Epidemiologie de la syphilis entre 2000 et 2010

Publié le 20.06.2011 | par Patricia Fener

Toutes les études épidémiologiques portant sur les infections sexuellement transmissibles (IST) montrent une résurgence de la syphilis depuis le début des années 2000. Cette augmentation semble être en relation avec un relâchement des mesures de protection des rapports sexuels. Une étude réalisée entre 2000 et 2010 au CHU Hotel-Dieu de Nantes (France) met en évidence les particularités épidémiologiques et diagnostiques de cette infection systémique bactérienne sexuellement transmissible due à Treponema pallidum.

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VIH et syphilis ;Wikimedia commons

Des dossiers sélectionnés sur la base des données du Programme de médicalisation des systèmes d’information (PMSI)
Les données ont été extraites des dossiers d’hospitalisation des patients et de la base de données NADIS® [[Nadis® est un dossier médical de spécialité conçu par des Professionnels de santé pour répondre aux exigences du suivi des patients infectés par le VIH, le virus de l’hépatie C (VHC), le virus de l’hépatite B (VHB) et les accidents d’exposition au sang (AES)
Source : NADIS] pour les patients séropositifs pour le VIH suivis par la Coordination régionale de lutte contre l’infection à VIH (COREVIH).
Le diagnostic de syphilis a été posé sur la positivité du test tréponémique en hémagglutination (TPHA) et du test non tréponémique, Venereal Diseases Research Laboratory (VDRL).

Une majorité d’hommes homosexuels infectés par le VIH
Sur les 40 patients hospitalisés :
- 94 % étaient des hommes, âgés de 17 à 75 ans ;
- 21 étaient infectés par le VIH. Parmi eux 86 % étaient homosexuels et 67 % avaient un antécédent d’infection sexuellement transmissible autre que le VIH (hépatites B et C, chlamydiose, gonococcie, condylomes, gale) ;
- parmi les patients non-VIH, 26 % étaient éthyliques et 21 % étaient porteurs d’une cardiopathie sévère.

Un retard fréquent de diagnostic
Le délai moyen entre les premiers symptômes et le diagnostic était plus important chez les patients non-VIH (7,3 versus 3,1 semaines).

Il s’avère que de plusieurs patients ont fait l’objet d’erreurs de diagnostic :
- pour trois patients, le diagnostic d’uvéite syphilitique n’a été fait qu’après trois à six mois d’errance, avec initialement prise en charge pour une sarcoïdose, une toxoplasmose et pour suspicion de lymphome oculaire ;

- pour trois autres patients, le diagnostic de syphilis secondaire cutanéo-muqueuse a été réalisé avec un à six mois de retard en raison de l’importance des signes généraux et d’adénopathies suspectes de lymphome B, ou d’une éruption érythémato-squameuse avec un infiltrat lympho-plasmocytaire suspect de pseudolymphome cutané.

Des symptômes variés responsables de difficultés diagnostiques
Les symptômes cliniques varient en fonction du stade clinique :

Stade de la syphilis primaire
- l’incubation dure en moyenne 3 semaine (10 à 90 jours) ;
- le Chancre est constant avec une adénopathie satellite

  • il régresse spontanément en 3 à 6 semaines avec persistance plusieurs mois de l’induration et de l’adénopathie ;
  • il se présente généralement sous la forme d’une ulcération superficielle, de 5 à 20 mm de diamètre, bien circonscrite, indolore, avec une surface propre et une base indurée. D’autres formes peuvent exister : punctiforme, fissuraire, géante, ulcéreuse. La localisation se situe chez l’homme au niveau du sillon balano-préputial, du méat, du prépuce et chez la femme au niveau de la vulve dans la majorité des cas.

Les manifestations cliniques de la phase primaire, obligatoires, peuvent cependant ne pas être visibles en cas de chancre caché (endobuccal, vaginal, endorectal) et d’adénopathies profondes.

Stade de la syphilis secondaire
- il se situe 6 semaines à 3 mois après le chancre ;
- cette phase peut co-exister avec le chancre (syphilis I-IIaire). Sa durée est généralement de 6 mois, avec des récidives possibles dans l’année ;
- elle se manifeste par une éruption cutanée polymorphe : « grande simulatrice » en 2 phases successives : la roséole syphilitique première floraison puis la formation de syphilides.

La régression spontanée de la plupart des manifestations primaires et secondaires peut entraîner une négligence du patient, le contexte vénérien constituant encore souvent un frein à la consultation. Le patient entre alors dans une phase de latence asymptomatique.

La difficulté diagnostique est liée à la fois au polymorphisme de la maladie et au manque d’expérience actuel des médecins, rarement confrontés dans les dernières décennies à la syphilis. Ils peuvent ainsi passer à côté du diagnostic même en cas de consultation spontanée du patient. Ce dernier peut alors entrer en phase de latence du fait de la régression spontanée des symptômes.

Au CHU de Nantes :
- 15 % des patients étaient asymptomatiques ;
- 8 % présentaient une syphilis primaire ;
- 33 % une syphilis secondaire cutanéo-muqueuse souvent accompagnée de signes généraux ;
- 40 % une neurosyphilis précoce sous la forme d’une uvéite antérieure (6%), postérieure (43 %), d’une panuvéite (19 %) d’un œdème papillaire (6 %), d’une méningite (6 %), d’une paralysie faciale périphérique (6 %) et d’une surdité (12 %). Un seul patient présentait une neurosyphilis tardive, sous la forme d’une syphilis méningo-vasculaire (AVC ischémique). Quatorze patients avaient une méningite lymphocytaire.

Des séquelles trop fréquentes malgré le traitement
Les patients hospitalisés à Nantes avec une syphilis primaire ou secondaire isolée ont reçu une à trois injections d’extencilline.
Les patients se présentant avec une neurosyphilis ont été traités par pénicilline G à fortes doses pendant au moins 14 jours (94 %) ou ceftriaxone (6 %).

Six patients atteints de neurosyphilis ont présenté des séquelles ophtalmologiques minimes (25 %) ou majeures (12 %).

Nécessité d’une optimisation de la prise en charge collective de la maladie et notamment de son dépistage
En France, les facteurs de risque démontrés comme étant associés à la survenue de la maladie sont l’orientation sexuelle (hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes ou HSH) et le statut VIH+.
En effet, la syphilis affecte préférentiellement les HSH (83 % dans le réseau de surveillance) séropositifs pour le VIH (plus de la moitié des HSH concernés) et ayant des comportements sexuels à haut risque, avec notamment un nombre élevé de partenaires, souvent anonymes et l’absence de protection lors des pénétrations anales. La fellation non protégée serait à l’origine de la contamination dans la moitié des cas.

La Haute autorité de santé recommande depuis 2007 le dépistage de la syphilis chez les hommes ayant des rapports sexuels non protégés avec des hommes, fellation comprise.
Par prudence quant au risque d’expansion de l’épidémie et sur avis d’experts, en l’absence de données épidémiologiques validées, un dépistage peut également être proposé :
- chez les travailleurs du sexe ayant des rapports non protégés (fellation comprise) ;
- chez les personnes fréquentant les travailleurs du sexe et ayant des rapports non protégés (fellation comprise) ;
- lors du diagnostic ou en cas d’antécédent d’IST à type de gonococcie, de lymphogranulomatose vénérienne et d’infection à VIH ;
- chez les personnes ayant des rapports non protégés (fellation comprise) avec plusieurs partenaires par an ;
- chez les migrants en provenance de pays d’endémie (Afrique, Asie, Europe de l’Est, Amérique du Sud) ;
- lors d’une incarcération ;
- après un viol.

Devant cette recrudescence de la syphilis, les médecins se doivent d’informer les patients à risque sur la possibilité de transmission de la syphilis par la fellation et l’utilité du dépistage en cas de rapports sexuels non protégés. De même, le diagnostic doit être systématiquement évoqué devant des signes cutanéo-muqueux ou neurologiques dans un contexte de prise de risque.


Source :
- M. Lefebvre, A. Guillouzouic, A. Néel, M. Hamidou
Épidémiologie de la syphilis dans un CHU entre 2000 et 2010
La Revue de Médecine Interne, Volume 32, Supplement 1, June 2011, Pages S124-S125
-  HAS  :Évaluation a priori du dépistage de la syphilis en France Mai 2007
-  InVs  : Bulletin du réseau de surveillance des infections sexuellement transmissibles (IST) – RésIST – en Aquitaine 2009

Pour en savoir plus :
-  Femmesetsida  : syphilis et VIH

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