Diarrhées à microsporidies au cours de l’infection à VIH/sida

Publié le 03.01.2011 | par Patricia Fener

Chez les patients infectés par le VIH et ayant un taux de lymphocytes CD4 inférieur à 100 par millimètre cube, les microsporidies entraînent des diarrhées dont la gravité varie en fonction de l’espèce incriminée. Enterocytozoon bieneusi est associé aux formes les plus graves avec risque de décès.

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VIH et microsporidioses ;Wikimedia commons

Une étude prospective réalisée à l’Hôpital la Rabta de Tunis (Tunisie) sur 108 patients VIH+ présentant une diarrhée
Le diagnostic de microsporidiose intestinale a été fait par détection des spores de microsporidies à partir de frottis de selles colorés par la coloration classique de trichrome de Weber modifiée.
L’identification de l’espèce en cause a été obtenue par la méthode hautement sensible de l’amplification génique par la polymerase chain reaction (PCR). Cette étape est indispensable pour adapter le traitement et évaluer le pronostic.

- Caractéristiques des patients :

  • 48,1% étaient des femmes ;
  • l’âge moyen était de 39,7 ans ;
  • la diarrhée évoluait sur un mode chronique [1] dans 25% des cas et de façon aiguë dans 9,3% des cas ;
  • des microsporidies ont été retrouvées chez les femmes dans 64,7% des cas. A la coloration de Weber modifiée, 7,4% des selles étaient positives et on retrouvait 15,7% de positivité par PCR. La PCR était positive chez 11,3% des patients asymptomatiques et chez 33,3% des sujets diarrhéiques ;
  • la diarrhée chronique était associée à un taux de CD4 inférieur à 100 par millimètre cube ;
  • 4 décès sont survenus au cours d’infection à Enterocytozoon bieneusi.

- En ce qui concerne les espèces identifiées :

  • Enterocytozoon bieneusi a été isolé dans 7,4% des cas chez des patients présentant une diarrhée chronique.
    Enterocytozoon bieneusi a été décrit pour la première fois en 1985. Il émet des sporontes de 15 à 20 μm et peut contenir jusqu’à 20 noyaux, qui vont donner des spores de 1 μm. Ces parasites se localisent entre le noyau et la bordure en brosse des entérocytes et libèrent des spores dans la lumière intestinale qui vont coloniser de nouvelles cellules ou être éliminées avec les fèces.
  • Encephalitozoon intestinalis a été retrouvé dans 8,3% des selles infectées, avec une association plus fréquente au portage asymptomatique et aux diarrhées aiguës.
    Encephalitozoon intestinalis (anciennement appelée Septata intestinalis) a été décrit en 1993 et se développe dans une vacuole parasitophore. Les mérontes contiennent 2 à 4 noyaux et les spores, libérées dans la lumière intestinale, mesurent 1,5 à 2 μm.

Des parasites opportunistes dont le pouvoir pathogène s’exprime sous la forme de diarrhées chroniques
Les microsporidies sont des organismes unicellulaires et intracellulaires appartenant au règne des Fongi et s’exprimant chez les sujets immunodéprimés, et notamment chez les sujets séropositifs au VIH.

La connaissance des microsporidioses intestinales est concomitante de l’infection à VIH/sida. Ce fut la première cause de diarrhée dans les pays développés avant l’avénement des traitements antirétroviraux hautement actifs (HAART).

Les espèces de microsporidies infectant l’homme ont été identifiées aussi bien dans des sources d’eau que des aliments ou des animaux de ferme ou domestiques, suggérant une transmission hydrique, alimentaire et zoonotique. La contamination est féco-orale.

Les microsporidies se reproduisent en deux phases dans la même cellule hôte : mérogonie (formation de mérontes à partir du sporoplasme introduit dans la cellule) puis sporogonie (formation d’une paroi autour des mérontes pour former des spores).

Enterocytozoon bieneusi et Encephalitozoon intestinalis colonisent l’épithélium de l’intestin grêle, conduisant à une altération de la muqueuse intestinale sous la forme d’un aplatissement de la couche de cellules épithéliales, d’une accumulation de graisses et d’une desquamation importante. Ces modifications ont pour conséquences une atrophie villositaire compensée par une hyperplasie des cryptes, et une diminution de la surface d’absorption.

Une réponse différente au traitement selon l’espèce en cause
Les infections intestinales dues à Encephalitozoon intestinalis sont sensibles à l’albendazole, avec disparition de la diarrhée, régression de la malabsorption intestinale (amélioration du test au D-xylose) et négativation des selles. La durée du traitement est de 21 jours, à raison de deux prises de 400 mg par jour par voie orale.

Sous albendazole, la sympatomatologie intestinale entraînée par Enterocytozoon bieneusi régresse mais l’infestation persiste, avec mise en évidence des parasites lors des examens de selles. C’est pourquoi il est recommandé de traiter ces parasites par la fumagilline à la dose de 60 mg par jour pendant 14 jours. Le traitement peut entraîner des effets secondaires réversibles (leuco-neutropénie, chute des plaquettes sanguines) nécessitant une surveillance du patient pendant toute la durée du traitement.

Pas de chimioprophylaxie des microsporidioses mais la mise en pratique des règles hygièno-diététiques individuelles pour prévenir la contamination féco-orale .


Source :
-  Impact des espèces de microsporidies sur la clinique des diarrhées associées au VIH
S. Aissa, R. Abdelmalek, N. Chabchoub
Médecine et maladies infectieuses, 2010, N° 40, p. 53
-  Identification d’Enterocytozoon bieneusi par PCR dans les selles des patients immunodéprimés tunisiens
S. Anane, E. Kaouech, S. Belhadj, R. Abdelmalek,
Pathologie Biologie, Sous presse. Epreuves corrigées par l’auteur. Disponible en ligne depuis le mardi 2 juin 2009
-  Parasitoses intestinales émergentes
P. Bourée, A. Lançon, P. Resende
Revue Francophone des Laboratoires, 2008, vol. 399, pp. 23-28

Pour en savoir plus :
-  esante.univ-rennes1  : microsporidioses
-  Femmesetsida  : Manifestations cliniques et biologiques de l’infection à VIH/sida chez la femme (p.55)


[1] La diarrhée chronique correspond à l’émission de selles trop abondantes (plus de 300g par jour) et/ou trop fréquentes (plus de 3 par jour) et/ou trop liquides, évoluant depuis plus de 4 semaines.
Source : Hepatoweb

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