Epilepsie et VIH

Publié le 02.09.2010 | par Claire Criton

Les crises d’épilepsie auraient une fréquence non négligeable chez les patients séropositifs, allant jusqu’à 19 % dans certaines études et dans certains pays.

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VIH/sida et épilepsie

Une fréquence élevée chez les patients vivant avec le VIH/sida

Les différentes études issues de séries hospitalières rapportent des crises d’épilepsie chez 2 à 20 % des patients séropositifs :

- 3 % dans l’étude espagnole de Pascual-Sedano (1999) ;
- 5 % dans l’étude de Chadha en Inde (2000) ;
- 11 % dans l’étude de Wong aux États-Unis (1990) ;
- 3 à 17 % en Afrique dans les études de Bhigjee (2005) et Modi (2000) ;
- 33 % en France dans l’étude de Bartolomei (1991) ;
- 9.54 % dans l’étude la plus récente de Mbonda au Cameroun (2008).

Ces études sont pour la plupart très anciennes et issues de séries hospitalières pouvant générer un biais.

Une forte prévalence dans les pays en voie de développement

Une augmentation de l’incidence des infections opportunistes du système nerveux central paraît être à l’origine de la forte prévalence des crises d’épilepsie chez les patients séropositifs dans les pays en développement comme le Cameroun.

Dans deux vastes études indiennes (2000 et 2005), les infections opportunistes étaient en cause dans 64 à 94 % des cas d’épilepsie chez les personnes séropositives.

Une manifestation clinique des nombreuses complications neurologiques du VIH/sida

Les complications neurologiques sont fréquentes chez les patients infectés par le VIH. On peut citer :

- la toxoplasmose cérébrale ;
- les méningoencéphalites tuberculeuses ;
- les méningites à cryptocoques ;
- les infections à cytomégalovirus ;
- les lymphomes ;
- les démences ;
- les myélopathies ;
- les accidents vasculaires cérébraux ;
- les polyneuropathies sensitives.

Ces différentes pathologies se manifesteraient dans :
- environ 15 % des cas par des crises d’épilepsie ;
- 91 % des cas par des céphalées ;
- 42 % par des troubles du langage ;
- 41 % par des troubles cognitifs.

Les crises d’épilepsie généralisées seraient les plus fréquentes.

Les crises épileptiques rencontrées chez les patients vivant avec le VIH sont soit généralisées, soit focales secondairement généralisées ou pas.

En fonction des études les auteurs rapportent des fréquences de crises généralisées de 44 % (étude de Modi en 2000), 64 % (étude de Modi de 2009), 66 % (étude de Mbonda en 2008).

L’état de mal épileptique a été retrouvé dans 8 à 18 % des cas en fonction des études. Il est souvent associé à un mauvais pronostic.

La fréquence élevée des crises généralisées et des états de mal suggère que le cerveau infecté par le VIH aurait un seuil épileptogène bas lié à un processus de désinhibition.

Toujours faire un bilan étiologique devant une crise inaugurale

Ce bilan devra comprendre :
- un scanner ou une IRM crânioencéphalique ;
- une analyse très complète du liquide céphalorachidien (cytologie, biochimie, bactériologie, recherche de bacille de Koch, de cryptocoque, d’antigènes solubles, etc.) ;
- un bilan sanguin (glycémie à jeun, ionogramme sanguin, fonction rénale, numération formule sanguine) ;
- un examen anatomopathologique éventuel en cas de décès.

Évoquer une toxoplasmose cérébrale chez un patient séropositif présentant une crise d’épilepsie inaugurale

Dans l’étude de Mbonda au Cameroun (2008), 30 % des patients des patients avec une crise épileptique inaugurale avaient une toxoplasmose cérébrale.

La méningite à cryptocoque est la méningoencéphalite qui produit le plus de crises d’épilepsie.

Elle affecte surtout les patients ayant un taux de CD4 inférieur à 100/µl.

Les crises d’épilepsie sont rares au cours de la méningite tuberculeuse.

Dans la majorité des études, cela s’avère exact sauf en Afrique du Sud où la tuberculose est une maladie endémique.

Les tuberculomes plus fréquemment que la méningite tuberculeuse sont en cause.

Dans environ 13% des crises d’épilepsie d’apparition récente, il s’agit d’une leucoencéphalopathie multifocal progressive.

L’imagerie est nécessaire pour le diagnostic de lymphome cérébral.

Elle permettra entre autres de le différencier d’une toxoplasmose.

Une anomalie métabolique peut être en cause.

Il pourra s’agir :

- d’une hyponatrémie ;
- d’une hypomagnésémie ;
- d’une insuffisance rénale ;
- d’une hypocalcémie.

La récurrence des crises est fréquente.

Un traitement antiépileptique chronique doit donc être démarré même après une crise unique.

Certains antiépileptiques sont à privilégier.

Dans une étude de 2008, Mehling recommande en première intention :

- le valproate ;
- la gabapentine ;
- l’oxcarbazépine ;
- le prégabaline ;
- le lévéticacétam.

Le phénobarbital, la phénytoïne et la carbamazépine sont à éviter.

Les traitements antirétroviraux sont importants pour limiter la survenue des infections opportunistes et les effets néfastes du VIH.


Dans la presse scientifique

- “ Crises d’épilepsie associées à l’infection à VIH en Afrique ” ; KUATE TEGUEU Callixte ; MAIGA Youssoufa ; BALDY-MOULINIER Michel ; Epilepsies (Montrouge) A. 2010, vol. 22, n° 2, pp. 134-142

- “ A - 15 Crises d’épilepsie et infection à VIH à l’hôpital central de Yaoundé ” ; C. Kuate, S. Mbahe, F. Yepnjio, A. Njamnshi ; Revue Neurologique, Volume 163, Issue 4, Supplement 1, April 2007, Page 151

- “ Neurological complications in patients with HIV/AIDS ” ; Bolokadze N, Gabunia P, Ezugbaia M, Gatserelia L, Khechiashvili G. ; Georgian Med News. 2008 Dec ;(165):34-8.

- “ New onset seizures in HIV—seizure semiology, CD4 counts, and viral loads ” ; Modi M, Mochan A, Modi G. ; Epilepsia. 2009 May ;50(5):1266-9. Epub 2009 Jan 26.

- “ Seizures in HIV-seropositive individuals : NIMHANS experience and review ” ; Satishchandra P, Sinha S. ; Epilepsia. 2008 Aug ;49 Suppl 6:33-41. Review.

- “ Frequency of seizures and epilepsy in neurological HIV-infected patients ” ; Kellinghaus C, Engbring C, Kovac S, Möddel G, Boesebeck F, Fischera M, Anneken K, Klönne K, Reichelt D, Evers S, Husstedt IW. ; Seizure. 2008 Jan ;17(1):27-33. Epub 2007 Jul 6.

Pour aller plus loin

Plus de brèves sur les complications neurologiques du VIH/sida

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