Contraception hormonale et risque VIH

Publié le 11.01.2012 | par Claire Criton

Une étude réalisée sur des femmes africaines évoque la possibilité d’un risque accru de contraction et de transmission du VIH-1 avec la prise de contraception hormonale, en particulier injectable. L’usage combiné du préservatif doit être impérativement conseillé pour faire diminuer le risque. L’emploi d’une méthode de contraception non hormonale ou hormonale à faibles doses semble préférable chez les femmes séropositives ou à risque VIH.

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Contraception hormonale et transmission du VIH

Une étude prospective sur le risque VIH des femmes sous contraceptifs hormonaux oraux et injectables

Cette étude a suivi 3 790 couples hétérosexuels sérodiscordants VIH-1 dans sept pays africains (Botswana, Kenya, Rwanda, Afrique du Sud, Tanzanie, Ouganda, Zambie).

Elle a comparé chez les femmes utilisatrices et non utilisatrices de contraceptifs hormonaux oraux et injectables :
- le taux de contraction de l’infection à VIH/sida ;
- le taux de transmission des femmes à leur partenaire.

Le principal critère de jugement était la séroconversion VIH-1.

Un risque accru de contraction et de transmission du VIH-1 chez les femmes sous contraception hormonale

- Parmi les 1 314 couples dans lesquels le partenaire séronégatif VIH-1 était la femme, le taux de séroconversion VIH-1 était de 6,61 pour 100 personnes-années chez les femmes qui utilisaient une contraception hormonale, contre 3,78 pour 100 personnes-années chez celles qui n’en utilisaient pas ;

- le taux de transmission du VIH-1 des femmes à leur partenaire masculin était de 2,61 pour 100 personnes-années dans les couples où la femme utilisait une contraception hormonale et d’1,51 pour 100 personnes-années dans les couples où ce n’était pas le cas.

Un risque significatif uniquement pour la contraception injectable

Dans cette étude, la forme injectable était le moyen majoritairement utilisé par les femmes africaines.

Les auteurs soulignent que le risque VIH était significativement augmenté seulement en cas d’utilisation de contraception injectable, et qu’ils ne peuvent porter de conclusions définitives pour la contraception orale.

Le contraceptif injectable utilisé : l’acétate de médroxyprogestérone-dépôt (DMPA ou Dépo-Provera)

Le Depo-Provera® est un produit injectable à base de progestatif seul, utilisé comme contraceptif depuis 1967 par des millions de femmes dans plus de 90 pays du monde. Ce contraceptif est hautement efficace avec une efficacité théorique de 99,7 % (utilisation parfaite) et une efficacité pratique de 97 % (utilisation par la population générale.

Il agit principalement en inhibant la sécrétion des gonadotrophines, bloquant le développement folliculaire et l’ovulation. L’inhibition du développement folliculaire réduit la production d’estradiol. Il provoque aussi un épaississement du mucus cervical, une réduction de la motilité tubaire et une atrophie de l’endomètre qui sont d’autres modes d’action contraceptive.

Son utilisation nécessite quatre injections intramusculaires par an.

Il est assez peu employé en France, plus aux États-Unis et en Angleterre, nettement plus dans les pays en voie de développement.

Une augmentation de l’ARN VIH-1 dans les sécrétions endocervicales

Cette étude est le première à retrouver une augmentation significative du risque de transmission de l’infection VIH au partenaire masculin de femmes sous contraception hormonale.

Une augmentation de l’ARN VIH-1 a été retrouvée dans les sécrétions endocervicales des femmes sous contraception hormonale injectable. Selon les auteurs, cela pourrait constituer un des mécanismes à l’origine de ce risque augmenté.

Des modifications du milieu vaginal, de la régulation des cytokines et de l’expression du CCR5 sont également incriminées.

Ne pas remettre en question le bénéfice de la contraception hormonale

Les auteurs conseillent d’informer les femmes sous contraceptif hormonal, et en particulier celles utilisant une forme injectable, du risque VIH potentiellement accru, et d’insister sur l’importance de l’utilisation conjointe du préservatif. Les formes hormonales faiblement dosées et les dispositifs intra-utérins pourraient être des alternatives intéressantes chez les femmes à risque VIH.


Source

1. Heffron R, Donnell D, Rees H, et al. Use of hormonal contraceptives and risk of HIV-1 transmission : a prospective cohort study. The Lancet Infectious Diseases. 2012 ;12(1):19-26.

2. Utilisation contraceptive de l’acétate de médroxyprogestérone en dépôt et son impactpotentiel sur la santé osseuse. Institut national de santé du Québec. http://www.inspq.qc.ca/pdf/publicat...


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