Infections à VIH-1 groupe O, dépistage et suivi

Publié le 05.07.2010 | par Claire Criton

Le VIH-1 du groupe O représente un groupe à part, du fait de sa distribution géographique quasi-exclusive à l’ouest de l’Afrique Centrale, et de sa diversité génétique naturelle extrêmement importante, qui a défini son nom (Outlier). Des techniques spécifiques sérologiques et de biologie moléculaire, permettent désormais un meilleur dépistage et une meilleure prise en charge des patients infectés par ce virus. Le manque de données sur sa résistance aux nouvelles classes d’antirétroviraux complique la prise en charge thérapeutique.

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VIH-1 groupe O et diversité génétique

VIH-1 groupe O : une grande diversité génétique

L’analyse génétique des variants VIH-O a permis de les classer en trois clades principaux A, B et C, et de mettre en évidence une très forte diversité intra-groupe avec un nombre important de souches inclassables.

Une prévalence de 0,12 % parmi les nouveaux diagnostics en France

- L’infection à VIH-O est principalement retrouvée dans l’ouest de l’Afrique centrale et en particulier au Cameroun, où elle représente actuellement 1 % des infections VIH (soit environ 10 000 personnes). Il est aussi dépisté dans les pays en lien étroit avec ce dernier comme la France.

- En France, les informations épidémiologiques sont faibles : les données récentes de la notification obligatoire indiquent une prévalence de 0,12 % parmi les nouveaux diagnostics, soit 38 patients dépistés depuis 2003 et 117 patients identifiés.

Un réseau français multicentrique (RES-O) d’identification et de suivi des patients infectés

Une cohorte nationale, RES-O a été mise en place pour permettre de mieux comprendre l’évolution de la maladie et la réponse au traitement de ce variant particulier.

Une mutation responsable de la résistance à certains antirétroviraux

La présence naturelle de la mutation Y181C chez la plupart des virus VIH-O confère une résistance génotypique et phénotypique à la nevirapine et à l’efavirenz, inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase inverse (INNTI).

Le manque de données pour les nouvelles classes d’antirétroviraux compliquent la prise en charge thérapeutique, en l’absence d’algorithmes de résistance adaptés. Une étude sur la résistance aux antirétroviraux de ces variants, sous l’égide de l’ANRS (ANRS no 1419), est en cours, avec pour objectif de valider en totalité ou partiellement l’algorithme ANRS défini pour les VIH-M.

Une réponse encourageante au raltégravir (inhibiteur d’intégrase) chez les patients infectés par un VIH-O

En 2009, la première utilisation du raltégravir (inhibiteur d’intégrase) chez 3 patients infectés par un VIH-O a été expérimentée.

Le raltégravir a permis l’obtention ou le maintien d’une bonne réponse clinico-virologique chez ces trois patients. Toutefois, une surveillance pour confirmer ces premiers résultats est en cours.

Le sérotypage par technique Elisa, indispensable et fiable pour discriminer les VIH-O

Devant des éléments épidémiologiques évocateurs (contact avec la zone d’endémie) et/ou devant toute discordance sérovirologique ou clinicovirologique, il faut évoquer ce type de variants et demander un sérotypage de l’enveloppe, spécifique de groupe.

Celui-ci permet également de dépister les doubles infections et les formes recombinantes, qui peuvent émerger.

Assurer le suivi virologique par détermination de la charge virale

Les auteurs ont comparé la technique Abbott et avec une technique "maison" (technique LTR-O ciblant les régions du LTR).

La corrélation entre les techniques est bonne, mais aucune de ces deux techniques n’est parfaite. La diversité génétique importante des VIH-O a, pour certaines souches, encore un impact sur les mesures. Des sous-quantifications ont été observées avec la technique Abbott et dans une moindre mesure avec la technique maison.

En pratique, un premier résultat indétectable obtenu pour un patient traité avec la technique Abbott, devrait être confirmé selon les auteurs par la technique maison (et inversement).

L’impact du polymorphisme naturel de ce variant sur la réponse au traitement encore méconnu

Devant une discordance clinicobiologique (progression de la maladie, baisse des CD4 et charge virale indétectable) ou chez un patient originaire d’une zone endémique et chez son partenaire, il est possible aujourd’hui de diagnostiquer une infection par le VIH-O et de suivre le patient à l’aide d’outils moléculaires spécifiques de ce groupe (charge virale et séquençage).

Du fait de la rareté de l’infection à VIH-O, il convient d’être vigilant sur un plan individuel, afin d’assurer sa bonne identification et d’adapter ainsi la prise en charge. L’amélioration de l’exhaustivité des données fera progresser les connaissances sur la pathogénèse et la réponse aux traitements.


Dans la presse scientifique

- “ Diagnostic spécifique et prise en charge des infections par un VIH-1 groupe O : données de RES-O ” ; A. Depatureaux, M. Leoz, F. De Oliveira, M. Gueudin, F. Damond, D. Descamps, F. Brun-Vézinet, V. Lemée, F. Simon, F. Barin, J.-C. Plantier ; Médecine et Maladies Infectieuses, édition avancée en ligne, 19 Juin 2010

- “H-33 Utilisation du raltégravir chez des patients infectés par un VIH-1 groupe O (VIH-O)” ; A. Depatureaux, M. Leoz, G. Le Moal, J.-P. Pathé, J. Pavie, F. Simon, J.-C. Plantier ; Médecine et Maladies Infectieuses, Volume 39, Supplement 1, June 2009, Page S45


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