Femmes et addictions

Publié le 19.03.2009 | par Claire Criton

Peu d’études françaises se sont attachées à étudier les profils et les pratiques des femmes usagères de drogues (UD). Lorsque celles-ci sont étudiées, c’est uniquement sous l’angle de la grossesse et des risques liés à la prise de toxiques pour le foetus durant la grossesse. Entre 2004 et 2007, l’enquête Coquelicot a permis de décrire les profils de ces femmes et les situations à risque vis-à-vis du VIH, du VHB et du VHC auxquelles elles sont exposées lors de la consommation de drogues.

JPEG - 14.2 ko
Wikimedia commons ; Creative Commons Attribution 3.0

L’enquête Coquelicot est à la fois une enquête épidémiologique transversale multivilles menée auprès de 1462 usagers de drogues et une enquête socio-anthropologique menée auprès de 99 usagers. La confrontation de ces deux volets de l’enquête met en évidence que les femmes UD sont dans une situation de grande vulnérabilité face aux risques infectieux, en particulier du VIH et des hépatites. Le partage du matériel lié à l’injection (seringue, récipient, filtre) constitue le risque majeur de transmission du VIH et des hépatites dans cette population.

Le volet socio-anthropologique de l’enquête Coquelicot fait apparaître que les pratiques de partage du matériel lié à la consommation de drogues (seringue, récipient, filtre pour l’injection, paille pour l’inhalation) chez les femmes se déroulent le plus souvent au sein du couple. Dans la dynamique du couple, le « conjoint » usager de drogues est souvent le détenteur du produit, l’initiateur aux drogues et à l’injection. Pour une partie des femmes UD, la possibilité de consommer est étroitement liée aux occasions qui leur sont offertes par leur compagnon. Cette absence de maîtrise des circonstances de l’acte de consommer constitue un frein pour avoir à sa disposition du matériel stérile et favorise ainsi l’exposition au risque vis-à-vis du VIH et des hépatites. La temporalité de l’acte d’injection qui succède à l’injection du partenaire en utilisant le même matériel expose les femmes de manière plus importante aux risques infectieux.

Les résultats de l’enquête Coquelicot sont confortés par la littérature internationale qui met en évidence la dépendance des femmes UD vis-à-vis de leur partenaire au moment de l’initiation, puis au cours de leur carrière d’usagère de drogues , ainsi que leur forte exposition au risque de partage du matériel lié à l’injection en raison de leur manque d’autonomie quant au choix des circonstances de consommation.

Conclusion

L’autonomisation des femmes UD et leur capacité à négocier la protection au sein du couple constituent les leviers de la prévention dans cette population. La prévention des risques doit aller au-delà d’une simple approche individuelle, en intégrant la dimension du couple, et plus globalement la dimension sociale des rapports hommes/femmes.

Cependant il est important de souligner que les femmes étudiées dans Coquelicot se situent plutôt dans un rapport « problématique » aux drogues et ont recours au dispositif spécialisé. Ces données ne peuvent donc pas être généralisées à l’ensemble des femmes consommant des produits psychoactifs.

Voir en ligne :

"Femmes usagères de drogues et pratiques à risque de transmission du VIH et des hépatites. Complémentarité des approches épidémiologique et socio-anthropologique, Enquête Coquelicot 2004-2007, France"  ; Marie Jauffret-Roustide, Lila Oudaya, Marc Rondy, Yann Le Strat, Elisabeth Couturier, Chantal Mougin, Julien Emmanuelli, Jean-Claude Desenclos ; Numéro thématique "Femmes et addiction" ; BEH

Ce site utilise phpmyvisites pour analyser l'audience et améliorer son contenu