Dépistage systématique du VIH dans un service de médecine interne

Publié le 28.06.2011 | par Patricia Fener

Afin de répondre aux nouvelles recommandations de la Haute autorité de santé (HAS), un test de dépistage du VIH a été proposé de façon systématique aux patients du Service de Médecine Interne de l’Hôpital Louis-Mourier de Colombes (France). Cette démarche a été globalement acceptée par les patients et a permis aux médecins d’aborder plus facilement les différents facteurs de risque de l’infection à VIH.

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VIH, dépistage, service hospitalier ; Wikimedia commons ; Vincent Van Gogh “Dormitory in the Hospital in Arles”

Proposition d’un test de dépistage du VIH à l’ensemble de la population générale âgée de 15 à 70 ans
A l’automne 2009, la HAS recommandait de proposer le test de dépistage du VIH à l’ensemble de la population âgée de 15 à 70 ans, hors notion d’exposition à un risque de contamination ou caractéristique particulière. Le but de cette démarche était de "rattraper" les infections VIH non diagnostiquées et de promouvoir l’idée que, pour chacun, le fait de mieux connaître son statut sérologique vis-à-vis du VIH peut avoir des bénéfices importants au niveau individuel comme à l’échelle collective.

Invitation des services de médecine universitaire à participer à ce dépistage de masse
Même si l’évaluation de ces recommandations dans ce cadre n’est pas établie, les services hospitaliers ont été incités à proposer systématiquement un dépistage du VIH aux patients.

Expérience du Service de Médecine Interne de l’Hôpital Louis-Mourier de Colombes
Entre juin et décembre 2010, après une sensibilisation du personnel médical aux nouvelles recommandations de l’HAS, une étude de faisabilité ainsi qu’un questionnaire destiné aux patients et portant sur les facteurs de risques et les circonstances antérieures de dépistage, ont été réalisés dans le service.

Le dépistage a été effectué sur un prélévement veineux grâce au test Elisa combiné qui permet la détection simultanée des anticorps anti-VIH-1 et anti-VIH-2 et de l’antigène p24.

Chaque semaine, l’information concernant cette étude était rappelée aux internes et séniors.

Bonne acceptabilité du test par les patients
Cent soixante-dix-huit patients dont 93 femmes, d’âge médian 50 + 13,5 ans (extrêmes 18–70 ans) ont été choisis de façon aléatoire.
Quarante-cinq patients ont été exclus dont 30 séropositifs connus, neuf avec trouble de la conscience, six ne parlant pas le français.
Dix-sept personnes ont refusé la réalisation du test (13 %).

Parmi les 116 patients restant, 61 (53 %) n’avaient jamais réalisé de test de dépistage du VIH, 101 (87 %) estimaient ne pas avoir de facteur de risque.
Parmi les 15 patients qui pensaient avoir des facteurs de risque, trois seulement, n’avaient jamais été dépistés.
Seuls 24 patients (21 %) n’ont pas eu d’occasion de dépistage au cours de l’année précédente tels qu’une consultation médicale, un bilan sanguin, une hospitalisation, etc...

Au sein du groupe des 116 patients ayant accepté le test, 17 pensaient qu’il était inutile pour eux.

Le test a finalement été réalisé chez les 61 (53 %) des 116 patients qui l’avaient accepté. Deux tests sont revenus positifs dont un correspondait à une rupture de suivi depuis deux ans d’une séropositivité découverte dix ans auparavant alors que chez l’autre, il s’agissait d’une découverte. Les deux patients étaient originaires d’Afrique sub saharienne.

Les médecins du Service de Médecine Interne de l’Hôpital Louis-Mourier de Colombes constatent après cette initiative lancée en 2010 que malgré un rappel régulier auprès du personnel médical, la proposition systématique du test de dépistage du VIH rencontre des difficultés de faisabilité et d’acceptabilité dont la principale origine se situerait plutôt chez les soignants. Ils reconnaissent que la découverte d’une séropositivité chez un patient venu pour une cause non liée au VIH, joue un rôle de catalyseur pour proposer de façon plus régulière ce test.


Source :
- B. Montoya, A.-M. Simonpoli, H. Ichou, E. Mortier
Proposition systématique de dépistage du VIH dans un service de médecine interne
Revue de Médecine Interne, Volume 32, Supplement 1, June 2011, Page S130
-  HAS  : Dépistage de l’infection par le VIH en France. Stratégies et dispositif de dépistage

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