Cryptococcose neuroméningée au cours de l’infection à VIH en Côte d’Ivoire

Publié le 07.02.2011 | par Patricia Fener

La cryptococcose neuroméningée due à Cryptococcus neoformans est une infection mycosique grave touchant essentiellement le sujet immunodéprimé et en particulier les patients infectés par le VIH. Une étude réalisée au Centre hospitalo-universitaire de Treichville à Abidjan (Côte d’Ivoire) fait état d’une diminution de la prévalence de cette infection opportuniste chez les sujets au stade sida, en rapport avec une amélioration de l’accès à la trithérapie. Cependant, la mortalité reste élevée, nécessitant d’intensifier les campagnes de lutte contre le VIH/sida en termes de dépistage et de traitement.

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VIH, sida et cryptococcose neuro-méningée

Une non spécificité des manifestations cliniques pouvant conduire à un retard de diagnostic

Une étude rétrospective sur 22 patients VIH+ hospitalisés pour une cryptococcose neuroméningée entre le 1er janvier 2006 et le 31 décembre 2009 dans le service de médecine interne du CHU de Treichville a permis de faire le point sur l’évolution de cette pathologie à Abidjan.

- La prévalence de la cryptococcose neuroméningée chez les patients infectés par le VIH était de 0,6 %. En dix ans, sa fréquence a pratiquement diminué de moitié puisqu’une étude réalisée entre 1997 et 2001 montrait une prévalence de 1,1 %.

- L’âge moyen des patients était de 35 ± 4,5 ans et le sex-ratio de 0,5.
Cette féminisation de la maladie constatée en Côte d’ivoire contraste avec les données de la plupart des études africaines où l’homme est préférentiellement touché.

- Le délai moyen d’évolution de la symptomatologie avant hospitalisation représentait 10 ± 2,1 jours. Le mode d’installation de la maladie était progressif dans 86,4 % des cas.

- Les signes cliniques de la cryptococcose neuroméningée ne sont pas spécifiques  ; il s’agit de la fièvre retrouvée dans 100 % des cas et de céphalées dans 95,4 % des cas. Celles-ci sont généralement frontales, temporales ou rétro-orbitaires et résistantes aux antalgiques. La symptomatologie peut donc être frustre, le syndrome méningé n’étant présent que dans la moitié des cas.

Il faut garder en mémoire que chez un patient sévèrement immuno-déprimé, avec un taux de CD4 inférieur à 200 par mm3, toute suspicion de méningite doit faire rechercher une cryptococcose.

Cette étude se caractérise par un taux relativement bas (22,7 %) de troubles de la conscience et l’absence de déficit neurologique. L’étude réalisée dans le même service dix ans auparavant montrait un coma dans 66,6 % des cas et un déficit neurologique dans 22,2 % des cas. Ceci s’explique vraisemblablement par une prise en charge plus rapide des patients.

Une infection opportuniste à porte d’entrée probablement respiratoire
L’inhalation de Cryptococcus neoformans conduit à une primo-infection pulmonaire souvent asymptomatique. La levure persisterait dans l’organisme sous une forme latente et serait réactivée à la faveur d’une immunosuppression, et, au cours d’un épisode de fongémie, pénétrerait dans le compartiment cérébral à travers la barrière hémato-encéphalique (BHE).

Seul l’isolement du cryptocoque dans le liquide céphalo-rachidien permet d’affirmer le diagnostic de cryptococcose neuroméningée avec certitude
- Les principales anomalies cytochimiques du liquide céphalo-rachidien (LCR) étaient l’hyperprotéinorachie (95,4 % des cas), l’hypoglycorachie (91 %) et l’hyperlymphocytose (100 %).
La recherche de Cryptococcus neoformans  [1] dans le LCR à l’examen direct après coloration à l’encre de Chine a une spécificité de 100% et une très grande sensibilité. La recherche de Cryptococcus neoformans était positive dans 72,7 % des cas et après culture sur milieu de Sabouraud additionné de chloramphenicol dans tous les cas (100 %).

- Le traitement a consisté en l’administration en monothérapie (du fait d’un moindre coût) d’amphotéricine B en perfusion chez 54,5 % des patients et en l’administration d’amphotéricine B en perfusion avec relais par le fluconazole chez 45,5 % des patients.

Une évolution le plus souvent mortelle
Dans cette étude le décès est survenu dans 54,5 % des cas.
Le risque de décès est d’autant plus élevé que le patient est pauvre (83,3 %), qu’il présente un coma à l’admission (100 %) et qu’il est traité par amphotéricine B en monothérapie (83,3 %).

La lutte contre la cryptococcose neuroméningée doit obligatoirement passer par la recherche systématique de cette affection chez les sujets VIH+ présentant des céphalées, la prescription d’antifongiques systémiques efficaces et par une prévention primaire reposant sur un élargissement de l’accès aux antirétroviraux en Afrique.


Source :
-  Aspects actuels de la cryptococcose neuroméningée chez des sujets adultes infectés par le VIH dans le service de médecine interne du CHU de Treichville d’Abidjan (Côte d’Ivoire)
K. Kadjo, B. Ouattara, K.D. Adoubryn, O. Kra, E.K. Niamkey
Journal de Mycologie Médicale, janvier 2011, article sous presse

-  Institut Pasteur  : Physiopathologie de la méningoencéphalite à Cryptococcique
Françoise Dromer, Unité Mycologie Moléculaire, CNRS URA 3012


[1] _ Cryptococcus neoformans est une levure saprophyte du milieu extérieur (fientes de pigeon, guano de chauve-souris) qui a un comportement d’opportuniste.
La contamination se fait généralement par inhalation de spores (primo-infection pulmonaire latente), beaucoup plus rarement par inoculation cutanée.
Elle pousse à 37°C sur milieu de Sabouraud sans Actidione®.
Cryptococcus neoformans existe sous 2 variétés :
- Cr. neoformans var. neoformans : cosmopolite. Infecte les sujets immunodéprimés. Forme parfaite : Filobasidiella neoformans (sérotypes A – D).
- Cr. neoformans var. gattii : régions subtropicales (majoritaire en Afrique noire). Forme parfaite : Filobasidiella bacillispora (sérotypes B – C).
Source : Université de Nantes : http://www.sante.univ-nantes.fr/med...

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