Défaillance neurologique grave au cours de l’infection à VIH

Publié le 11.01.2011 | par Patricia Fener

La défaillance neurologique grave, de pronostic péjoratif, représente une cause fréquente d’hospitalisation en service de réanimation chez les patients infectés par le VIH. L’hypertension intracrânienne à l’admission est un facteur de mauvais pronostic.

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VIH, défaillance neurologique ;Wikimedia commons. Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license

Une étude rétrospective a été réalisée dans le service de réanimation de l’hôpital Tenon (Paris) entre 2000 et 2008.
- Trois groupes de patients ont été définis :

  • G1, patients porteurs d’une pathologie du système nerveux central en rapport avec le VIH (42% des patients) ;
  • G2, malades présentant une pathologie du système nerveux central sans rapport direct avec le VIH (21%) ;
  • G3, sujets avec une pathologie générale ayant un retentissement neurologique (42%).

Quarante-sept pour cent des patients VIH+ infectés par le VIH présentaient une défaillance neurologique.
- Le taux médian de lymphocytes CD4 était de 80 par mm3 et 41% des malades bénéficiaient d’une trithérapie antirétrovirale.

- Les manifestations neurologiques ont révélé l’infection à VIH dans 20% des cas.

- En ce qui concerne les symptômes neurologiques présentés par les patients, on notait :

  • un coma dans 39% des cas ;
  • un état confusionnel chez 45% des patients ;
  • des convulsions dans 33% des cas ;
  • un syndrome méningé [1] chez 23% des malades ;
  • une hypertension intracrânienne [2] dans 20% des cas ;
  • un déficit focal dans 32% des cas.

Les pathologies les plus souvent retrouvées étaient la toxoplasmose cérébrale et l’encéphalopathie associée au sepsis.
- La toxoplasmose est une infection parasitaire ubiquitaire. En France, environ 70 % de la population adulte possède des anticorps antitoxosplasmiques IgG, témoignant d’une infection ancienne. La toxoplasmose cérébrale est liée à la réactivation, au cours d’un déficit immunitaire acquis, de kystes cérébraux latents de Toxoplasma gondii responsables d’abcès cérébraux. Elle va se manifester, à un stade d’immunodépression profonde, sous la forme d’abcès cérébraux se manifestant par un syndrome tumoral ou focal accompagné de fièvre et de signes d’hypertension intracrânienne.

- L’encéphalopathie associée au sepsis traduit la souffrance cérébrale qui accompagne parfois les premiers instants de l’évolution d’un processus infectieux extracérébral. Elle se manifeste par une détérioration de l’état mental ou une altération du niveau de conscience.

Vingt-neuf pour cent des patients VIH+ admis sont décédés dans le service de réanimation, dont :
- 35% de ceux porteurs d’une pathologie du système nerveux central en rapport avec le VIH ;
- 23% de ceux ayant une pathologie du système nerveux central sans rapport direct avec le VIH ;
- 42% des malades avec une pathologie générale ayant un retentissement neurologique.

Des facteurs péjoratifs clairement définis
En comparant les patients décédés par rapport aux survivants, on s’aperçoit qu’ils avaient un score de Glasgow plus bas, une hypertension intracrânienne plus fréquente et que leur état a nécessité le recours plus fréquent à la ventilation mécanique, aux vasopresseurs et à la dialyse, témoignant d’une défaillance d’organe voire multisystémique.


Source :
-  Complications neurologiques graves des patients infectés par le VIH
H.Ferrand
Médecine et maladies infectieuses 2010, vol.40, P.47

Pour en savoir plus :
-  Agression cérébrale au cours du sepsis sévère
A. Leon, C. Lepousé, T. Floch, J.-P. Graftieaux
Annales Françaises d’Anesthésie et de Réanimation, 2006, Vol. 25, n° 8, pp. 863-867


[1] Le syndrome méningé comprend un certain nombre de symptômes et signes dominés par :
- la céphalée. Elle est constante et peut être isolée. Elle est permanente avec des paroxysmes provoqués par la lumière, les mouvements de la tête, le bruit. Elle est violente, diffuse, souvent pulsatile, décrite comme des sensations d’éclatement, d’étau, elle irradie vers le cou et le rachis. Elle s’accompagne parfois de rachialgies ;
- une photophobie, une intolérance au bruit, une hyperesthésie diffuse rendent encore cette céphalée si particulière et pénible ;
- les vomissements sont inconstants, sans nausée préalable, survenant aux changements de position, faciles, sans effort ;
- d’autres troubles végétatifs peuvent survenir, surtout dans les formes graves. Il peut s’agir de troubles du rythme cardiaque (bradycardie), du rythme respiratoire (bradypnée, pauses), d’une élévation tensionnelle. La constipation est classique mais tardive ;
- d’autres symptômes peuvent survenir, selon les étiologies, certains sont des signes de gravité : troubles de la conscience (obnubilation, états confusionnels, plus rarement coma), convulsions plus rares chez l’adulte.
Source : Faculté de médecine Pierre et Marie Curie

[2] En ce qui concerne la symptomatologie de l’hypertension intracrânienne (HIC) :
- les céphalées peuvent être le seul signe d’appel. Le type, l’intensité, et la durée peuvent varier considérablement selon l’étiologie. Toutefois, certaines caractéristiques des céphalées doivent faire penser à l’hypertension intracrânienne, notamment leur apparition chez un patient habituellement non céphalalgique, ou la modification des caractères habituels des céphalées chez un céphalalgique connu (installation/recrudescence nocturne ou matinale, accroissement progressif de la fréquence, de la durée et de l’intensité caractère rebelle aux antalgiques usuels) ;
- les vomissements sont inconstants. Ils sont évocateurs lorsqu’ils surviennent sans nausée préalable, « en fusée », souvent lors d’un changement de position de la tête ;
- les autres signes d’HIC sont plus tardifs : ralentissement idéatoire ou obnubilation, impression de flou visuel ou de diplopie horizontale transitoire, impressions vertigineuses aux changements de position.
Les signes propres à l’étiologie peuvent être associés ou même être le motif de consultation : crises d’épilepsie (quel qu’en soit le type), baisse de l’acuité visuelle, tout symptôme neurologique d’atteinte centrale (hémiparésie ; ataxie cérébelleuse ; syndrome tronculaire…).
Source : Faculté de médecine Pierre et Marie Curie

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