Infection à VIH et hépatocarcinome : le rôle de l’immunodépression

Publié le 12.10.2010 | par Patricia Fener

Une diminution du taux de lymphocytes CD4 en dessous de 350 par mm3 chez les patients VIH+, co-infectés par les virus des hépatites B (VHB) et C (VHC), est associée à un risque augmenté de développer un carcinome hépatocellulaire, cancer non classant sida. C’est ce que révèle l’observation de la cohorte ANRS CO3 Aquitaine suivie de 1998 à 2008.

JPEG - 7.6 ko
VIH,immunodépression, hépatocarcinome ;Wikimedia commons

Parmi les patients de la cohorte ANRS CO3 Aquitaine, 3033 ont été retenus pour avoir bénéficié d’une mesure récente du taux de lymphocytes CD4 et présenté une co-infection par le VHB ou VHC. Ce groupe était constitué de 72% d’hommes et de 27% d’usagers de drogues par voie intraveineuse.
Dix huit cas d’hépatocarcinome ont été recensés, ce qui représente un taux d’incidence de 0,85 cas pour 1000 personnes-années.

Parmi ces 18 cas :
- 17 concernaient des hommes ;
- 9 étaient des toxicomanes par voie intraveineuse ;
- 3 étaient co-infectés par le VHB ;
- 13 étaient co-infectés par le VHC ;
- 14 sont décédés.

Association entre le diagnostic d’hépatocarcinome et un taux récent de CD4 inférieur à 350 par mm3
- Un taux sanguin "actuel" de lymphocytes CD4 inférieur à 350 par mm3 est associé à un risque augmenté d’hépatocarcinome, de même que la co-infection par le VHB ou le VHC.
- La durée cumulée d’exposition à un taux de CD4 inférieur à 350 par mm3 ne semble pas associée à la survenue de ce cancer. Il en est de même pour la toxicomanie intraveineuse et le sexe.

Cette observation souligne le rôle déterminant de l’immunodépression consécutive à l’infection par le VIH dans la genèse des hépatocarcinomes, impliquant le maintien d’une immunité la plus élevée possible et donc la mise en place précoce d’un traitement antirétroviral chez les patients co-infectés.

Augmentation de l’incidence et de la mortalité associées aux hépatocarcinomes chez les patients infectés par le VIH
L’incidence est principalement liée aux co-infections par les virus des hépatites B et C sur un terrain d’immunodépression favorisé par le VIH, mais également à la consommation excessive d’alcool et à la fréquence de l’insulino-résistance responsable des stéato-hépatites non alcooliques et des cirrhoses métaboliques.

La mortalité est surtout liée au diagnostic tardif de ces tumeurs.

Des mesures de prévention à mettre en oeuvre
Elles reposent sur le dépistage systématique des hépatites, leur prise en charge thérapeutique précoce, le sevrage alcoolique, la correction d’une insulino-résistance et la vaccination contre l’hépatite B.

Le dépistage de l’hépatocarcinome sera entrepris tous les 3 à 6 mois à l’aide d’une échographie (complétée d’une échographie de contraste, ou d’une IRM hépatique ou d’une tomodensitométrie en cas de suspicion d’hépatocarcinome) et d’un dosage de l’α-foetoprotéine [1]chez les patients cirrhotiques, qu’ils aient été ou non traités pour leur co-infection.


Source :
-  L’immunodépression augmente le risque de développer un hépatocarcinome chez les personnes vivant avec le VIH, Bordeaux, Cohorte ANRS CO3 Aquitaine, 1998–2008
M. Bruyand, F. Dabis, E. Lazaro, F.-A. Dauchy, G. Chêne, F. Bonneta and pour le Groupe d’épidémiologie clinique du sida en Aquitaine (Gecsa)
Revue d’Épidémiologie et de Santé Publique, Volume 58, Supplement 2, September 2010, Page S96

Pour en savoir plus :
-  OMS  : hépatite B
-  femmesetsida  : Dépistage des hépatocarcinomes chez les patients coinfectés VIH-VHC


[1] L’alpha-foetoprotéine en association avec l’échographie hépatique peut être utile dans le dépistage de l’hépatocarcinome. Bien qu’aucune étude randomisée n’ait démontré son impact sur la survie, il est couramment admis que celui-ci peut être dosé chez les patients présentant une affection hépatique susceptible de mener à un hépatocarcinome, particulièrement dans les pays où l’hépatite B et C est endémique.
L’hépatocarcinome peut survenir en l’absence d’élévation de l’apha-foetoproteine (30%) et l’alpha-foetoproteine peut être élevée dans de nombreuses affections non néoplasiques atteignant le foie : cirrhose, hépatite virale, hémochromatose, mucoviscidose et l’ataxie-télangiectasie.

Ce site utilise phpmyvisites pour analyser l'audience et améliorer son contenu