Caractéristiques médico-sociales des personnes transgenres infectées par le VIH

Publié le 17.10.2011 | par Patricia Fener

Les personnes transsexuelles rencontrent des difficultés psychosociales et un parcours médico-chirurgical spécifique. Une étude réalisée dans le Service de Maladies Infectieuses de l’Hôpital Bichat (Paris) apporte un éclairage sur une fraction de cette population, infectée par le VIH, et montre qu’une prise en charge globale permet d’obtenir des résultats immuno-virologiques semblables à ceux de la cohorte française.

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VIH, transsexualisme, transgenre
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Une population vulnérable dans un état de grande précarité
Une étude descriptive menée d’août 2010 à janvier 2011 à l’Hôpital Bichat a permis d’analyser les données issues de 100 questionnaires remplis par des patients transgenres infectés par le VIH.

Il s’agit de sujets transgenres « Male to Female » c’est à dire de sexe masculin voulant devenir (ou étant devenus, suivant le stade de la transition) de sexe féminin, d’âge moyen 38,5 ans et originaires d’Amérique latine pour la majorité (n = 96).

- En ce qui concerne les caractéristiques socio-professionnelles de cette population :

  • 80 % sont sans emploi,
  • 41 % sont sans domicile fixe,
  • 70 % se prostituent, avec 79 % (n = 46) de rapports protégés déclarés.

- Au niveau des habitudes de vie :

  • une addiction à l’alcool est retrouvée dans 23 % des cas, aux anxiolytiques dans 29 % des cas ;
  • aucun ne déclare avoir utilisé d’instruments de diagnostic in vitro (IDIV) pour la détection de l’infection à VIH ;
  • vingt-trois pour cent ressentent le besoin d’un suivi psychologique et 16 % déclarent avoir tenté de se suicider.

- Sur le plan médico-chirurgical :

  • les interventions chirurgicales sont à visée esthétique pour 96 % d’entre-elles ;
  • trois patients ont subi une transformation sexuelle totale ;
  • quatre-vingts pour cent ont reçu des injections de silicone principalement au niveau des joues, de la poitrine, des hanches et des fesses et la plupart du temps réalisées par des personnes non habilitées, avec des complications dans 58,7 % (n = 47) des cas à type de siliconomes [1] ;
  • le recours aux oestroprogestatifs est fréquent (n = 67), principalement en automédication (n = 43) et souvent par voie injectable (n = 27).

- Concernant l’infection par le VIH :

  • 87 % sont traités par des antirétroviraux ;
  • 63 % (n = 55) ont un taux de CD4 supérieur à 500 par millilitre ;
  • 91 % (n = 79) ont une charge virale inférieure à 500 copies par millilitre.

Une population avec une prévalence élevée d’infections à VIH et d’infections sexuellement transmissibles (IST)
- Une revue critique de la littérature a permis de faire le point sur la prévalence du VIH et des IST et sur les principaux facteurs de risque d’infection dans la population "trans". Publiée en 2011 dans la Revue d’épidémiologie et de santé publique, cette étude a exploité 124 références bibliographiques publiées sur ce thème entre 1986 et 2008.

L’analyse met en évidence la difficulté à définir cette population, ses caractéristiques socio-démographiques et pointe la diversité des facteurs de risque au VIH et aux IST. L’appartenance à une minorité ethnique, la migration internationale, la précarité qui en découle et la participation au travail sexuel font partie d’un faisceau de facteurs de risque qui se cumulent.

- La seule étude réalisée en France (en 2007) n’a "pas réussi à inclure", selon ces auteurs, les groupes les plus exposés à l’infection à VIH, à savoir les étrangers et les travailleurs du sexe. Par contre il a été constaté une surreprésentation des individus ayant un niveau d’éducation supérieur à la moyenne nationale. Cette étude a montré des taux de contamination au VIH de 4,5% selon les déclarations des répondants et de 5,7% parmi ceux/celles ayant effectué au moins un test dépistage du VIH.

Une population très diversifiée et des données épidémiologiques imprécises
Il existe en effet de nombreuses définitions du transsexualisme dans la littérature. Une définition précise et complète est donc difficile à donner.

Les trois définitions les plus fréquemment citées sont :
- celle de la version 10 de la classification internationale des maladies (CIM10) qui décrit le transsexualisme comme « le désir de vivre et d’être accepté en tant que personne appartenant au sexe opposé. Ce désir s’accompagne habituellement d’un sentiment de malaise ou d’inadaptation envers son propre sexe anatomique et du souhait de subir une intervention chirurgicale ou un traitement hormonal afin de rendre son corps aussi conforme que possible au sexe désiré » ;
- celle du Conseil de l’Europe qui définit le transsexualisme comme « un syndrome caractérisé par une personnalité double, l’une physique, l’autre psychique, la personne transsexuelle ayant la conviction profonde d’appartenir à l’autre sexe, ce qui l’entraîne à demander que son corps soit « corrigé » en conséquence » ;
- celle de la Cour Européenne des Droits de l’homme, selon laquelle : « On entend par transsexuels les personnes qui, tout en appartenant physiquement à un sexe, ont le sentiment d’appartenir à un autre ; elles essaient souvent d’accéder à une identité plus cohérente et moins équivoque en se soumettant à des soins médicaux et à des interventions chirurgicales afin d’adapter leurs caractères physiques à leur caractère psychique. Les transsexuels ainsi opérés forment un groupe assez bien déterminé et déterminable ».

Dans son rapport "Situation actuelle et perspectives d’évolution de la prise en charge du transsexualisme", la Haute autorité de santé (HAS) constate l’absence d’études épidémiologiques sur la prévalence du transsexualisme dans l’enfance. En ce qui concerne les populations âgées de 15 ans ou plus, les estimations de prévalence et d’incidence reposent sur le nombre de transsexuels traités dans des centres ou sur des enquêtes auprès de psychiatres répertoriant le nombre de transsexuels pris en charge dans un pays ou une région précise.

Cette étude française fait le constat d’une situation sociale et sanitaire préoccupante et très complexe du fait de l’intrication de nombreux facteurs de risque au sein du groupe VIH+ de la population "trans". Toutefois, une prise en charge adaptée permet d’obtenir des résultats immuno-virologiques identiques à ceux de la population générale et des recommandations allant dans ce sens doivent donc être formulées en direction de ces patients. Le Plan de lutte contre le VIH/sida et les IST 2010-2014, du Ministère de la santé français, a inséré les personnes trans parmi les groupes vulnérables et a inscrit dans son programme des actions ciblées en faveur de cette population.


Source

- Pommier J.D, Michard F, Castanedo G, Lariven S, Yeni P. Évaluation des caractéristiques médico-sociales des personnes transgenres infectées par le VIH . Médecine et maladies infectieuses 2011, (41), p.72–75
- Giami A, Le Bail J. HIV infection and STI in the trans population : A critical review Revue d’épidémiologie et de santé publique, 2011, vol. 59, no4, pp. 259-268 ; en ligne
-  HAS  : Situation actuelle et perspectives d’évolution de la prise en charge médicale du transsexualisme en France (Novembre 2009)
-  Parlement européen  : Les droits des personnes transgenres dans les états membres de l’Union Européenne
-  Rapport Yeni 2010  : les personnes transgenres


[1] Les siliconomes sont des réactions inflammatoires granulomateuses à type de réaction à corps étranger qui peuvent conduire à des nécroses ou des surinfections à type d’érysipèle, de cellulite, de fasciite.

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