Contraception d’urgence, le point dans le contexte de l’infection à VIH

Publié le 25.05.2011 | par Claire Criton

En cas d’accident d’exposition sexuelle, la contraception d’urgence est un recours possible. L’insertion d’un DIU dans les cinq jours suivant un rapport sexuel non protégé est la méthode la plus efficace, mais elle est plus invasive et moins accessible que la contraception hormonale. Le lévonorgestrel 1,5 mg dans les trois jours ou l’ulipristal acétate micronisée 30 mg dans les cinq jours pourront être proposés. Mais le praticien devra garder en mémoire que le traitement antirétroviral, et notamment les inducteurs enzymatiques (inhibiteur de protéase et inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase inverse), peut réduire l’effet de la contraception hormonale d’urgence.

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Sida et contraception d’urgence

Contraception d’urgence, dernières avancées
  • Lévonorgestrel 1,5 mg (NORLEVO® ou Lévonorgestrel Biogaran®) : accessible sans prescription médicale et de manière anonyme

Le lévonorgestrel est un progestatif.

Le traitement nécessite la prise d’un comprimé en une seule prise.

L’efficacité du traitement est d’autant plus grande qu’il est mis en route rapidement après le rapport non protégé. C’est pourquoi le comprimé doit être pris le plus tôt possible, si possible dans les 12 heures après le rapport sexuel non protégé, et dans les 72 heures (3 jours) au plus tard après le rapport.

Bien que l’efficacité diminue en fonction du délai d’initiation après le rapport sexuel non protégé, cette méthode contraceptive conserve cependant une certaine efficacité, mais limitée et réduite, entre 72 et 120 heures. Elle est alors hors AMM (autorisation de mise sur le marché).

Ce médicament peut être obtenu sans prescription médicale et de manière anonyme en pharmacie, en centre de planification familiale et dans les infirmeries scolaires. Il est gratuit pour les mineures qui en font la demande, remboursé sur prescription médicale pour toutes les femmes.

NORLEVO® peut être pris à n’importe quelle période du cycle. En cas de vomissements survenant dans les trois heures suivant la prise du comprimé, un autre comprimé doit être pris immédiatement.

L’utilisation de lévonorgestrel ne contre-indique pas la poursuite d’une contraception hormonale régulière.

  • Ulipristal acétate micronisée 30 mg (EllaOne®)

L’ulipristal acétate est un modulateur synthétique sélectif des récepteurs de la progestérone actif par voie orale. Il agit en se liant avec une forte affinité aux récepteurs de la progestérone humaine. Le mécanisme d’action primaire est l’inhibition ou le retard de l’ovulation. Des données pharmacodynamiques montrent que, même s’il est pris immédiatement avant la date d’ovulation prévue, l’ulipristal acétate est capable de retarder la rupture folliculaire chez certaines femmes.

Le traitement consiste à prendre un comprimé par voie orale le plus tôt possible, et au plus tard 120 heures (5 jours) après un rapport sexuel non protégé ou en cas d’échec d‘une méthode contraceptive.

En cas de vomissement dans les 3 heures suivant la prise d’EllaOne®, un autre comprimé doit être pris.

Ellaone peut être utilisé à n’importe quel moment du cycle menstruel.

Une grossesse doit être exclue avant d’administrer EllaOne®.

Les résultats de deux études cliniques indépendantes randomisées contrôlées ont montré que l’efficacité de l’ulipristal acétate n’était pas inférieure à celle du lévonorgestrel chez des femmes qui se sont présentées pour une contraception d’urgence entre 0 et 72 heures après un rapport sexuel non protégé ou en cas d’échec de la méthode contraceptive. Quand les données des deux essais ont été réunies au moyen d’une méta-analyse, le risque d’une grossesse avec l’ulipristal acétate était réduit de façon significative par rapport au lévonorgestrel.

Le profil de tolérance de l’ulipristal est similaire à celui du lévonorgestrel.

En septembre 2010, ellaone a obtenu en France l’autorisation de remboursement à 65 % sur prescription médicale.

Elle est moins accessible que le lévonorgestrel car soumise à une prescription médicale.

  • le régime œstroprogestatif (TETRAGYNON® : 4 comprimés de 50 µg d’éthinylestradiol et 250 µg de lévonorgestrel) dite méthode Yuzpe

TETRAGYNON® a été retiré du marché en 2008 du fait de sa moindre efficacité et tolérance par rapport au lévonorgestrel seul.

  • Insertion d’un DIU (dispositif intra-utérin encore appelé " stérilet ")

L’insertion d’un DIU dans les cinq jours suivant un rapport sexuel non protégé est la méthode la plus efficace en cas de rapport non protégé avec un taux d’échec de 0,1 à 0,2 % quel que soit le moment du cycle.

Il nécessite une consultation médicale. Il est donc moins accessible que le traitement oral, non invasif, qui demeure plus souvent proposé.

Rappel !

Après utilisation de la contraception d’urgence, il est recommandé d’utiliser un moyen contraceptif local (préservatif, spermicide, cape cervicale) jusqu’au retour des règles suivantes.

Contraception hormonale d’urgence et interaction avec les antirétroviraux

Tous les contraceptifs oraux sont déconseillés chez les patientes traitées par inducteurs enzymatiques et généralement par IP/r (inhibiteur de protéase boosté par le ritonavir) ou inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase inverse (INNTI).

En effet, les progestatifs et l’ulipristal acétate sont métabolisés via des isozymes du cytochrome P450 et sont donc sensibles aux inducteurs enzymatiques dont le mécanisme d’action interagit fortement avec le cytochrome p450.

Mais il n’existe pas de données cliniques publiées sur contraception d’urgence et inducteurs enzymatiques. En général, les RCP (Résumé des Caractéristiques du Produit) de tous les contraceptifs oraux déconseillent leur utilisation chez les patientes traitées par des inducteurs enzymatiques tels que les IP/r ou les INNTI.

Le DIU, la solution de choix chez la femme séropositive traitée

En cas de risque d’interactions médicamenteuses, le DIU est la contraception d’urgence en association avec les antirétroviraux.

Actuellement, les praticiens de terrain différencient deux situations de prescription de contraception d’urgence en association avec les antirétroviraux :

  • L’accident de préservatif chez une patiente séropositive déjà traitée par antirétroviraux

Le DIU est la meilleure solution en terme d’efficacité contraceptive.

Le lévonorgestrel (1,5 mg dans les trois jours) ou l’ulipristal acétate micronisée (30 mg dans les cinq jours) peuvent aussi être proposés. Il faudra prévenir la patiente de la moindre efficacité possible et de la nécessité de vérifier systématiquement le taux d’HCG (hormone présente chez les femmes enceintes) à trois semaines.

  • L’accident d’exposition sexuelle chez une patiente qui va bénéficier d’un traitement post-exposition

La trithérapie prescrite en prévention montrera un effet inducteur enzymatique maximal n’apparaissant qu’entre le sixième et le dixième jour de traitement. L’efficacité de la contraception d’urgence ne sera donc pas modifiée. Le lévonorgestrel (1,5 mg dans les trois jours) ou l’ulipristal acétate micronisée (30 mg dans les cinq jours) pourront être proposés.


Source

- A.-S. Coutin, P. Lopes ; “ À propos des recommandations sur la contraception d’urgence du rapport Yeni 2010 sur la prise en charge des personnes exposées au VIH. N’y a-t-il rien de nouveau à proposer ? ” ; Journal de Gynécologie Obstétrique et Biologie de la Reproduction Volume 40, Issue 3, Mai 2011, Pages 273-275

- Patrice Muret ; Antirétroviraux et traitements hormonaux : liaisons dangereuses ?”  ;

-  La contraception d’urgence


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