Co-infection microsporidiose-cryptosporidiose chez un nouveau-né infecté par le VIH

Publié le 07.04.2011 | par Patricia Fener

La microsporidiose et la cryptosporidiose sont deux parasitoses opportunistes émergentes, responsables de manifestations intestinales pouvant être sévères chez les patients infectés par le VIH. Un cas de co-infection microsporidiose-cryptosporidiose a été décrit chez un nouveau-né infecté par le virus de l’immunodéficience humaine.

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VIH, cryptosporidiose, microsporidiose ;Wikimedia commons

Ce cas clinique se distingue par la précocité et l’absence de symptômes de cette co-infection

- Précocité car il s’agit d’un nouveau-né de sexe féminin, âgé de 17 jours, allaité exclusivement au sein et sans contact avec les animaux.

L’examen clinique d’entrée montre :

  • un aspect ridé, un cutis marmorata, un muguet buccal et des polyadénopathies inguinales ;
  • l’absence de symptôme digestif ;
  • une charge virale positive confirmant le diagnostic d’infection à VIH, des lymphocytes CD4 à 991 par microlitre, classant le cas au stade A2 de la classification des CDC (Centers for Disease Control) d’Atlanta.

Une trithérapie, combinant zidovudine, AZT (RETROVIR®), lamivudine (EPIVIR®) et lopinavir-ritonavir (KALETRA®), associée au cotrimoxazole (BACTRIM®), est prescrite.

- Etat asymptomatique qui peut s’expliquer :

par son état immunitaire correct, notamment au niveau des lymphocytes CD4 qui permet le contrôle de la cryptosporidiose et de la microsporidiose ;

par l’allaitement maternel qui confère à ce nourrisson une protection contre la survenue de la diarrhée à Cryptosporidium sp. , particulièrement au cours des 3 premiers mois de vie.

Devant la présence de diarrhées chez la mère VIH+, le diagnostic de microsporidiose et de cryptosporidiose est porté par des recherches systématiques dans les selles

La mise en évidence des parasites se fait :
- par des colorations spécifiques (coloration de Ziehl-Neelsen modifiée, coloration au trichrome de Weber modifiée) et plus récemment par des techniques de biologie moléculaire ;

- par PCR (polymerase chain reaction), méthode diagnostique plus sensible et permettant l’identification des espèces voire des génotypes en cause.

La recherche de parasites dans les selles du nourrisson permet d’identifier deux espèces de microsporidies, Enterocytozoon bieneusi et Encephalitozoon intestinalis , ainsi que Cryptosporidium hominis .

Une contamination probablement interhumaine directe

L’origine de la contamination du nouveau-né est sans doute à rechercher au niveau du contact intime avec sa mère qui présentait une diarrhée.

L’identification de Cryptosporidium hominis chez le nourrisson oriente effectivement vers une transmission interhumaine dont la mère serait l’origine puisque le nouveau-né était nourri exclusivement au lait maternel et n’avait eu aucun contact avec des animaux infectés par Cryptosporidium sp..

La présence d’E. bieneusi et d’E. intestinalis, en plus de C. hominis, chez un nouveau-né de 17 jours, est un argument supplémentaire en faveur d’une source unique de contamination.

Cette observation témoigne de l’intérêt du dépistage des microsporidies et des cryptosporidies intestinales chez les sujets infectés par le VIH, en vue d’une meilleure prise en charge.

Un traitement efficace chez l’adulte mais insuffisamment documenté chez le nouveau né

Chez les patients infectés par le VIH, la reconstitution immunitaire par une multithérapie antirétrovirale est la voie la plus efficace pour prévenir ou contrôler la microsporidiose et la cryptosporidiose.
Chez l’adulte, le traitement anti-infectieux de première intention repose sur le nitazoxanide pour la cryptosporidiose, l’albendazole pour la microsporidiose à E. intestinalis et la fumagilline pour la microsporidose à E. bieneusi. On manque actuellement de données concernant l’utilisation de ces traitements chez les nouveau-nés.
Il faut donc axer les efforts sur la prévention de la transmission de ces infections par un dépistage actif chez les sujets à risque et une hygiène alimentaire correcte afin d’en réduire l’incidence et la morbidité.


Source :
- R. Abdelmalek, S. Anane, N. Chabchoub, R. Essid, K. Aoun, T. Ben Chaabéne, A. Bouratbine Co-infection par des microsporidies et des cryptosporidies chez un nouveau-né infecté par le VIH
Archives de Pédiatrie, article sous presse, disponible en ligne le 1er Avril 2011

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