Grossesse et infection à VIH : résultats de la "Women’s Interagency HIV Study"

Publié le 29.03.2011 | par Patricia Fener

Une étude publiée récemment dans la revue "AIDS" et utilisant les données de la cohorte WIHS (Women’s Interagency HIV Study), montre que malgré les effets bénéfiques des traitements antirétroviraux sur la survie et sur la prévention de la transmission mère-enfant, l’incidence des grossesses reste faible chez les femmes infectées par le VIH.

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VIH et grossesse ;Wikimedia commons

Des femmes sélectionnées dans la cohorte WIHS (Women’s Interagency HIV Study)

La WIHS est une cohorte de femmes constituée en 1993, dans le but d’évaluer l’impact de l’infection par le VIH dans la population féminine aux Etats-Unis. Elle comprend des femmes vivant avec le VIH et des femmes présentant des facteurs de vulnérabilté et considérées de ce fait comme à haut risque d’être contaminées.

Les critères de sélection ont été les suivants :
- avoir moins de 45 ans ;
- être sexuellement actives avec un ou des partenaire(s) de sexe masculin, ou avoir eu une grossesse dans l’année écoulée ;
- ne pas avoir fait l’objet d’une hystérectomie, d’une ligature des trompes, ou d’une ovariectomie.

La régression de Poisson a été utilisée pour comparer l’incidence des grossesses au cours du temps en fonction du statut VIH. La méthode de Kaplan-Meier a permis de mesurer la probabilité d’obtenir une grossesse en un temps donné.

Un impact négatif de l’infection à VIH sur la grossesse

Après ajustement sur différents paramètres (dont l’âge, le nombre de partenaires de sexe masculin, la contraception, la parité [1] , la consommation d’alcool), il apparaît que l’infection par le VIH est associée à une réduction de 40% du taux d’incidence des grossesses (odd ratio OR = 0,60, intervalle de confiance 95% (CI) de 0,46 à 0,78).

Le délai pour obtenir une grossesse est de 73% plus long chez les femmes infectées par le VIH, comparé à celui observé chez les femmes séronégatives (durée relative = 1,73, IC intervalle de confiance 95% (CI) de 1,35 à 2,36).

En plus de l’infection à VIH, une faible parité et un âge avancé sont des facteurs prédicteurs indépendants du risque de faible incidence de grossesse.

Différences de comportement ou problèmes de fertilité ?

Cette faible incidence des grossesses peut s’expliquer à la fois par des différences de comportement et des problèmes de fertilité.

De nombreuses études ont montré que le désir des personnes VIH+ de fonder une famille et d’avoir des enfants est légitime et de plus en plus exprimé, mais qu’il est souvent source d’angoisse et d’incertitudes qui retardent le projet.

Des problèmes de fertilité sont fréquents chez les femmes séropositives pour le VIH sous traitements antirétroviraux hautement actifs (HAART). L’infection à VIH est associée à des signes d’insuffisance ovarienne prématurée, avec pour conséquences une diminution de la fertilité mais également une ménopause prématurée. De ce fait, un projet de grossesse ne doit pas être reporté en raison de ce risque de défaillance ovarienne augmentant avec l’âge.


Source :
- Linas, Beth S a ; Minkoff, Howard b ; Cohen, Mardge H c ; Karim, Roksana d. Relative time to pregnancy among HIV-infected and uninfected women in the Women’s Interagency HIV Study 2002-2009. AIDS, Volume 25(5) pp. 547-729 March 13, 2011

Pour en savoir plus :
-  rapport YENI 2010  : grossesse
-  femmesetsida  : La sexualité et la grossesse de la femme confrontée au VIH/sida
-  femmesetsida  : Altérations des marqueurs de la réserve ovarienne chez les femmes VIH+


[1] La parité est le nombre d’accouchements viables (à partir de 22 semaines de grossesse) qu’une femme a présenté.

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