Infection à VIH : alimentation de substitution dans le cadre de la prévention mère enfant

Publié le 13.09.2010 | par Patricia Fener

Le choix d’une alimentation de substitution, chez les nouveaux-nés de femmes séropositives au VIH, semble exposer les mères à une stigmatisation et entraîner un retard pondéral chez leurs enfants. Ces constatations ont été faites lors d’une étude transversale réalisée dans la banlieue de Dakar (Sénégal), avant les nouvelles recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en matière d’alimentation du nourrisson dans le contexte du VIH.

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VIH, allaitement, transmission mere-enfant ;Wikimedia commons

Un travail mené conjointement du 27 avril au 5 juillet 2009 par une équipe médicale de l’Institut de pédiatrie sociale et de la faculté de médecine de Dakar, ainsi que par l’association Synergie pour l’enfance.

Une enquête a été réalisée auprès de 48 mères, avec un entretien dont le but était de mieux connaître les pratiques et le vécu des mères séropositives ayant choisi une alimentation de substitution [1] pour leurs enfants.
Les dossiers de 51 enfants ayant bénéficié d’une alimentation de substitution dans le cadre de la prévention mère-enfant du VIH ont été exploités pour évaluer ainsi leur devenir.

- Suite à un choix éclairé, 72,9 % des mères se sont décidées pour l’alimentation de substitution mais 33,4 % redoutaient d’éventuelles conséquences négatives sur le développement de l’intelligence et sur la croissance de leurs enfants.

- Des ruptures dans l’approvisionnement en lait, ont conduit 77,3 % des mères à réaliser une diversification alimentaire précoce avant 6 mois, et 22,9 % ont été tentées de donner le sein à leur enfant.

- En ce qui concerne le vécu de ces femmes, il apparaît que le choix d’une alimentation de substitution a, dans 54% des cas, fait naître un grand nombre de critiques au sein de leur environnement, les obligeant à se justifier et à évoquer leurs problèmes de santé. Beaucoup de femmes lorsqu’elles ne suivent pas la coutume en vigueur dans leur communauté, sont malheureusement encore l’objet de stigmatisation.

- Les conséquences de l’alimentation de substitution sur la croissance des enfants portaient sur le poids, avec un retard pondéral élevé à l’âge de 1 mois, estimé à 69 %. Le point positif était un taux de transmission du VIH faible, estimé à 1,9 %, mais une mortalité non négligeable, évaluée a 7,8 %.

Les données épidémiologiques
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle qu’en 2008 :
- 1,4 millions de femmes vivaient avec le VIH dans les pays à faibles revenus ;
- le VIH était la première cause de mortalité des femmes en âge de procréer à travers le monde.

En l’absence de traitement :
- 1/3 des enfants atteints du VIH meurt avant d’atteindre l’âge d’un an ;
- 50 % décèdent avant deux ans.

Les risques d’infection des nourrissons et des jeunes enfants par le VIH
La principale cause d’infection par le VIH chez les jeunes enfants est la transmission de la mère à l’enfant (TME). Le virus peut se transmettre pendant la grossesse, le travail et l’accouchement, ou l’allaitement au sein.
Environ deux tiers des nourrissons nés de mères VIH-positives ne sont pas infectés, même sans mesure spéciale, telle qu’un traitement prophylactique antirétroviral ou une césarienne.
Parmi les enfants nés de femmes VIH-positives, environ 15 à 25% seront infectés durant la grossesse ou l’accouchement et 5 à 20% seront infectés par l’allaitement maternel.

Les conséquences d’une absence d’allaitement maternel pour l’enfant
L’absence d’allaitement maternel expose les enfants à un risque accru de malnutrition et d’infections mortelles autres que le VIH, surtout pendant la première année de vie. L’allaitement au sein exclusif semble assurer une meilleure protection contre les maladies que toute autre forme d’allaitement. C’est surtout vrai dans les pays en développement où plus de la moitié des décès d’enfants de moins de cinq ans sont liés à la malnutrition.
Dans les pays pauvres, le taux de mortalité due à des maladies infectieuses chez les nourrissons privés d’allaitement maternel durant les deux premiers mois de leur vie est multiplié par six ; ce taux descend à moins de trois fois dès six mois et continue de diminuer avec le temps.

Recommandations 2010 de l’OMS en matière d’alimentation du nourrisson dans le contexte du VIH
Différentes études ont permis de montrer que l’allaitement au sein, surtout s’il est précoce et exclusif, reste l’un des meilleurs moyens d’améliorer le taux de survie des nourrissons.

Les données dont on dispose sur le VIH et l’alimentation du nourrisson montrent que le fait d’administrer des antirétroviraux (ARV) soit à la mère séropositive pour le VIH soit au nourrisson exposé au VIH permet de réduire considérablement le risque de transmission du VIH par l’allaitement. Cela permet aux mères porteuses du VIH d’allaiter leur nourrisson avec un faible risque de transmission (1 à 2%). Ces mères peuvent par conséquent offrir à leur nourrisson la même protection contre les causes les plus courantes de mortalité infantile et les avantages associés à l’allaitement au sein.

Même lorsque les antirétroviraux ne sont pas disponibles, il faut conseiller aux mères d’ allaiter exclusivement au sein au cours des six premiers mois de la vie et de continuer d’allaiter encore après, sauf si les conditions environnementales et sociales sont suffisamment sûres et adaptées pour permettre l’emploi de substituts du lait maternel. Dans tous les cas, l’alimentation de substitution doit être acceptable [2], praticable [3], financièrement abordable [4], sûre [5] et durable [6].

Cette étude sénégalaise a été réalisée avant les nouvelles recommandations de l’OMS de 2010. De nouvelles lignes directrices révisées sur l’alimentation du nourrisson dans le contexte du VIH on été diffusées, de même que de nouvelles recommandations sur les thérapeutiques antirétrovirales pour prévenir la transmission mère-enfant du virus. Ces recommandations offrent des avis simples, cohérents et applicables aux pays, avec pour but de favoriser et améliorer l’alimentation des nourrissons de mères contaminées par le VIH.

Mots-clés : VIH, sida, transmission mère-enfant (TME), allaitement, alimentation de substitution, retard pondéral, stigmatisation, recommandations de l’OMS


Source :
-  Alimentation de substitution dans le cadre de la prévention mère enfant du VIH : pratiques et vécu des mères, devenir des enfants
S. Diouf, L. Crescence, N. Mbaye, M. Sarr
Archives de Pédiatrie, Volume 17, Issue 6, Supplement 1, June 2010, Page 80
-  WHO  : Guidelines on HIV and infant feeding 2010 Principles and recomendations for infant feeding in the context of HIV and a summary of evidence
- OMS : Alimentation du nourrisson et du jeune enfant ; aide-mémoire n°342, juillet 2010
-  OMS  : Nouvelles recommandations 2009 de l’OMS  : Prévenir la transmission mère enfant
-  OMS  : Le VIH et l’alimentation du nourrisson. Guide à l’intention des responsables et des cadres des soins de santé.
-  OMS  : Conseils à l’intention des femmes infectées et non-infectées par le VIH pour l’alimentation des nourrissons : pertinence des options choisies et des pratiques mises en œuvre
-  Femmesetsida  : Nouvelles recommandations de l’OMS sur la prévention et le traitement de l’infection à VIH


[1] Alimentation de substitution : alimentation d’un nourrisson, qui n’est pas allaité au sein, avec des aliments qui lui fournissent les nutriments dont il a besoin jusqu’à ce qu’il puisse manger la même nourriture que les autres membres de la famille. _Durant les six premiers mois, l’alimentation de substitution doit être assurée par un substitut approprié du lait maternel. Ensuite, ce substitut doit être complété par d’autres aliments. (On dit aussi : alimentation de remplacement).

[2] ACCEPTABLE : La mère ne voit pas d’obstacle à l’alimentation de substitution.
Un obstacle peut avoir une origine culturelle ou sociale ou être dû à la crainte de la réprobation d’autrui ou de la discrimination.
Acceptable signifie que la mère n’est pas soumise à des pressions sociales ou culturelles la poussant à ne pas recourir à une alimentation de substitution ; ses proches et la communauté la soutiennent dans sa préférence pour l’alimentation de substitution ou elle parviendra à résister aux pressions exercées par sa famille et ses amis en faveur de l’allaitement au sein et elle ne redoutera pas la réprobation éventuelle que suscite l’utilisation d’aliments de substitution, praticable, financièrement abordable, sûre et durable.

[3] PRATICABLE : La mère (ou la famille) dispose de suffisamment de temps, de connaissances, de compétences et d’autres ressources pour préparer l’alimentation de substitution et nourrir le bébé jusqu’à 12 fois par 24 heures.
La mère peut comprendre et suivre les instructions concernant la préparation de la nourriture de l’enfant et confectionner correctement, avec l’aide de ses proches, un nombre suffisant de portions pour chaque jour, y compris pour la nuit, même si cela l’empêche partiellement de cuisiner pour sa famille ou d’accomplir d’autres travaux.

[4] FINANCIÈREMENT ABORDABLE : La mère et la famille, avec, si nécessaire, l’aide de la communauté ou des services de santé, peuvent acheter ou produire, préparer et utiliser une alimentation de substitution, à savoir tous les ingrédients, ainsi que le combustible, l’eau propre, le savon et les ustensiles, sans désavantage pour la santé et la nutrition de la famille. Ce terme comprend aussi l’accès aux soins médicaux requis en cas de diarrhée et le paiement de ces soins.

[5] SÛRE : Les aliments de substitution sont préparés et conservés de manière correcte et hygiénique et donnés en quantités nutritionnellement suffisantes, avec les mains propres et en utilisant des ustensiles propres, de préférence une tasse.
Cela signifie que la mère ou la personne qui s’occupe du bébé :
- a accès à une quantité assurée d’eau potable (provenant d’un robinet ou d’un puits couvert) ;
- prépare des aliments de substitution qui sont satisfaisants du point de vue nutritionnel et exempts de pathogènes ;
- peut laver soigneusement ses mains et les ustensiles avec du savon et bouillir régulièrement les ustensiles pour les stériliser ;
- peut bouillir l’eau indispensable pour préparer chaque repas du bébé ;
- peut conserver les aliments dans des récipients propres et couverts et les protéger des rongeurs, insectes et autres animaux.

[6] DURABLE : Il faut un approvisionnement continu, ininterrompu et fiable de tous les ingrédients et produits nécessaires pour une alimentation de substitution sûre, aussi longtemps que l’enfant en a besoin, jusqu’à 12 mois ou plus.
Les ingrédients doivent être toujours disponibles ou accessibles et, en l’absence de la mère, une autre personne doit préparer l’alimentation de substitution et nourrir l’enfant.

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