Cryptococcose et VIH

Publié le 15.09.2010 | par Claire Criton

La cryptococcose survient chez 2 à 30 % des personnes infectées par le VIH. La forme clinique la plus fréquente de cette infection est une méningo-encéphalite, fatale en l’absence de traitement. Une étude portugaise, récemment publiée, retrouve un taux de mortalité avoisinant les 31 % chez les patients atteints d’une infection à VIH.

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Cryptococcose et sida ; Wikimedia commons ; Creative Commons Attribution 2.5 Generic license

La cohorte portugaise

Elle a étudié l’incidence de la cryptococcose chez les patients atteints d’une infection à VIH. Elle comprenait 3789 séropositifs admis entre janvier 1985 et décembre 2008 à l’hôpital de Curry Cabral de Lisbonne. Une cryptococcose avait été diagnostiquée chez 84 d’entre eux.

Une infection typiquement opportuniste chez les malades atteints du sida

Dans les pays où les trithérapies sont insuffisamment utilisées, elle est au deuxième rang des infections opportunistes fatales chez les personnes atteintes du sida (Afrique, Asie du Sud-Est).

En France, la cryptococcose est observée chez des patients en échappement virologique ou chez les patients ignorant leur séropositivité (environ 100 cas/an d’après les données de surveillance établies au Centre National de Référence Mycologie et Antifongiques).

Elle survient toujours à un stade de déficit immunitaire profond.

Les dernières données épidémiologiques sur la cryptococcose en France ont été récemment publiées en 2008. Pour les 80 cas déclarés en 2008, la cryptococcose était révélatrice de l’infection par le VIH dans 36 % des cas et survenait à un stade d’immunodépression avancée (médiane des lymphocytes CD4+ à 15/mm3). Dans l’étude portugaise, le taux moyen de CD4 était de 49/mm3.

Une incidence plus faible après 1996

Les chercheurs portugais ont retrouvé une incidence plus faible dans le groupe de patients de la période après 1996, correspondant à l’arrivée des traitements antirétroviraux hautement actifs (1.5 % versus 2.9 %). Dans ce groupe, les cas de cryptococcose étaient en relation avec une mauvaise observance thérapeutique ou une séropositivité non diagnostiquée.

Une contamination par inhalation le plus souvent

Cette infection grave est provoquée par le champignon Cryptococcus neoformans, une levure capsulée.

Cryptococcus neoformans est présent dans l’environnement et c’est le plus souvent par inhalation qu’a lieu la contamination.

L’inoculation directe par des blessures de la peau peut provoquer des lésions cutanées à type de panaris ou de cellulite, avec une dissémination en cas d’immunodépression.

L’infection ne se transmet pas d’homme à homme en dehors des rares observations décrites après greffe d’organes.

De rares cas ont été rapportés après nettoyages de surfaces très contaminées par des fientes de pigeons, et le contact étroit avec de tels oiseaux est donc déconseillé pour les personnes immunodéprimées.

La méningo-encéphalite disséminée

C’est la forme clinique la plus fréquente (environ 80 % des cas chez les patients infectés par le VIH, 93 % des patients dans la cohorte portugaise).

Les symptômes sont variables : céphalées et fièvre modérée surviennent chez plus de 70% des malades (82 % des malades dans l’étude portugaise).

Vertiges, irritabilité, troubles de l’idéation, crises convulsives, obnubilation voire coma, paralysie d’un nerf crânien, déficit moteur peuvent apparaître dans 20 à 50 % des cas. Des signes méningés étaient présents chez 46.4 % des malades dans l’étude portugaise).

Un taux de mortalité élevé chez les patients infectés par le VIH

En l’absence de traitement, l’évolution vers l’aggravation et la mort est inéluctable.

En cas de traitement, la mortalité précoce reste encore de l’ordre de 20 %. Les chercheurs portugais ont signalé un taux de mortalité de 31 %, malgré le traitement par amphotéricine B.

Dans l’étude portugaise, la mortalité était élevée, particulièrement dans la population féminine (100 %).

Le diagnostic

Il est réalisé :
- par la mise en évidence à l’examen direct ou en histologie de levures entourées d’un halo clair dans les tissus ou liquides prélevés ;
- par l’identification de Cryptococcus neoformans dans ces mêmes échantillons ;
- et/ou par la détection de l’antigène spécifique dans le sérum et/ou le liquide céphalorachidien.

Nécessité d’un traitement antifongique pendant plusieurs semaines

Dans les formes graves (méningo-encéphalites, pneumopathies sévères), il repose sur l’association d’amphotéricine B et de 5-fluorocytosine pendant au moins 15 jours, relayée par 10 semaines de traitement par le fluconazole.

Un traitement prophylactique des rechutes est systématique chez les patients atteints du sida, tant qu’une reconstitution immunitaire franche et stable n’a pas été obtenue par les traitements antirétroviraux.



- “ Cryptococcosis in HIV-infected patients : A report of 84 cases (1985–2008) ” ; João Figueira-Coelhoa, Teresa Martinsb, João Machadob and Fernando Maltez ; European Journal of Internal Medicine Volume 21, Issue 3, June 2010, Page e16

- “ Determinants of Disease Presentation and Outcome during Cryptococcosis : The CryptoA/D Study ” ; Françoise Dromer, Simone Mathoulin-Pélissier, Odile Launay, Olivier Lortholary ; Plos medecine de février 2007

- “ Rapport d’activité 2008 de Centre national de référence mycologie et antifongique ” ; Françoise Dromer ; Olivier Lortholary ; Institut Pasteur


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