Grossesse chez les jeunes filles séropositives au VIH

Publié le 06.09.2010 | par Patricia Fener

Les jeunes femmes infectées par le VIH manifestent un fort désir de grossesse. Grâce aux progrès réalisés dans la prévention de la transmission materno-foetale et dans la durée et la qualité de vie des personnes séropositives, ce désir peut aujourd’hui se concrétiser avec un minimum de risques. Une prise en charge multidisciplinaire est cependant nécessaire pour aider les futures mères à gérer au mieux cette période de grande vulnérabilité psychologique et sociale.

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VIH, grossesse ; Wikimedia commons

Le désir d’enfants apparaît légitime chez les femmes et les hommes infectés par le VIH. L’enquête “EN12 VESPAS” de l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites (ANRS), dont l’objectif principal était de décrire de façon précise la vie des personnes séropositives en France depuis l’avènement des trithérapies antirétrovirales, a montré que 33% des femmes et 20% des hommes hétérosexuels, infectés par le VIH, exprimaient un désir d’enfant.


L’expérience de l’hôpital Trousseau de Paris (France) qui a surveillé la grossesse de jeunes filles séropositives au VIH suivies depuis l’enfance.

Parmi les jeunes filles séropositives de plus de 16 ans et suivies dans le service, 80 % sont devenues sexuellement actives.
Un quart d’entre-elles ont été enceintes au moins une fois et ce malgré les conseils concernant l’usage des préservatifs et les propositions renouvelées mais peu suivies de consultations gynécologiques.

Vingt grossesses sont survenues chez 8 patientes, avec :

  • une fausse-couche spontanée ;
  • deux interruptions thérapeutiques de grossesse (l’une en raison d’un délai de réflexion ayant dépassé le terme légal, l’autre en raison de la prise d’efavirenz [1]) ;
  • sept interruptions volontaires de grossesse (IVG) dont trois en raison de l’âge (moins de 18 ans) des jeunes femmes ;
  • la naissance de 9 enfants, tous bien portants. Une jeune femme était enceinte de son deuxième enfant.
    Ces grossesses n’étaient généralement pas programmées mais très désirées.

Pour les 8 mères, le diagnostic de séropositivité au VIH a été posé entre l’âge de 6 et 15 ans.

  • Deux étaient co-infectées avec le virus de l’hépatite B (VHB), trois avec le virus de l’hépatite C (VHC).
  • Quatre ont été contaminées par transfusion dont 3 en France avant 1985 et une en Afrique.
  • Deux ont été contaminées par transmission mère-enfant en 1981 et 1983.
  • Pour deux jeunes filles nées en Afrique, le mode de contamination n’a pas pu être identifié.

L’âge médian de survenue de la première grossesse était de 18 ans.
Six jeunes filles ont eu au moins une IVG avant leur premier enfant.
Les pères étaient des partenaires réguliers, informés du statut sérologique de leur compagne. Un des pères était séropositif au VIH.


Spécificités concernant le suivi des grossesses

  • Deux grossesses ont résulté de techniques de procréation médicalement assistée (PMA).
  • Six femmes ont bénéficié d’une trithérapie antirétrovirale, quatre d’une bithérapie.
  • En fin de grossesse, le taux médian de lymphocytes CD4 était de 400 par mm3 et la charge virale inférieure à 500 copies par millilitre et même inférieure à 50 copies par millilitre chez 8 femmes.
  • Cinq accouchements ont eu lieu par voie basse, 4 par césarienne.


Etat de santé des enfants nés de ces femmes

  • Neuf enfants ont été suivis dont six filles et trois garçons, nés à un terme médian de 38 semaines (34-39), avec un poids médian de 2640 grammes (2430-3810).
  • Ils ont bénéficié d’un traitement préventif de 4 à 6 semaines par zidovudine.
  • Le suivi médian a été de 24 mois (4 mois-5 ans).
  • Ils sont tous en bonne santé ; il n’y a pas eu de transmission du VIH, ni du VHB ou VHC.


Impact de la séropositivité sur la vie sexuelle et reproductive
L’annonce de la séropositivité au VIH à la famille d’abord, puis aux jeunes filles, a pour effet le renoncement de toute projection dans le futur, notamment dans le domaine de la sexualité et de la reproduction.

En ce qui concerne la fertilité, même s’il est possible aujourd’hui de rassurer ces jeunes filles sur la normalité de leur fonction reproductive, il faut tenir compte du fait que la fécondité diminue à partir de 35 ans. De plus, certains auteurs ont rapporté qu’un certain degré d’insuffisance ovarienne serait plus fréquent chez les femmes VIH+ par rapport à la population générale du même âge.

Pour ce qui relève des risques de de transmission du virus à l’enfant, celui-ci est faible, moyennant une bonne prise en charge médicale. Le rapport Yeni 2010 fait apparaître que grâce aux traitements antirétroviraux, la transmission mère-enfant en France est de l’ordre de 1-2% (contre 15-20% en l’absence de traitement). Cela représente une quinzaine d’enfants infectés par an.

Il subsiste une question délicate, celle de l’information au partenaire.
Pour l’équipe médicale consultée, l’objectif fondamental reste la prévention de la transmission sexuelle au sein du couple. Selon le membre du couple infecté par le VIH, plusieurs approches sont possibles. L’AMP ou la procréation naturelle seront discutées en fonction :

  • des risques de transmission du VIH ;
  • de la fertilité ;
  • des méthodes de protection utilisées par le couple.

Lorsque la femme est séropositive au VIH et l’homme séronégatif, l’auto-insémination répond à cet objectif et l’AMP ne sera nécessaire que s’il existe une infertilité associée.


Les auteurs concluent qu’il existe un fort désir de grossesse chez les jeunes filles séropositives au VIH suivies depuis l’enfance. Ce désir d’enfant doit donc être abordé précocement dans le suivi d’une personne VIH+ afin qu’elle ait tous les éléments lui permettant de prendre les meilleures décisions et de limiter les prises de risque.



Mots-clés : VIH, sida, grossesse, désir d’enfant, procréation




Sources :
-  Grossesses chez les jeunes filles séropositives au VIH suivies depuis l’enfance
Archives de Pédiatrie, Volume 17, Issue 6, June 2010, Pages 945-946
C. Dollfus, N. Trocme, M.-D. Tabone, G. Vaudre, C. Courpotin, G. Leverger
-  ANRS  : Enquête ANRS-VESPA. Premiers résultats
-  Femmes et sida  : Altérations des marqueurs de la réserve ovarienne chez les femmes VIH+

-  Rapport Yeni 2010  : Prise en charge médicale des personnes infectées par le VIH. Procréation et infection par le VIH

Pour en savoir plus :
-  Femmes et sida  : La sexualité et la grossesse de la femme confrontée au VIH/sida
-  Agence de la biomédecine  : Assistance médicale à la procréation


[1] Des anomalies neurologiques sévères sont observées chez l’embryon lors de la prise de l’efavirenz. Si celles-ci semblent rares chez l’humain, la tératogénicité chez le singe est en revanche majeure et on ne peut qu’être vigilant quant à la prescription de l’efavirenz chez une femme en âge de procréer sans contraception efficace. L’utilisation de cette molécule pendant la grossesse ne peut être autorisée qu’après le premier trimestre et en dernier recours, si les données génotypiques virales l’imposent.

_Grossesse sous efavirenz (SUSTIVA®) : à propos de 12 cas de patientes positives pour le VIH
V. Jeantils, M.-A. Khuong, J.-L. Delassus, P. Honoré, B. Taverne, M. Uzan, S. Tassi
Gynécologie Obstétrique & Fertilité, Volume 34, Issues 7-8, July-August 2006, Pages 593-596

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