les femmes VIH+
Dans la cohorte brésilienne de l’Institut de Pesquisa Clínica Evandro Chagas (IPEC), Fundação Oswaldo Cruz, comprenant 860 femmes VIH+, neuf cas de cancer du sein ont été identifiés entre mai 1996 et septembre 2009 :

- l’âge médian au moment du diagnostic était de 46 ans (36-59 ans). Dans la population générale le taux d’incidence du cancer du sein augmente avec l’âge, et atteint son plus haut niveau dans la tranche 65-70 ans ;
- la médiane de survie après le diagnostic du cancer du sein était de 12 mois ;
- le diagnostic de cancer du sein a été fait dans les 2 à 15 ans après le début de l’infection par le VIH ;
- au moment du diagnostic du cancer du sein, la numération des CD4 variait de 135 à 782 cellules par mm3 ;
- six femmes recevaient une multithérapie antirétrovirale ;
- l’analyse histologique a mis en évidence un carcinome canalaire infiltrant dans tous les cas [1] ;

- le diagnostic était fait à un stade déjà avancé (classification TNM) , impliquant un pronostic péjoratif ;
- le taux d’incidence du cancer du sein était de 133 cas pour 100 000 personnes-années.

Des facteurs de risque bien établis
Dans cette étude brésilienne, toutes les femmes atteintes d’un cancer du sein étaient âgées de plus de 35 ans.
Deux avaient des antécédents familiaux de cancer du sein.
Un tabagisme (20 à 40 cigarettes par jour) prolongé (plus de 20 ans) était noté chez cinq d’entre elles et quatre signalaient l’utilisation pendant plus de cinq ans d’hormones de synthèse.

Un pronostic péjoratif en raison de l’immunodépression et des interactions entre antirétroviraux et anticancéreux
- L’immunodépression induite par l’infection à VIH favorise la survenue de cancer.

L’apparition de cancers non classant sida sous HAART se fait 15 à 30 ans plus tôt que dans la population générale et peut s’expliquer par une reconstitution immune incomplète et par l’existence de co-morbidités associées (tabac, alcool, ...).

- Chez les patients sous antirétroviraux et antimitotiques, les interactions médicamenteuses sont nombreuses, en particulier en raison des interactions des inhibiteurs de la protéase (IP) et des inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase inverse (INNTI) avec le cytochrome P450 (CYP). Or, les chimiothérapies anticancéreuses sont elles-aussi métabolisées par le CYP. La co-prescription avec HAART peut donc entraîner une accumulation de produit, une possible toxicité, ou encore une perte d’efficacité.

Les auteurs concluent que les femmes séropositives pour le VIH, soumises à un processus de vieillissement accéléré, devraient bénéficier d’un dépistage du cancer du sein par mammographie plus précoce que dans la population féminine générale. Au Brésil, les efforts doivent porter sur la réduction du temps de prise en charge entre le diagnostic et la mise en place du traitement. De plus, les médecins prenant en charge des femmes VIH+ présentant un cancer du sein doivent être conscients de la complexité des interactions entre antirétroviraux et anticancéreux.

Source :
- Andrade AC, Luz PM, Veloso VG, Cardoso SW, Moreira RI, Grinsztejn B, Friedman RK.
Breast cancer in a cohort of human immunodeficiency virus (HIV)-infected women from Rio de Janeiro, Brazil : a cases series report and an incidence rate estimate.
Braz J Infect Dis. 2011 Aug ;15(4):387-93.

Pour en savoir plus :
- Vaishnav K, Shah S, Pandhi S, Rathi Y.
Multifocal bilateral breast masses in HIV-positive status.
Indian J Cancer. 2011 Apr-Jun ;48(2):253-5.
- Ruiz M, Davis H.
Breast Cancer in HIV-Infected Patients : A Retrospective Single-Institution Study.
J Int Assoc Physicians AIDS Care (Chic). 2011 Jan-Feb ;10(1):30-4.
- Hessol NA, Napolitano LA, Smith D, Lie Y, Levine A, Young M, Cohen M, Minkoff H, Anastos K, D’Souza G, Greenblatt RM, Goedert JJ.
HIV tropism and decreased risk of breast cancer.
PLoS One. 2010 Dec 16 ;5(12):e14349.


[1] Les carcinomes canalaires infiltrants présentent les caractéristiques suivantes :
• ils représentent 70 % des cancers du sein ;
• il s’agit de tumeurs palpables, ou dans les formes infracliniques découvertes à la mammographie une surdensité et un nodule à l’échographie ;
• ils sont fréquents en période pré et post ménopausiques ;
• ils sont généralement localisés au niveau du quadrant supéro-externe, avec une bilatéralité dans 5 à 8 % des cas et une multicentricité dans 15 à 20 % des cas ;
• ils se compliquent de métastases ganglionnaires axillaires dans 40% des cas ;
• ils apparaissent sous la forme de tubes, travées, massifs et stroma réaction.
Source :
- [Université Paris 5 : http://www.medecine.univ-paris5.fr/...

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