Complications oculaires au cours du VIH/sida

Publié le 10.05.2011 | par Patricia Fener

Des manifestations oculaires graves peuvent survenir au cours de l’infection à VIH dans un contexte d’immunodépression sévère. Une étude rétrospective menée au Maroc montre que l’infection à Cytomégalovirus constitue la principale infection oculaire opportuniste et la plus grave, même si le pronostic de ces atteintes est devenu meilleur grâce à une prise en charge précoce et au traitement antirétroviral.

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VIH, sida, oeil, rétinite ;Wikimedia commons

Une prévalence de l’atteinte oculaire au cours de l’infection à VIH de 24% dans cette série du service de médecine interne du CHU de Rabat

Entre 1998 et 2008, 115 examens ophtalmologiques ont été réalisés dans ce service, dont 28 (24%) ont montré une complication liée au VIH lui-même ou au contexte d’immunodépression.

L’âge moyen des patients était de 39 + ou -7,5 ans.

Cliniquement, 27 patients se présentaient au stade C [1] de la classification des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) d’Atlanta et un patient était au stade A [2].

Existence d’une corrélation entre le taux de CD4 et la survenue de complications ophtalmologiques
- En ce qui concerne l’état d’immunodépression, le taux moyen de CD4 était de 86 ± 91 par mm3. Vingt-six patients avaient un taux de CD4 inférieur à 200 par mm3 .
- Le taux moyen des CD4 chez les patients présentant une atteinte oculaire était inférieur à 100 par mm3.

Des atteintes oculaires directement liées au VIH ou dues à des infections opportunistes
- Liées au VIH :
avec une majorité d’atteintes rétiniennes (21 cas) sous la forme de micro-angiopathies en rapport avec une atteinte de l’endothélium des capillaires rétiniens par le VIH.

- D’origine infectieuse lors d’infections opportunistes :

  • quatre cas de rétinite à cytomégalovirus (CMV) ;
  • deux cas de rétinite à virus varicelle-zona (VZV) ;
  • deux cas de rétinite à Cryptococcus neoformans ;
  • un cas de choriorétinite toxoplasmique ;
  • un cas d’association d’une rétinite à CMV et d’une choriorétinite toxoplasmique ;
  • un cas de sarcome de kaposi (SK) conjonctival.

Les principales infections opportunistes extraoculaires étaient :

  • une tuberculose dans 5 cas. La tuberculose reste un problème majeur de santé publique au Maroc, avec en 2007 une incidence de 82 nouveaux cas pour 100 000 habitants ;
  • une pneumocystose dans 5 cas ;
  • une cryptococcose méningée dans deux cas ;
  • un zona cutané dans deux cas ;
  • une candidose œsophagienne dand deux cas ;
  • un cas de toxoplasmose cérébrale et un cas de cryptococcose digestive.

Une diminution des infections opportunistes depuis l’avénement des trithérapies antirétrovirales en 1998
Les trithérapies ont permis une diminution de l’incidence des atteintes oculaires au cours du sida qui est passée de 33,7% en 1999 à 24% dans cette série.

Un pronostic qui reste favorable si le patient peut bénéficier d’une prise en charge précoce
Dans cette série, l’évolution était favorable dans 85 % des cas, avec trois cas de cécité : une bilatérale dans un cas de rétinite à VZV, et deux unilatérales dans deux cas de rétinite à CMV et choriorétinite toxoplasmique.

Une sérologie VIH doit être systématiquement réalisée devant certaines affections ophtalmologiques évocatrices. De même, un examen ophtalmologique doit faire partie du bilan initial et du suivi régulier de tout patient séropositif pour le VIH, sachant qu’une prise en charge précoce garantit une évolution favorable dans la majorité des cas.


Source :
- L. Lamzaf, W. Ammouri, O. Berbich, Z. Tazi Mezalek, M. Adnaoui, M. Aouni, H. Harmouche. Les complications oculaires au cours de l’infection par le VIH : expérience du pôle d’excellence Nord du Maroc
Journal Français d’Ophtalmologie, 2011, vol.34, pp.75-82


[1] Cette catégorie correspond à la définition de sida chez l’adulte. Lorsqu’un sujet a présenté une des pathologies de cette liste, il est classé définitivement dans la catégorie C :
- Candidose bronchique, trachéale ou extrapulmonaire ;
- Candidose de l’œsophage ;
- Cancer invasif du col ;
- Coccidioidomycose disséminée ou extrapulmonaire ;
- Cryptococcose extrapulmonaire ;
- Crptosporidiose intestinale évoluant depuis plus d’un mois ;
- Infection à CMV (autre que foie, rate, ganglions) ;
- Rétinite à CMV ;
- Encéphalopathie due au VIH ;
- Infection herpétique, ulcères chroniques supérieures à 1 mois ; ou bronchique, pulmonaire ou œsophagienne ;
- Histoplasmose disséminée ou extrapulmonaire ;
- Isosporidiose intestinale chronique (supérieure à un mois) ;
- Sarcome de Kaposi ;
- Lymphome de Burkitt ;
- Lymphome immunoblastique ;
- Lymphome cérébrale primaire ;
- Infection à Mycobacterium tuberculosis, quelle que soit la localisation (pulmonaire ou extrapulmonaire) ;
- Infection à mycobactérie identifiée ou non, disséminée ou extrapulmonaire ;
- Pneumonie à Pneumocystis carinii ;
- Pneumopathie bactérienne récurrente ;
- Leuco-encephalite multifocale progressive ;
- Septicémie à salmonelle non typhi récurrente ;
- Syndrome cachectique dû au VIH ;
- Toxoplasmose cérébrale.

[2] La catégorie A des CDC comprend un ou plusieurs des critères listés ci-dessous chez un adulte ou un adolescent infecté par le VIH, s’il n’existe aucun des critères de la catégorie B ou C :
- infection VIH asymptomatique ;
- lymphadénopathie persistante généralisée ;
- primo infection VIH symptomatique.

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