Infection à Mycobacterium heckeshornense chez un patient VIH+

Publié le 08.11.2010 | par Patricia Fener

Une observation d’infection disséminée à Mycobacterium heckeshornense, chez un sujet infecté par le VIH, vient d’être publiée récemment dans la revue « Emerging infectious diseases journal ». Cette mycobactérie non tuberculeuse, de découverte récente, se présente comme un agent pathogène émergent et ce nouveau cas vient compléter les 5 observations déjà décrites dans la littérature médicale.

PNG - 31.1 ko
VIH/sida, Mycobacterium heckeshornense ;Wikimedia commons

La première observation chez un sujet VIH+
Il s’agit d’un homme de 40 ans au stade sida, porteur d’un lymphome diffus à grandes cellules B, avec un taux de lymphocytes CD4 inférieur à 10 cellules par mm3.

Un traitement antirétroviral comprenant abacavir/lamivudine et lopinavir/ritonavir est initié.

Devant un tableau de sueurs nocturnes et d’amaigrissement, des hémocultures sont réalisées. Elles permettent de mettre en évidence la présence de Mycobacterium heckeshornense après 41 jours d’incubation. La souche est authentifiée par « the National Reference Centre for Mycobacteriology de l’Université du Manitoba (Canada) ».

Devant une aggravation de l’état général après deux mois de traitement antirétroviral, un traitement antituberculeux comprenant isoniazide 300 mg par jour, clarithromycine 500mg 2 fois par jour, moxifloxacine 400mg par jour, rifabutine 150mg 3 fois par semaine, vitamine B6 25 mg par jour, est institué.

La recherche de Mycobacterium heckeshornense est positive dans le sang et dans les urines après respectivement 41 et 30 jours d’incubation.

Après 18 mois de traitement antirétroviral et antituberculeux, l’état du patient s’améliore avec négativation des hémocultures.

Mycobacterium Heckeshornense, un pathogène émergent
Il s’agit d’une mycobactérie atypique, identifiée pour la première fois en 2000 à la Clinique Heckeshorn de Berlin (Allemagne), chez une femme immunocompétente. Les isolats obtenus (S369T, S532, S504) ont été déposés au Mikroorganismen Deutsche Sammlung von und Zellkulturen, Braunschweig.

C’est une bactérie Gram positif, non sporulée, de forme partiellement coccoïde, sans ramification.
Les colonies sont scotochromogènes [1] avec une couleur jaune apparaissant après 4 semaines de culture. La formation de pigment est plus faible que la pigmentation intense généralement vue avec Mycobacterium Xenopi, espèce la plus proche. Les cellules sont capables de croître entre 37 à 45 °C.

Le complexe Mycobacterium avium-intracellulare ( M A C ) souvent en cause chez le sujet VIH+
Les formes disséminées causées par des mycobactéries non tuberculeuses ont été décrites chez des patients infectés par le VIH avec un taux de lymphocytes CD4 inférieur à 50 par mm3. Plus de 90% des mycobactérioses non tuberculeuses sont dues au complexe Mycobacterium avium-intracellulare [2].

Des infections localisées chez les sujets immunocompétents
Les publications portant sur des infections à Mycobacterium heckeshornense concernaient jusqu’à présent des personnes immunocompétentes, avec une symptomatologie localisée sous la forme de lésions cavitaires pulmonaires, de ténosynovites et de lymphadénites axillaires.

Les hémocultures qu’il faut répéter sont faites sur des milieux spéciaux (Bactec 9000 dans cette étude). Elles sont positives dans 90% des cas mais nécessitent un délai d’attente long.

La biologie moléculaire, grâce aux techniques d’amplification génique, permet à partir d’un prélévement positif issu d’une hémoculture, d’identifier la souche de mycobactéries responsable de l’infection.
L’identification bactérienne se fait par séquençage de l’ARN ribosomal 16S, marqueur phylogénétique qui permet de caractériser les nouvelles bactéries possédant un phénotype inconnu. Mycobacterium heckeshornense est phylogénétiquement étroitement lié à Mycobacterium xenopi. La souche type de M. heckeshornense, S369, est la souche DSM 44428 (T). Le numéro d’accès GenBank du gène ARNr 16S de M. heckeshornense est AF174290

Il s’agit de la première observation d’infection disséminée à Mycobacterium heckenhornense chez un patient VIH+ mais les auteurs de la publication soulèvent le problème d’une sous-estimation de son incidence en raison de sa longue durée d’incubation.


Source

Mycobacterium heckeshornense Infection in HIV-infected Patient
Ahmed RA, Miedzinski LJ, Shandro C
Emerg Infect Dis. 2010 Nov ;16(11):1801-3

Mycobacterium heckeshornense sp. nov., a New Pathogenic Slowly Growing Mycobacterium sp. Causing Cavitary Lung Disease in an Immunocompetent Patient
Andreas Roth, Udo Reischl, Nicolas Schönfeld, Ludmila Naumann, Stefan Emler, Marga Fischer, Harald Mauch, Robert Loddenkemper, and Reiner M. Kroppenstedt
Journal of Clinical Microbiology, November 2000, Vol. 38, No. 11, p. 4102-4107

Impact of Genotypic Studies on Mycobacterial Taxonomy : the New Mycobacteria of the 1990s
Enrico Tortoli
Clinical microbiology reviews, 2003, Vol. 16, No. 2, p. 319–354

La diversité insoupçonnée du monde microbien
Catherine Dauga
Médecine/Science, 2005, Vol. 21, n° 3

Universite de Manitoba

Evaluation of a Nonradiometric System (BACTEC 9000 MB) for Detection of Mycobacteria in Human Clinical Samples
S. ZANETTI, F. ARDITO, L. SECHI, M. SANGUINETTI, P. MOLICOTTI, G. DELOGU, M. P. PINNA, A. NACCI, G. FADDA
JOURNAL OF CLINICAL MICROBIOLOGY,1997, Vol. 35, No. 8, p. 2072–2075


[1] Scotochromogène est le terme utilisé pour les espèces de mycobactéries qui donnent des colonies pigmentées même en l’absence d’exposition à la lumière.

[2] Le complexe Mycobacterium avium (Mac) regroupe 28 sérotypes de deux espèces distinctes, Mycobacterium avium et Mycobacterium intracellulare. Compte tenu des caractéristiques phénotypiques et génétiques, on a identifié trois espèces de M. avium, soit M. avium sous-espèce avium, M. avium sous-espèce paratuberculosis et M. avium sous-espèce silvaticum (Nichols et coll., 2004). Les micro-organismes Mac, ainsi que beaucoup d’autres espèces mycobactériennes environnementales, constituent le groupe des mycobactéries non tuberculeuses (MNT). La dénomination MNT sert à distinguer ces micro-organismes de Mycobacterium tuberculosis et Mycobacterium leprae, qui sont les agents infectieux de la tuberculose et de la lèpre. Contrairement à leurs homologues MNT, aucun de ces deux derniers organismes n’est présent dans l’environnement et ils ne constituent donc pas une préoccupation en matière d’eau potable
Source :
- Santé Canada

Ce site utilise phpmyvisites pour analyser l'audience et améliorer son contenu