Epidémiologie de la co-infection VIH/tuberculose à Cotonou (Bénin)

Publié le 20.03.2012 | par Patricia Fener

Une étude transversale rétrospective, menée au Centre National Hospitalier de Pneumo-phtisiologie de Cotonou, a permis de mettre en évidence une séroprévalence globale du VIH de 24% chez les patients tuberculeux et un taux élevé de décès plaidant pour une introduction précoce des antirétroviraux et un accompagnement thérapeutique personnalisé.

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VIH et tuberculose, Bénin, ;Wikimedia commons

Une étude à visée descriptive et analytique ayant inclu 1086 patients

Menée entre le 1er janvier et le 31 décembre 2009, cette étude a permis d’identifier 259 malades co-infectés par le VIH et la tuberculose et de dégager certaines spécificités :
- un âge moyen de 36 ans (versus 34 pour les tuberculeux VIH négatifs) ;
- un sex-ratio de 1,15 (versus 2,25 chez les tuberculeux) ;
- une atteinte pulmonaire chez 76% des co-infectés et 89% des tuberculeux ;
- des formes bacillifères significativement moins fréquentes lors de la co-infection (69% versus 84%) ;
- des cas de tuberculose pulmonaire à microscopie négative [1] plus fréquents chez les co-infectés (17% versus 5%), de même que pour la tuberculose extra-pulmonaire (17% versus 11%) ;
- une proportion de patients nécessitant d’être retraités superposable dans les deux groupes ;
- des différences statistiquement significatives en ce qui concerne les taux de succès thérapeutique (75% versus 86%) et de décès (10% versus 3%).

Au Bénin, le Programme National de Lutte contre le Sida (PNLS) est l’un des trois programmes prioritaires du Ministère de la Santé

Une prise en charge des co-infectés Tuberculose/VIH bien codifiée
A partir de l’année 1990, la surveillance de la co-infection Tuberculose/VIH s’est faite au Centre National Hospitalier de Pneumo-phtisiologie (CNHPP), auquel s’est ajouté le Centre de Pneumo-Phtisiologie (CPP) Akron de Porto-Novo en 2000.
A partir de 2006, la surveillance de la co-infection a été étendue aux 51 centres de dépistage et de traitement de la tuberculose du Bénin (CDT) qui sont passés à 57 en 2009.

Selon la politique de prise en charge de la co-infection mise en oeuvre conjointement par le PNLS (Programme National de Lutte contre le Sida) et le PNT ( Programme National Contre la Tuberculose), le dépistage du VIH est systématiquement proposé à tout malade tuberculeux.

Une fois qu’un patient tuberculeux est dépisté positif au VIH, il est mis sous cotrimoxazole (triméthoprime + sulfaméthoxazole) [2] pour la prévention des infections opportunistes et sous antirétroviraux s’il répond aux critères d’éligibilité immunologique.

Le traitement simultané de la tuberculose et de l’infection à VIH peut provoquer des effets secondaires car il existe des interactions importantes entre les différentes classes de médicaments. De plus, le traitement simultané des deux infections peut entraîner rapidement une exacerbation des réactions immunitaires (réactions paradoxales).
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommandait en 2009 d’attendre 8 semaines après l’instauration du traitement antituberculeux pour démarrer les antirétroviraux. Depuis, l’essai CAMELIA (CAMbodian Early versus Late Introduction of Antiretroviral drugs), réalisé dans cinq hôpitaux du Cambodge entre 2006 et 2010, a montré que l’introduction des antirétroviraux deux semaines après le début des antituberculeux permettait de réduire de manière significative la mortalité des patients infectés par le VIH et atteints de tuberculose.

La mise en place d’un projet VIH/Tuberculose en milieu carcéral
Un programme de dépistage du VIH et de la tuberculose a été mis en place depuis novembre 2009 dans les prisons, grâce à l’appui technique et financier du bureau régional de l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime, et de l’ONUSIDA.

Il vise notamment
- à maintenir le dépistage de la tuberculose pour tout détenu suspect et à structurer le dépistage du VIH ;
- à limiter la confidentialité liée au VIH au cercle restreint du patient et de l’agent de santé ;
- à conforter la disponibilité des antituberculeux qui sont gratuits et encourager et faciliter la prise en charge des détenus détectés séropositifs pour le VIH au cours de leur incarcération.

Pour le Bénin, comme pour la plupart des états africains, la tuberculose et l’infection par le VIH représentent deux fardeaux dont le contrôle, voire l’élimination, constitue un défi pour les services de santé. La co-infection est redoutable en termes de morbidité, de mortalité et de transmissibilité. Le dépistage de ces deux infections doit donc être une priorité et suivi d’une prise en charge thérapeutique optimale.


Source

1. Agodokpessi G, Ade G, Ade S, et al. Aspects épidémio-cliniques et évolutifs de la co-infection tuberculose et VIH à Cotonou. Revue des Maladies Respiratoires. 2012 ;29, Supplement 1(0):A48–A49.
2. OMS. Politique de l’OMS pour les activités conjointes de lutte contre la tuberculose et le VIH. 2012. Available at : http://whqlibdoc.who.int/publicatio.... Consulté mars 20, 2012.
3. ONUSIDA. RAPPORT DE SITUATION NATIONAL À L’INTENTION DE L’UNGASS Bénin. 2012. Available at : http://www.unaids.org/en/dataanalys.... Consulté mars 20, 2012.
4. Blanc F-X, Sok T, Laureillard D, et al. Earlier versus later start of antiretroviral therapy in HIV-infected adults with tuberculosis. N. Engl. J. Med. 2011 ;365(16):1471–1481.

[1] Un cas de tuberculose pulmonaire à microscopie négative se définit comme celui d’un malade qui présente au moins deux échantillons d’expectorations sans bacille tuberculeux, des anomalies radiologiques évocatrices de tuberculose avec absence de réponse au traitement antibiotique à large spectre pour lesquelles une chimiothérapie antituberculeuse a été prescrite http://www.santetropicale.com/resum...

[2] La prophylaxie au Cotrimoxazole est indiquée chez toute personne VIH+ au stade 2 de l’OMS.
La tuberculose fait classer l’infection à VIH à un stade avancé (au stade 3 de l’OMS pour la tuberculose pulmonaire ou stade 4 si c’est la forme extra-pulmonaire) .
La prescription du Cotrimoxazole est donc systématique en cas de co-infection VIH-tuberculose. Cette prescription est à vie en dehors du traitement antirétroviral et doit être poursuivi après le traitement anti-tuberculeux.
En outre, en dehors de la tuberculose, elle peut être indiquée au stade 1 de l’OMS si la numération des lymphocytes CD4 est inférieure à 200 par mm3. La prophylaxie au Cotrimoxazole s’arrête en cas de :
- remontée des lymphocytes CD4 au-dessus de 350 par mm3 ;
- d’allergie cutanée sévère. Source

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