Infection à VIH et sarcome de Kaposi digestif, place de l’endoscopie digestive

Publié le 12.01.2011 | par Claire Criton

L’arrivée des multithérapies antirétrovirales a considérablement diminué la prévalence du sarcome de Kaposi ainsi que son agressivité chez le sujet séropositif. Cependant dans les pays où l’accès à ce type de traitement reste difficile (Afrique sub-saharienne), le sarcome de Kaposi reste épidémique avec une progression rapide et une espérance de vie de moins de 6 mois. Les lésions extracutanées digestives sont fréquentes et signent un pronostic défavorable. L’exploration endoscopique est vivement conseillée dans la prise en charge des patients séropositifs en cas de symptômes digestifs ou d’immunodépression profonde.

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Localisation buccale d’un sarcome de Kaposi

Le sarcome de Kaposi, une maladie virale

Le sarcome de Kaposi est lié à l’infection par l’herpèsvirus humain 8 (HHV8). Il se développe particulièrement chez les individus co-infectés par le VIH et l’HHV8.

Dans les pays occidentaux, le sacome de Kaposi est rare chez les hétérosexuels et les toxicomanes et touche principalement des homosexuels masculins ou des bisexuels VIH positifs.

Actuellement, le sarcome de Kaposi épidémique, lié au VIH, est un des cancers les plus fréquents de l’Afrique centrale et du Sud (de 10 à près de 50 % des cancers diagnostiqués dans certaines régions), et touche aussi bien les hommes que les femmes. L’explosion de cette forme est liée à la diffusion du VIH dans une population où l’HHV8 est très endémique.

Des modes de transmission du HHV8 encore mal connus

Dans la population homosexuelle masculine, le virus est transmis durant les contacts sexuels.

En Afrique, dans les zones de forte endémie, les modes de transmission semblent principalement la transmission mère-enfant et la transmission d’un enfant à l’autre, principalement par la salive.Celle-ci semble être un des réservoirs du virus. La transmission hétérosexuelle semble plus rare en zone d’endémie.

L’existence de nombreux porteurs asymptomatiques pose le problème du dépistage de ce virus dans les dons de sang et surtout lors des dons d’organes.

Une localisation digestive retrouvée dans plus de 40 à 50 % des cas

L’atteinte extra-cutanée est très fréquente dans le sarcome de Kaposi associée au VIH.

En fonction des auteurs, le chiffre de 40 ou de 50 % de localisations digestives au diagnostic est avancé, chiffre passant à 80 % après autopsie, même en l’absence de manifestations cutanées.

L’atteinte de la muqueuse digestive concerne environ la moitié des patients à type de :

- localisation buccale : les atteintes du palais, de la face interne des joues et des gencives sont fréquentes et gênantes ;
- localisation au tractus digestif (œsophage, estomac, duodénum, côlon et rectum) : elle est souvent asymptomatique, mais elle peut être aussi la cause de douleurs abdominales, de nausées et de vomissements, de perte de poids et, surtout, de saignement digestif.

Tout symptôme clinique évocateur d’une atteinte digestive doit faire rechercher celle-ci par endoscopie.

Une vaste étude prospective à Abidjan

Cette recherche a été motivée par la rareté des études en Afrique subsaharienne sur les localisations digestives de la maladie de Kaposi.

D’avril 1991 à mars 2004, 10987 patients du CHU de Treichville d’Abidjan ont eu une fibroscopie oeso-gastro-duodénale (FOGD). Ils étaient tous séropositifs et atteints de la maladie de Kaposi.

Une maladie qui intéresse surtout le sujet jeune et de sexe masculin

Cette étude africaine de 2010 confirme les données de la littérature qui affirment que la maladie de Kaposi en cas de VIH intéresse le sujet jeune surtout de sexe masculin.

Une découverte fortuite le plus souvent

La découverte de la localisation digestive de la maladie de Kaposi a été fortuite dans 55,4 % des cas, se situant dans le cadre d’un bilan d’extension d’une mycose buccale ou du bilan étiologique d’une épigastralgie.

Dans 44,6 % des cas, elle a été diagnostiquée dans le cadre du bilan d’extension digestive d’un Kaposi cutané.

La prévalence de la maladie de Kaposi digestive haute est en nette recrudescence.

Dans l’étude, la prévalence des localisations digestives hautes de Kaposi était de 0,67 %.

A Abidjan, la prévalence a doublé en 13 ans, passant de 0,38 % en 1997 à 0,67 % en 2004. Cette recrudescence est liée à la pandémie du VIH/sida.

Le corps gastrique préférentiellement atteint

Les lésions de Kaposi concernaient le corps gastrique dans 64 % des cas, l’antre dans 25,3 % des cas, et la grosse tubérosité dans 13,3 % des cas.

Les lésions élémentaires observées étaient des macules, des papules et des nodules de coloration rouge-violacée.

Envisager l’endoscopie digestive chez tout patient séropositif, surtout en cas d’immunodépression profonde

La découverte d’une localisation gastrique étant le plus souvent fortuite, l’endoscopie digestive haute est vivement conseillée par les auteurs dans la prise en charge des patients séropositifs pour le VIH, surtout si le taux de CD4 est bas (< 200 el/mm3) et a fortiori en cas de symptôme clinique évocateur d’une atteinte digestive.

L’aspect endoscopique est en général caractéristique avec des lésions sous forme de nodules de couleur pourpre, parfois ulcérés à leur sommet et/ou hémorragiques. Au stade initial toutefois, les lésions sont planes rendant le diagnostic plus délicat.

L’atteinte digestive de la maladie de Kaposi est un facteur de mauvais pronostic.

Les localisations extracutanées de la maladie de Kaposi sont un indicateur de pronostic défavorable, d’autant plus si elles sont symptomatiques.


- Kouamé Alphonse Kadjo, Bourhaima Ouattara, Frederique Retornaz, Ezani Kodjo Niamkey, Jacques Soubeyrand ; “ Maladie de Kaposi digestive chez les patients positifs pour le VIH en Afrique ” La Presse Médicale, édition en ligne du 30 Octobre 2010

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-  Visualiser une image endoscopique de la lésion : Société Française d’Endoscopie Digestive

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