Effets des antirétroviraux sur les kystes parotidiens et les ranulas

Publié le 18.05.2011 | par Claire Criton

Les lésions bénignes des glandes salivaires, comme les kystes lymphoépithéliaux de la parotide et les ranulas, sont relativement fréquentes chez les patients infectés par le VIH. Un traitement antirétroviral doit être tenté avant d’envisager la chirurgie, en sachant que son résultat reste très aléatoire en cas de ranulas contrairement aux kystes parotidiens qui y répondent bien.

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Ranula et sida

Les kystes lymphoépithéliaux de la glande parotide, une pathologie liée à l’infection VIH

Chez le patient VIH, la prévalence du kyste lymphoépithélial de la parotide (ou hyperplasie lymphoïde kystique bénigne) est d’environ 3 à 6%. Il est plus fréquemment rencontré en début d’infection VIH que dans les sidas avancés.

Les patients présentent une tuméfaction chronique souvent bilatérale, indolore, esthétiquement gênante, parfois associée à une xérostomie et une polyadénopathie.

L’origine chez le patient VIH est peu claire. Deux hypothèses sont avancées actuellement :
- une activité hyperplasique des lymphocytes intraparotidiens susceptible de générer une lésion kystique ;
- des inclusions épithéliales glandulaires à l’intérieur même des ganglions lymphatiques intraparotidiens qui conduiraient à une prolifération épithéliale.

La ranula ou "grenouillette", une lésion due à une rétention salivaire

La grenouillette est un kyste rétentionnel qui se développe sur le plancher buccal à partir de la glande sublinguale, des glandes salivaires accessoires du plancher buccal ou de la glande sous-maxillaire.

Ce faux kyste mucoïde, renferme de la salive et se développe au-dessous de la langue. Il résulte en général d’une obstruction des canaux excréteurs sous-maxillaires ou sous-linguaux entrainant la dilatation de la glande salivaire.

Au XVIe siècle, le chirurgien Ambroise Paré souligne que les patients qui présentent une telle lésion ont souvent la voix altérée et "coassent" comme une grenouille d’où son nom de "grenouillette" et ranula (diminutif de rana, la grenouille en latin).

La ranula se présente comme une tuméfaction bleutée et ovoïde du plancher buccal développée entre la face inférieure de la langue et l’arcade dentaire mandibulaire. Elle peut pousser un prolongement trans-mylohyoïdien déformant la région sous-mandibulaire.

La palpation montre une tuméfaction rénitente à contenu liquidien qui est indolore et isolée. Lorsqu’elle devient volumineuse, elle peut devenir gênante.

L’évolution se fait par poussées qui sont entrecoupées d’épisodes de fistulisation buccale (écoulement de liquide filant évoquant du blanc d’œuf).

Séropositivité et pathologie salivaire

L’hyperplasie lymphoïde kystique bénigne au niveau des glandes parotides est la pathologie salivaire la plus fréquente liée à la séropositivité.

Mais d’autres glandes salivaires peuvent être touchées comme la glande sublinguale, les glandes salivaires accessoires du plancher buccal ou la glande sous-maxillaire. La ranula ou "grenouillette" se développe par obstruction des canaux excréteurs de ces glandes. En Afrique du Sud, elle est fréquente chez les patients infectés par le VIH, mais son étiopathogénie demeure obscure.

Penser à faire une sérologie de dépistage

Au vu de la relation étroite entre la présence de kystes lymphoépithéliaux de la parotide et l’infection VIH, une fois le diagnostic posé, une sérologie de dépistage devra faire partie du bilan complémentaire de ces lésions.

Pas de traitement invasif

- L’hyperplasie lymphoïde kystique régresse le plus souvent sous traitement antirétroviral. Sa persistance sous trithérapies ou des douleurs importantes peuvent faire discuter une parotidectomie.

- Par contre, le bénéfice du traitement antirétroviral n’a pas encore été établi pour les ranulas. L’exérèse chirurgicale de la glande salivaire ipsilatérale et de la lésion kystique est la solution thérapeutique la plus souvent choisie. Malheureusement, en cas de ranulas multiples, et/ou coexistantes avec un kyste parotidien, la chirurgie ne pourra être envisagée.

Une étude africaine sur l’efficacité des antirétroviraux chez les patients séropositifs avec des ranulas

Les auteurs ont comparé l’efficacité du traitement antirétroviral (HAART) dans les cas d’hyperplasie lymphoïde kystique et de ranulas chez des patients infectés par le VIH.

La même association antirétrovirale a été donnée à :

- un premier groupe de 10 patients présentant une hyperplasie lymphoïde kystique de la parotide ;
- un deuxième groupe de 14 patients présentant des ranulas.

La taille des lésions a été suivie pendant 3 mois dans le premier groupe et 6 mois dans le groupe avec des ranulas.

Une moins bonne réponse au traitement des ranulas

- A la fin du troisième mois, les lésions d’hyperplasie lymphoïde kystique de la parotide avaient disparu chez les 10 patients alors que le traitement antirétroviral avait été sans résultat sur les ranulas (pas de réduction de taille ni de modification radiologique) ;

- du quatrième au sixième mois, trois patients du second groupe ont présenté une diminution de taille lente mais significative de leur ranula.

Toujours tenter le traitement antirétroviral avant la chirurgie

Bien que les ranulas semblent nettement moins sensibles au traitement antirétroviral que les kystes parotidiens, la trithérapie mérite d’être tentée avant toute approche thérapeutique plus agressive. Il faudra être plus patient dans l’attente de résultat (6 mois), que pour les lésions d’hyperplasie lymphoïde kystique de la parotide.


Dans la presse scientifique

- Kabunda Syebele, Kurt-W. Bütow ; “Comparative study of the effect of antiretroviral therapy on benign lymphoepithelial cyst of parotid glands and ranulas in HIV-positive patients”  ; Oral Surgery, Oral Medicine, Oral Pathology, Oral Radiology, and Endodontology, Volume 111, Issue 2, February 2011, Pages 205-210

- N. Senn L. Bron M. Cavassini ; “Les kystes lymphoépithéliaux de la glande parotide : une pathologie liée à l’infection VIH”  ; Revue Médicale Suisse N° 66 publiée le 17/05/2006

- C.Chossegros, L.Guyot, F.Cheynet, V.Bellot-Samson, J.L.Blanc,P.Disdier ; “Maladies et grands syndromes : Pathologie des glandes salivaires (270)”  ; Février 2006


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