• Accueil
  • Actualités
  • Divers
  • Focus sur le tabagisme dans la population VIH+ à l’occasion de la journée mondiale sans tabac le 31 mai

Focus sur le tabagisme dans la population VIH+ à l’occasion de la journée mondiale sans tabac le 31 mai

Publié le 29.05.2009 | par Patricia Fener

Cette journée, organisée chaque année le 31 mai, a pour but d’informer les populations sur les dangers du tabac pour la santé et de promouvoir l’action anti-tabac de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le thème choisi pour cette prochaine journée sans tabac est "Les mises en garde contre les dangers du tabac pour la santé". Ces messages qui figurent sur les paquets de cigarettes comptent en effet parmi les armes les plus efficaces dans la lutte contre l’épidémie mondiale de tabagisme et sont délivrés dans plus d’une douzaine de pays.

C’est en 1987 que l’OMS a institué la Journée mondiale sans tabac pour faire mieux connaître, partout dans le monde, l’épidémie de tabagisme et ses effets sur la santé. Le tabagisme est la plus importante épidémie évitable à laquelle les soignants sont confrontés. Il provoque actuellement la mort d’un adulte sur dix sur la planète et il représente la deuxième cause de décès au niveau mondial. Cette campagne pour la généralisation des mises en garde sanitaires illustrées sur les paquets de cigarettes a été décidée suite aux réactions plutôt positives constatées dans les pays où elles sont obligatoires.

L’OMS publie que :
• Au Canada, 58 % des fumeurs ont déclaré que les mises en garde les faisaient se préoccuper davantage des effets du tabac sur la santé.

• Au Brésil, 67 % des fumeurs ont dit que les mises en garde les incitaient à renoncer au tabac et 54 % qu’elles leur avaient fait changer d’avis sur les conséquences du tabac pour la santé.

• A Singapour, 28 % des fumeurs ont déclaré que les mises en garde les incitaient à moins fumer et un sur six a dit qu’en raison de ces avertissements, il évitait de fumer en présence d’enfants.

• En Thaïlande, 44 % des fumeurs ont dit que les mises en garde augmentaient "beaucoup" les chances qu’ils arrêtent de fumer dans le mois suivant et 53 % qu’elles les faisaient "beaucoup" réfléchir aux risques pour la santé.

Epidémiologie du tabagisme dans la population VIH+
Selon les résultats de l’enquête ANRS CO 3 Cohorte Aquitaine, on trouve 51% de fumeurs réguliers (au moins une cigarette par jour depuis un an ou plus ) chez les patients infectés par le VIH, avec une fréquence plus élevée chez les jeunes et les toxicomanes. Ce taux est de 31% dans la population générale (Baromètre Santé).
L’étude EVIT, menée en mai 2006 par Sidaction, montre que près de la moitié des hommes et un tiers des femmes atteints par le VIH fument ; un tiers souffrent d’une dépendance forte et 10 %seulement sont motivés à s’arrêter.

Chez le patient VIH+ le tabagisme augmente fortement le risque :
- de maladies cardiovasculaires (infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral...). Les traitements antirétroviraux ont des effets secondaires métaboliques générant des anomalies des parois des vaisseaux sanguins. Un tabagisme additionnel aggrave encore, chez ces patients, le risque cardiovasculaire.
Chez les sujets VIH+, 40% du risque d’infarctus du myocarde est attribuable au tabac ;
- de cancers non liés au VIH, à savoir les cancers broncho-pulmonaires (CBP) ;
- d’ infections pulmonaires bactériennes.

Spécificités du cancer broncho-pulmonaire chez les personnes infectées par le VIH :
• le cancer broncho-pulmonaire (CBP) est le plus fréquent (24%) des cancers non classant SIDA ;
• le risque de développer un CBP est plus élevé dans la population VIH+ que dans la population générale. Selon les études, le SIR « Standardized Incidence Ratio » qui est le ratio entre l’ incidence de cancer broncho-pulmonaire observée chez les sujets infectés par le VIH et l’incidence de ce cancer attendue pour une population de mêmes âge et sexe, varie de 2,2 (étude de Newhnam [1]) à 8,9 (étude de Bower [2]).
L’incidence du CBP a augmenté chez les patients contaminés par le VIH dpuis 1996. Ceci peut s’expliquer par l’augmentation du taux de survie depuis l’introduction des traitements antirétroviraux actifs (HAART) ;
• le tabagisme est le facteur de risque prédominant ;
• la moyenne d’âge au diagnostic de CBP est inférieure à celle de la population générale (45 ans pour les sujets VIH+, 65 ans dans la population générale) et le pronostic plus sombre ;
• le degré d’immunodépression n’est pas particulièrement sévère au moment du diagnostic de CBP ; le chiffre médian de lymphocytes CD4 varie selon les études entre 120 et 288 par mm3.
A noter que l’étude HERS (HIV Epidemiological Research Study) a montré que le cancer du poumon est deux fois plus fréquent chez les femmes infectées par le VIH que chez les femmes non contaminées.

Essai AnRS 144 Inter-ACTIV, d’aide au sevrage tabagique chez le sujet VIH+
L’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (AnRS) lance un essai, AnRS 144 Inter-ACTIV, d’aide au sevrage tabagique. Cet essai randomisé en double insu évaluera l’efficacité et la tolérance du tartrate de varénicline (une des molécules les plus efficaces en population générale) versus placebo dans l’aide à l’arrêt de la consommation de tabac chez des patients infectés par le VIH. Cet essai, coordonné par le Pr Patrick Mercié (INSERM U897 et CHU de Bordeaux), débutera en septembre 2009 avec la participation de 29 centres cliniques.

Conclusion
Devant un patient infecté par le VIH et fumeur régulier, le médecin proposera la mise en place d’un programme d’aide au sevrage tabagique. Celui-ci doit tenir compte des circonstances incitant ces personnes, atteintes d’une maladie chronique lourde, à fumer. Attention, des études montrent qu’un simple traitement substitutif n’est pas adapté et peut même s’avérer dangereux. Il risque en effet de diminuer l’adhésion aux traitements antirétroviraux, voire inciter les patients à se tourner vers la consommation d’autres drogues. Abandonner la cigarette, c’est se sentir mieux, augmenter sa résistance physique, améliorer sa fonction immunitaire et réduire considérablement son risque cardiovasculaire et de cancers pulmonaires.

Source :
- OMS
- ANRS CO3 Aquitaine
- Dossier de presse - Vieillissement accéléré chez les patients infectés par le VIH (4 mai 2009)

- UF oncologie thoracique Hôpital Tenon (Paris)

Pour en savoir plus :
- Inpes


[1] The risk of cancer in HIV-infected people in southeast England : a cohort study.Newnham A, Harris J, Evans HS, Evans BG, Møller H. Br J Cancer. 2005 Jan 17 ;92(1):194-200

[2] HIV-related lung cancer, a growing concern ? Powles T, Nelson M, Bower M. Int J STD AIDS. 2003 Oct ;14(10):647-51

Ce site utilise phpmyvisites pour analyser l'audience et améliorer son contenu