Cystite toxoplasmique révélatrice d’une infection par le VIH

Publié le 26.04.2011 | par Claire Criton

La toxoplasmose vésicale est rare chez le patient VIH. Elle représente un mode de révélation exceptionnel du sida. Sa présentation peut être particulièrement trompeuse chez les patients immunodéprimés.

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Sida et toxoplasmose

Rappel sur la toxoplasmose

La toxoplasmose est une maladie parasitaire due à un protozoaire intracellulaire ubiquiste, Toxoplasma gondii. Bénigne, voire asymptomatique dans l’immense majorité des cas pour les sujets immunocompétents, elle ne présente de risque sérieux que pour les femmes enceintes séronégatives et les sujets ayant un système de défense immunitaire affaibli.

Dans le cadre de l’infection à VIH/sida, la toxoplasmose est une infection opportuniste qui peut revêtir des formes graves comme une encéphalite abcédée, une pneumopathie hypoxémiante, ou une infection disséminée pouvant avoir une évolution fatale.

Une présentation clinique trompeuse

Les auteurs rapportent le cas d’un patient de 57 ans présentant une pollakiurie accompagnée de brûlures mictionnelles. Un amaigrissement, une altération de l’état général et des troubles de la vigilance étaient également présents.

Un épaississement de la paroi vésicale avait été mis en évidence à l’échographie. Le scanner abdominal montrait une infiltration du grand épiploon.

L’imagerie et la présentation clinique orientaient le diagnostic vers une pathologie tumorale.

Un infiltrat inflammatoire riche en polynucléaires éosinophiles

Le diagnostic de toxoplasmose doit être envisagé devant tout infiltrat inflammatoire riche en polynucléaires éosinophiles de la muqueuse vésicale.

Chez le patient, cet infiltrat était d’ailleurs mis en évidence sur les copeaux de la résection transurétrale de vessie réalisée au début de la recherche diagnostique.

Rechercher des kystes et des pseudokystes à l’examen anatomopathologique

Chez le patient, des kystes et des pseudokystes étaient présents sur les fragments de la résection transurétrale initiale, mais ils n’ont été vus qu’à la seconde lecture. En effet, la parasitose a été suspectée seulement sur les prélèvements de vessie réalisée lors d’une laparotomie exploratrice, et montrant des structures kystiques.

L’immunohistochimie

Elle permet de confirmer la présence du parasite, notamment en cas d’infestation mineure, et de réaliser le typage précis du parasite.

Une sérologie VIH positive

Malgré l’instauration d’un traitement antiparasitaire, le patient a présenté un coma Glasgow 5, motivant la réalisation d’une sérologie VIH.

Le taux de lymphocytes CD4 était de 12 cellules/mm3 et la charge virale plasmatique de 271 000 copies/ml.

Le diagnostic est très difficile lorsque l’infection à VIH n’est pas connue. La présentation clinique oriente en effet dans un premier temps vers une tumeur.

La toxoplasmose vésicale, rare même en cas d’infection par le VIH

Les localisations extracérébrales les plus fréquentes de la toxoplasmose sont le poumon, le cœur et l’œil.

Le cas décrit par les auteurs est seulement le second cas de la littérature de toxoplasmose vésicale révélateur de sida.

Les formes graves de toxoplasmose fréquentes en cas d’immunodépression sévère

Lorsque les lymphocytes T CD4 sont inférieurs à 100 cellules/mm3, les formes sévères de toxoplasmoses sont relativement fréquentes.

L’atteinte est essentiellement cérébrale, mais les formes multiviscérales sont possibles. Les formes monoviscérales (cérébrales exceptées) restent exceptionnelles.

Il s’agit le plus souvent de réactivation d’une toxoplasmose latente, plus rarement d’une réinfection ou d’une primoinfection.


Dans la presse scientifique

- Raluca Ples, Frédéric Méchaï, Bernard Champiat, Stéphane Droupy, Michel Huerre, Catherine Guettier, Sophie Ferlicot ; “ Cystite toxoplasmique pseudotumorale révélatrice d’un syndrome d’immunodéficience acquise ” ; Annales de Pathologie, Volume 31, Issue 1, February 2011, Pages 46-49

-  Sérodiagnostic de la toxoplasmose en 2010 : conduite à tenir et interprétation en fonction des profils sérologiques obtenus par les méthodes de dépistage

- Plus de brèves sur toxoplasmose et VIH

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