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Focus sur les nausées et les vomissements dans l’infection à VIH/sida

Publié le 24.10.2008 | par Claire Criton

Les nausées et les vomissements sont deux symptômes fréquemment rapportés dans l’infection à VIH/sida. Les causes habituelles sont connues : effets secondaires des traitements, pathologies infectieuses, gastroparésie et somatisation. Elles sont responsables de la mauvaise observance médicamenteuse voire de l’arrêt du traitement. L’utilisation préventive d’anti-émétiques au moment de la mise en route d’une multithérapie antirétrovirale pourrait s’avérer être une solution pour améliorer la compliance au traitement du patient.

Les patients évoquent très souvent les nausées lorsqu’ils décident d’interrompre leur traitement antirétroviral (27% des cessations dues à un effet secondaire).
Les nausées sont présentes chez 50% des patients sidéens dont plus de la moitié les décrivent comme sévères et persistantes.
Les vomissements sont retrouvés dans 25% des cas d’infection à VIH/sida, sévères et persistants chez plus d’un tiers des patients de ce groupe.
Ces deux symptômes peuvent affecter sévèrement l’état nutritionnel du patient et être responsables de la décision d’interrompre les antirétroviraux.

Les effets secondaires des médicaments :

Les antirétroviraux sont le plus souvent responsables des nausées et des vomissements dont se plaignent les patients sidéens. En effet 46% d’entre eux présentent les nausées et les vomissements dans leur liste d’effets secondaires. Il est souvent difficile d’identifier lequel est responsable des symptômes car le plus souvent le traitement est une multithérapie. Certains sont plus fréquemment en cause : la névirapine (20-38%), l’amprénavir, le ritonavir (10%), l’efavirenz et l’abacavir. Les symptômes débutent en général avec l’initiation du traitement mais peuvent persister pendant tout le traitement.

Les agents anticancéreux prescrits dans les cancers associés au sida comme le sarcome de Kaposi et les lymphomes stimulent également le centre nerveux impliqué dans les vomissements. On peut citer la bléomycine, le cyclophosphamide, la doxorubicine, l’étoposide, l’ifosfamide, le méthotrexate, la vinblastine et la vincristine.

D’autres médicaments peuvent également être en cause car utilisés dans les comorbidités. Par exemple :
- le ciclofovir, le foscarnet et le ganciclovir prescrits dans les infections à cytomégalovirus ;
- les antifongiques comme le fluconazole, le kétoconazole, l’itraconazole ;
- l’interféron alpha donné dans les hépatites B et C ;
- la rifampine et la rifabutine données dans les mycobactérioses.

Les infections opportunistes :

De nombreux agents infectieux comme Cryptosporidium parvum, l’herpès simplex virus (HSV), le cytomégalovirus (CMV), Mycobacterium avium-intracellularae (MAI) peuvent entraîner une symptomatologie intestinale chez le patient sidéen.

Le sarcome de Kaposi est lié à l’infection par l’herpèsvirus humain 8 (HHV8). S’il existe sous des formes indépendantes du virus du SIDA, il se développe particulièrement chez les individus co-infectés par le VIH et l’HHV8. Il peut s’accompagner d’une atteinte gastro-intestinale.

Les atteintes du système nerveux central comme dans les méningites et la toxoplasmose peuvent entraîner également des nausées et des vomissements par augmentation de la pression intra-crânienne.

Certains micro-organismes peuvent être la cause d’une dysfonction endocrinienne (surrénalienne ou pancréatique) et par ce biais être responsables de désordres électrolytiques, de nausées et de vomissements. C’est le cas du CMV, du Cryptococcus, du Toxoplasma gondii, des mycobactéries et du Candida.

La gastroparésie :

Elle se caractérise par une diminution et un ralentissement des mouvements de l’estomac, tant dans leur amplitude que dans leur fréquence. Elle entraîne un retard à la vidange gastrique. Elle doit être évoquée chez le patient sidéen se plaignant de sensation de satiété précoce et de vomissements de nourriture non digérée plus de deux heures après les repas. L’atteinte du système nerveux autonome pourrait être en cause dans l’infection à VIH mais est controversée par certains auteurs.

Les facteurs psychologiques :

Certains patients développent des nausées et des vomissements anticipatoires. Ces symptômes ont été beaucoup étudiés chez les cancéreux mais pas encore dans l’infection à VIH/sida où ce phénomène est encore mal connu. L’idéal est d’essayer de les éviter à la première exposition car une fois installés ils sont difficiles à traiter. La psychothérapie comportementale ou cognitive (relaxation, déconditionnement) et les benzodiazépines peuvent s’avérer utiles dans la prise en charge.

Conclusion :

Nausées et vomissements chez le patient infecté par le VIH/sida peuvent entraîner malnutrition, qualité de vie médiocre et mauvaise compliance au traitement. L’identification de la cause est importante pour la prise en charge thérapeutique : modification du traitement antirétroviral, traitement d’une infection opportuniste, antiémétiques, conseils diététiques.

Dans la presse scientifique :
-  "Nausea and vomiting in HIV : a symptom review"  ; S Chubineh and J McGowan ; Int J STD AIDS. 2008 ; 19:723-728.

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