Herpèsvirus humain 6 (HHV-6) et infection à VIH

Publié le 12.05.2011 | par Patricia Fener

Les infections aiguës à Herpèsvirus humain 6 (HHV-6) correspondent à des primo-infections, des réactivations ou des réinfections exogènes. Elles ont une expression clinique variable mais sont potentiellement graves, en particulier dans un contexte d’immunodépression comme chez les sujets infectés par le VIH. L’équipe du laboratoire de virologie du groupe hospitalier Pitié- Salpêtrière (Paris) fait le point sur ce sujet.

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VIH et herpèsvirus humain (HHV-6) ;Wikimedia commons

De nombreuses incertitudes concernant son pouvoir pathogène
Le rôle du HHV-6 comme cofacteur du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) a été discuté à partir d’expériences effectuées en cultures cellulaires, mais son rôle aggravant dans l’évolution vers le sida n’a jamais été formellement démontré chez les patients, même si sa fréquence est particulièrement élevée dans ce contexte.

In vitro, les interactions moléculaires entre VIH et HHV-6 se font par :
- transactivation du VIH par le HHV-6 lors d’une infection mixte ;
- ré-induction de l’expression de CD4 dans les lymphocytes CD8+ et les cellules NK par le HHV-6, permettant l’infection ultérieure par le VIH ;
- destruction combinée des lymphocytes CD4+ par le VIH et le HHV-6 ;
- induction de l’expression de cytokines pro-inflammatoires par le HHV-6, telles que l’interféron-α (IFN-α), le facteur de nécrose tumorale-α (TNF-α), l’interleukine-1β (IL-1β).

Par contre, son pouvoir pathogène semble plus déterminant chez l’animal. En effet, l’inoculation de HHV-6 chez des macaques infectés par le virus de l’immunodéficience simienne (VIS) entraîne une forte diminution des taux de lymphocytes CD4(+) et CD8(+), accélérant la progression de l’infection à VIS vers le stade sida.

L’infection par le HHV-6, ubiquiste et très fréquente
Elle touche plus de 90% de la population adulte.

Il existe deux variants A et B. Les infections à HHV-6A seraient moins fréquentes que celles à HHV-6B, se produiraient plus tardivement au cours de la vie et semblent avoir un pouvoir pathogène plus important, en particulier chez les sidéens.

La transmission du virus se fait par le biais d’échanges salivaires entre l’âge de six mois et trois ans mais également in utero, intriquée en partie avec la transmission verticale de l’ADN viral intégré aux chromosomes parentaux.

Le tropisme du virus concerne les lymphocytes T CD4+ et CD8+, les monocytes-macrophages, les cellules hématopoïétiques, les cellules épithéliales (rein, glandes salivaires), les cellules endothéliales, les cellules microgliales, les oligodendrocytes et les astrocytes.

Après une primo-infection asymptomatique ou se manifestant par un exanthème subit (6ème maladie ou exanthème infectieux de l’enfance), le HHV-6 persiste définitivement dans l’organisme, sous une forme latente au niveau de différents sites ou cellules de l’organisme, en particulier les monocytes-macrophages, avec possibilité de réactivations.

Un caractère opportuniste incontestable
Chez le patient immunodéprimé, la réinfection par le HHV-6 peut être asymptomatique mais peut aussi avoir de graves conséquences se manifestant sous la forme de fièvre avec rash et cytopénie, de rétinite et de colite.

On peur parfois observer une réactivation du cytomégalovirus (CMV) associée à celle du HHV-6 sur le plan systémique mais également au niveau local, dans les tissus et les organes périphériques. L’association étroite entre CMV (qui appartient également à la famille des herpès virus) et HHV-6 entraîne une ambiguïté sur la nature du virus en cause dans la symptomatologie observée.

Le diagnostic d’une infection aiguë HHV-6 se fait par la technique de PCR en temps réel qui permet d’analyser la dynamique de réplication du HHV-6 ( nombre de copies d’ADN viral) dans l’organisme.

Une efficacité du traitement par voie parentérale
Ganciclovir, foscarnet et cidofovir, sont utilisés seuls ou en association dans les infections actives à HHV-6.

L’efficacité du traitement doit être validée par un suivi de la charge virale et de l’évolution clinique.

Les thérapeutiques préventives ou anticipées en situation d’immunodépression n’ont pas encore de justification démontrée.


Source :
- Agut H. I nfections aiguës à herpèsvirus humain 6 (HHV-6) : quand et comment traiter ? Pathologie Biologie, 2011, Volume 59, n° 2, pp. 108-112.
- Lusso P, Crowley RW, Malnati MS, Di Serio C, Ponzoni M, Biancotto A, Markham PD, Gallo RC. Human herpesvirus 6A accelerates AIDS progression in macaque Proc Natl Acad Sci U S A. 2007, vol. 20 ; 104(12):5067-72.
- Ongrádi J, Kövesdi V, Medveczky GP. Human herpesvirus 6 . Orv Hetil. 2010 Mar 28 ;151(13):523-32.

Pour en savoir plus :
-  infectiologie.com  : Physiopathologie des infections à herpèsvirus humains 6, 7 et 8 (HHV-6, HHV-7, HHV-8)

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