Infection à VIH : supplémenter en vitamine D ?

Publié le 02.06.2010 | par Claire Criton

Une étude récente montre que 37 % des patients infectés par le VIH présenteraient une carence en vitamine D et 55 % une insuffisance en vitamine D. Les patients infectés par le VIH étant plus exposés à des complications osseuses et cardiovasculaires, il faut doser régulièrement les taux de vitamine et supplémenter.

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Vitamine D et sida

La vitamine D, un stéroïde, issu du métabolisme du cholestérol

La vitamine D n’est pas, à proprement parler, une vitamine, car l’homme est capable d’en synthétiser, sous l’influence de certains rayonnements UV sur la peau. La vitamine D est un stéroïde présent sous deux formes, la vitamine D2 et la vitamine D3). Toutes deux ont le même métabolisme et exercent les mêmes actions.

Elle joue un rôle important dans le métabolisme phosphocalcique. Une carence profonde en vitamine D se traduit par un déficit de minéralisation de l’os.

Elle est déterminée par rapport à une norme “fondée sur la santé” du taux de calcidiol ou 25(OH)D sérique qui doit être supérieure à 75 nmol/L.

La vitamine D, un véritable facteur de croissance

- La vitamine D joue un rôle important dans le métabolisme phosphocalcique. Elle agit essentiellement au niveau de l’intestin en stimulant l’absorption intestinale du calcium (Ca) et du phosphore (Ph), entraînant une augmentation de la calcémie et de la phosphorémie.

- De nombreux autres tissus de l’organisme sont équipés de récepteurs à la vitamine D et de l’enzyme (1α-hydroxylase) capable de transformer la 25(OH)D en 1,25(OH)2D, hormone active capable d’agir comme un véritable facteur de croissance.

Rôle de la vitamine D dans la prévention de nombreuses affections

- La vitamine D connaît aujourd’hui un regain d’intérêt, non seulement en raison de ses effets osseux intéressants dans la prévention des fractures ostéoporotiques que de ses effets extra-osseux protéiformes (réduction du risque de cancer, de maladies inflammatoires et même de taux de mortalité…) observés dans larges études observationnelles.

- De très nombreuses données épidémiologiques et expérimentales sont en faveur d’un rôle de la vitamine D dans la prévention de nombreuses affections : certains cancers et maladies auto-immunes, évènements cardiovasculaires et hypertension, sarcopénie du sujet âgé.

- L’évaluation du statut vitaminique D peut être aisément réalisée par le dosage de la 25OHD sérique. Toutefois, la plupart des revues récentes sur le sujet suggèrent que les valeurs de référence de la 25OHD obtenues dans des populations apparemment en bonne santé sont beaucoup trop basses et que la concentration de 25OHD au-dessous de laquelle il existe une insuffisance en vitamine D se situe entre 50 et 100 nmol/L (20 et 40 ng/mL) avec une franche tendance à cibler des valeurs supérieures à 75 nmol/L (30 ng/mL).

Des taux de vitamine D souvent trop bas chez les patients sidéens

- Une étude française vient de déterminer le statut vitaminique D dans une série de 94 patients porteurs du VIH consultation au cours du premier trimestre 2009. Un taux inférieur à 30 ng/ml était considéré comme une insuffisance, et un taux inférieur à 10 ng/ml comme un état carentiel. Un taux normal de vitamine D a été retrouvé chez 7 patients, une carence chez 35 patients (37 %), une insuffisance chez 52 patients (55 %).

- Dans la SUN study, une étude de cohorte prospective et observationnelle américaine, les auteurs ont mesuré le taux de 25-hydroxy vitamine D chez 700 patients suivis dans 4 villes américaines entre Mars 2004 et Juin 2006. Un déficit en vitamine D a été retrouvé chez 71,6% des patients (taux de 25-hydroxy vitamine D inférieur à 30 ng/m).

- Dans une étude italienne, sur 852 patients, 54% des patients avaient une insuffisance en vitamine D (définie comme un taux de 25-hydroxy vitamine D inférieur à 75 nmol/l) et 7% un déficit ( taux de 25-hydroxy vitamine D inférieur à 30 nmol/l).

Importance du statut vitaminique D dans l’infection à VIH

En fonction des études, le déficit en vitamine D (25-hydroxy vitamine D inférieur à 32 ng/ml) a été associé à :
- un risque accru d’amaigrissement ;
- un risque majoré de progression de la maladie VIH ;
- un risque majoré d’infections respiratoires hautes, de pathologies buccales et gingivales, de diarrhées et de fatigue.

Insuffisance en vitamine D, grossesse et VIH

- L’insuffisance en vitamine D semble augmenter le risque de transmission materno-foetale à toutes les étapes de la grossesse : in utero, per-partum et allaitement. En effet, un taux sérique faible en vitamine D (< 32 ng/ml) a été associé à une augmentation globale de 46 % du risque de transmission du VIH à l’enfant (augmentation de 50 % de la transmission materno-foetale à 6 semaines puis doublement du risque de contamination lors de l’allaitement).

- Les enfants nés de femmes ayant un taux abaissé en vitamine D auraient un risque augmenté de 61% de mourir durant le suivi.

- La femme enceinte séropositive carencée en vitamine D aurait un risque augmenté d’anémie, de progression de la maladie et de mortalité.

Contrôler régulièrement les taux de vitamine D et corriger les carences chez les patients porteurs du VIH

- Les troubles de la minéralisation osseuse sont fréquents, et multifactoriels chez le patient porteur du VIH. Les effets bénéfiques sur les systèmes osseux, musculaire, cardiovasculaire et immunitaire de la vitamine D sont par ailleurs bien connus. Il semble par conséquent important de contrôler régulièrement les taux de vitamine D et de corriger les carences chez les patients porteurs du VIH exposés par l’infection virale et les traitements à des complications, osseuse et cardiovasculaire en particulier.

- La supplémentation en vitamine D pourrait s’avérer une méthode très peu coûteuse pour réduire la charge de l’infection à VIH et de décès chez les enfants, en particulier dans les pays à ressources limitées.

En pratique : prendre en charge un déficit en vitamine D

- Pour évaluer le statut en vitamine D : doser la 25(OH)D dans le sérum. Les valeurs de référence pourraient être : 30 à 80 ng/mL.

- En cas de déficit, la vitamine D est administrée à des doses qui dépendent de la concentration de 25(OH)D initiale, par exemple :

  • 4 ampoules de 100 000 UI de D3 (1 toutes les 2 semaines) si la 25(OH)D est inférieure à 10 ng/ mL ;
  • 3 ampoules de 100 000 UI de D3 (1 toutes les 2 semaines) si la 25(OH)D est comprise entre 10 et 20 ng/mL ;
  • 1 ou 2 ampoules de 100 000 UI de D3 si la 25(OH)D est comprise entre 20 et 30 ng/mL.

- Au long cours, il convient de maintenir une concentration en vitamine D sérique suffisante avec 800 à 1 200 UI/j de vitamine D2 ou D3 ou 100 000 UI de vitamine D3 tous les 2 à 3 mois.

Des études sont en cours pour tenter de définir une dose de vitamine D qui permettrait, sans avoir à doser préalablement la 25(OH)D, d’obtenir une concentration sérique de 25(OH)D convenable chez tous les patients, sans risque de surdosage.


Dans la presse scientifique

- “ Prévalence de l’hypovitaminose D chez 94 patients porteurs du VIH ” ; B. Chaigne, M.-F. Barrault-Anstett, C. Pop, F. Bouibede, H. Bens, P. Arsac ; La Revue de Médecine Interne, Volume 31, Supplement 1, June 2010, Page S181 ; 61ème Congrès de la Société nationale française de médecine interne, Congrès SNFMI

- “ Hypovitaminose et VIH : A, B, C ou D ? ”Valérie Martinez ; CROI 2010

- “ H-21 Résultats préliminaires du dosage de la vitamine D chez des patients vivants avec le VIH, suivis dans le Nord de la France ” ; N. Viget, F. Ajana, X. de la Tribonnière, E. Aissi, V. Bacle, J. Paccou, Y. Yazdanpanah ; Médecine et Maladies Infectieuses, Volume 39, Supplement 1, June 2009, Page S42

- “ Vitamin D Status of HIV-Infected Women and Its Association with HIV Disease Progression, Anemia, and Mortality ” ; Mehta S, Giovannucci E, Mugusi FM, Spiegelman D, Aboud S, et al ; (2010) ; PLoS ONE 5(1) : e8770. doi:10.1371/journal.pone.0008770

- “ Perinatal outcomes, including mother-to-child transmission of HIV, and child mortality and their association with maternal vitamin D status in Tanzania. ” ; Mehta S, Hunter DJ, Mugusi FM, Spiegelman D, Manji KP, Giovannucci EL, Hertzmark E, Msamanga GI, Fawzi WW ; J Infect Dis. 2009 Oct 1 ;200(7):1022-30.


En savoir plus sur la vitamine D

- “ Actualité sur les effets de la vitamine D et l’évaluation du statut vitaminique D ” ; J.-C. Souberbielle, D. Prié, M. Courbebaisse, G. Friedlander, P. Houillier, G. Maruani, E. Cavalier, C. Cormier ; Annales d’Endocrinologie, Volume 69, Issue 6, December 2008, Pages 501-510

- " Analyse critique du déficit en vitamine D ” ; Maurice Audran, Karine Briot ; Revue du Rhumatisme, Volume 77, Issue 2, March 2010, Pages 139-143

- “ Vitamine D et la santé globale ” ; Roger Bouillon ; La Presse Médicale, Volume 38, Issue 1, January 2009, Pages 3-6

-  “Le point sur la vitamine D”  ; Carole Émile ; Option/Bio, Volume 19, Issue 409, November 2008, Pages 18-19


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