Désir d’enfant chez les couples sérodiscordants en Afrique

Publié le 11.05.2011 | par Claire Criton

En Afrique, les couples discordants pour le VIH bénéficient souvent de peu de soutien pour les aider à gérer les éléments complexes que le virus ajoute à la relation amoureuse. Or ces couples contribuent largement à la propagation de l’épidémie de sida en Afrique. Ils soulignent souvent la tension entre leur désir d’avoir des enfants et leur peur d’infecter leur partenaire séronégatif/séronégative. Cependant la majorité des couples sans enfant expriment avoir un désir d’enfant.

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Désir d’enfant et VIH

Qu’est-ce qu’un couple discordant ?

Dans les couples discordants, un des partenaires est séropositif et l’autre séronégatif. Ils sont de plus en plus nombreux dans les pays africains affichant une forte prévalence d’infections à VIH.

Prévalence chez les couples discordants

En Afrique subsaharienne, la prévalence des couples discordants se chiffre entre 3 et 20 % de la population générale. Ce chiffre passe à 20-35 % chez le couple dont l’un des partenaires est soigné pour une infection à VIH.

Risque de transmission en cas de sérodiscordance entre les partenaires

Les personnes séronégatives pour le VIH, qui ont des partenaires discordants, risquent d’être infectées.

En 2007, une étude laisse entendre qu’à l’échelle mondiale, plus de 50 % des nouvelles infections au VIH, découlant des épidémies développées et généralisées, se manifestent chez les couples sérodiscordants.

Même dans des milieux où la prévalence est faible, tels que le Canada et les États-Unis, la transmission chez les couples discordants demeure une préoccupation. Une analyse de modélisation, en 2004, faisant intervenir 3723 hommes et femmes américains atteints du VIH indiquait qu’en fonction des comportements actuels, on pouvait s’attendre à plus de 30 nouvelles infections chez leurs partenaires discordants dans un délai de trois mois.

L’article décrit l’influence du VIH sur les relations sexuelles et la décision d’avoir ou non un enfant chez 36 couples sérodiscordants.

Des questionnaires auto-administrés donnés à 36 couples sérodiscordants

- 26 étaient originaires d’Afrique du Sud ;
- 10 étaient originaires de République-Unie de Tanzanie.

Le recrutement s’est fait par le biais de dispensaires de traitement antirétroviral et d’organisations le la$sOciété civile s’occupant de personnes qui vivent avec le VIH.

La majorité des partenaires séropositifs étaient des femmes qui suivaient un traitement antirétroviral.

Des questionnaires auto-administrés ont permis d’obtenir des informations sociales et démographiques.

Ils ont été complétés par des entretiens approfondis semi-structurés individuels et en couple afin d’explorer les relations sexuelles et les décisions sur la paternité/maternité.

La sérodiscordance, source de problèmes dans le couple

En effet, elle modifie l’équilibre du couple en :

- créant des tensions au sein du couple, décrites par près d’un tiers des répondants sud-africains et la moitié des répondants tanzaniens ;

- affectant l’intimité du couple, pour plus de la moitié des Sud-Africains et près des trois quarts des Tanzaniens.

Les tensions dans le couple étaient dues :

  • à la peur de transmettre l’infection à leur partenaire séronégatif ;
  • à la crainte fondée ou non d’infidélité de leur partenaire ;
  • à l’utilisation du préservatif (perte de spontanéité, diminution de la libido, moindre fréquence des rapports sexuels, conflit entre le désir d’enfant et le souci de protéger son partenaire, peur d’infecter le partenaire malgré tout).

Un désir d’enfant malgré tout

- la probabilité de désirer un enfant augmente chez les couples qui n’étaient pas parents (17 sur 32, versus 16/44 dans les couples qui en avaient déjà) ;

- toutefois, le désir d’enfant reste perturbé par la crainte de la transmission du VIH au partenaire séronégatif et les conseils médicaux professionnels.

- De nombreux couples déclarent vouloir les conseils d’un professionnel de santé avant de concevoir un enfant.

- Pour beaucoup, la procréation médicalement assistée ne représente pas une méthode alternative souhaitée, ou elle reste trop onéreuse pour eux.

Nécessité d’une information ciblée pour les couples sérodiscordants

La plupart des interventions de prévention, traitement, soins et soutien du VIH sont destinées aux individus et il existe peu d’interventions pour les couples.

Des services de conseil et de soutien aux couples paraissent indispensables.

Les couples sérodiscordants devraient bénéficier de services de santé sexuelle et reproductive dans un cadre favorable et non discriminatoire et devraient être impliqués dans la riposte au VIH.


Dans la presse scientifique

- Laetitia C Rispel, Carol A Metcalf, Kevin Moody, Allanise Cloete, Georgina Caswell ; “ Sexual relations and childbearing decisions of HIV-discordant couples : an exploratory study in South Africa and Tanzania ” ; Reproductive Health Matters, Volume 19, Issue 37, May 2011, Pages 184-193

- Guthrie BL, de Bruyn G, Farquhar C ; “ HIV-1-serodiscordant couples in Sub-Saharan Africa : Explanations and implications for high rates of discordancy. ” ; Current HIV Research 2007 ;5(4):416-29.

- Weinhart LS, Kelly JA, Brondino MJ, Rotheram-Borus M-J, Kishenbaum SB, et al. ; “ HIV transmission risk behaviour among men and women living with HIV in 4 cities in the United States ” ; JAIDS 2004 ;36(5):1057-66.

- Les interventions en matière de prévention de la transmission du VIH chez les couples sérodiscordants ; Sidanet, 2010, 7(5) : 1322

- Plus de brèves sur "VIH, grossesse, désirs d’enfant,..."

Conseils pratiques

- COREVIH LYON VALLEE DU RHONE, Coordination de la prise en charge du VIH

- La grossesse et le VIH – Voici ce qu’il faut savoir (2009)


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