Infection à VIH en France : une transmission incontrôlée chez les homosexuels

Publié le 16.09.2010 | par Patricia Fener

Grâce à l’utilisation d’un test permettant de distinguer les personnes infectées récemment par le VIH, l’institut de veille sanitaire (InVS) estime qu’environ 7000 personnes ont été contaminées par le VIH en 2008. La tendance globale est à la baisse depuis 2003 mais avec une situation particulièrement préoccupante dans la population homosexuelle masculine où la transmission est élevée, tout comme chez les femmes originaires d’Afrique subsaharienne.

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VIH, incidence, France, homosexuels ;Wikimedia commons

Un test permettant de distinguer biologiquement les personnes infectées récemment (en moyenne depuis moins de 6 mois) de celles infectées longtemps avant que le diagnostic ne soit posé.
Le test d’infection récente a été développé par le centre national de référence du VIH [1] et a immédiatement été intégré au dispositif de déclaration obligatoire de l’infection par le VIH. Ce test est fondé sur la cinétique d’apparition des différents anticorps après l’infection par le VIH. Sa spécificité élevée (98%) et sa bonne sensibilité (88 %) permettent l’évaluation des tendances épidémiologiques, bien que le résultat du test ne puisse être utilisé à titre individuel.

Associé aux caractéristiques des patients recueillies lors de la découverte de la séropositivité, le résultat du test est utilisé dans un modèle mathématique d’estimation de l’incidence de l’infection [2] par le VIH élaboré par les centres de contrôle et de prévention des maladies aux Etats-Unis (CDC), et adapté au contexte français par l’InVS. Le modèle est basé sur l’extrapolation du nombre de diagnostics classés en infection récente pour obtenir le nombre de nouvelles contaminations dans la population française. Il tient compte des antécédents de dépistage et du stade clinique déclarés au moment du diagnostic, ainsi que de la sous-déclaration globale du système de surveillance.

La population homosexuelle 200 fois plus touchée par le VIH que la population hétérosexuelle
En 2008, on estime à 6940 [IC 95% : 5430 - 8500] le nombre de personnes nouvellement contaminées par le VIH en France, avec :

- dans la quasi totalité des cas une contamination par voie sexuelle ; les contaminations par rapports hétérosexuels et homosexuels étant respectivement de 3550 (51%) et 3320 (48%).
Il apparaît qu’entre 13 à 18% des gays sont infectés par le VIH, ce qui est énorme puisqu’il s’agit de la prévalence observée en Afrique du Sud où l’épidémie est majeure.
Parmi les contaminations hétérosexuelles, 1800 (51%) concernent des hommes et 1750 (49%) des femmes.

- 1% des nouvelles contaminations (soit 70 cas estimés) par usage de drogues par voie intraveineuse.

Parmi ces 6940 nouvelles contaminations, les personnes de nationalité étrangère représentent 23% des nouvelles contaminations et 45% des contaminations hétérosexuelles.

En ce qui concerne la dynamique de l’infection à VIH, l’incidence globale diminue significativement entre 2003 et 2008.
- Cette tendance à la baisse est retrouvée pour les contaminations par rapports hétérosexuels, quel que soit le sexe ou la nationalité.
- En revanche, l’incidence est stable et élevée sur la période 2003-2008 pour les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH).
- Elle est également stable mais à un niveau beaucoup plus faible chez les usagers de drogues par voie intraveineuse (UDVI).

Une tendance qui rejoint les résultats de l’étude Prévagay
Lancée au printemps 2009, l’enquête Prévagay avait pour but d’évaluer la séroprévalence du VIH chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) et fréquentant des établissements de convivialité gays parisiens. Cette étude avait été initiée en raison du fait que depuis le début de l’épidémie, cette population restait largement touchée par le VIH-sida. Parallèlement, était constatée dans cette population une recrudescence des comportements sexuels à risque et une augmentation des infections sexuellement transmissibles.

Une situation semblable dans toute l’Europe et aux Etats-Unis
La situation est préoccupante en Europe mais également aux Etats-Unis car les rapports homosexuels masculins restent le mode de contamination pour lequel aucune baisse des nouveaux diagnostics n’a été enregistrée depuis le début des années 2000.

Pour les auteurs, ces résultats apportent la preuve que l’on assiste à une diminution globale de l’incidence du VIH en France bien qu’il semble à peu près certain que la déclaration des infections à VIH ne soit pas exhaustive. Ils concluent également qu’il y a urgence à revoir les messages de prévention ciblés en direction des homosexuels masculins et des personnes orginaires d’Afrique sub-saharienne.

Mots-clés : VIH, incidence, France, épidémiologie, homosexuels, gays, immigrés, hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes


Source :
-  Thelancet.com  : Population-based HIV-1 incidence in France, 2003—08 : a modelling analysis
-  InVS  : Estimation de l’incidence de l’infection par le VIH en France à l’aide d’un test d’infection récente
-  hal-inria  : Estimation de la distribution des temps d’infection par le VIH à partir des données longitudinales de marqueurs virologiques de séroconversion
-  vih.org  : L’incidence, indicateur direct de la transmission du VIH
-  Prevagay  :l’enquête Prévagay 2009
-  CDC  : Surveillance of HIV infection



[1] Les Centres nationaux de référence (CNR) sont des laboratoires localisés au sein d’établissements publics ou privés de santé, d’enseignement ou de recherche. Ils sont nommés pour 4 ans par le Ministre chargé de la santé sur proposition de l’InVS.
Pour la période 2006-2010, le centre national de référence du virus de l’Immunodéficience Humaine (VIH) est localisé à Tours, dans le laboratoire de virologie du Professeur Francis Barin :
CHU Bretonneau
2 Boulevard Tonnelle – 37044 TOURS cedex

[2] En 1998, Janssen et al. ont proposé la première approche basée sur un test à sensibilité atténuée, appelée STARHS (algorithme sérologique pour déterminer une séroconversion récente). Un résultat positif avec un test sensible, et négatif avec un test désensibilisé permettait de conclure à une infection récente. D’autres tests ont été développés pour améliorer la performance de cette approche.

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