Infections à VIH dans le Nord et l’Est de la France

Publié le 28.09.2010 | par Claire Criton

L’évolution épidémiologique des nouvelles séropositivités diagnostiquées entre le 1er janvier 2000 et le 31 décembre 2007 dans les centres hospitaliers du Nord et de l’Est de la France a été comparées aux données nationales et régionales de la déclaration obligatoire (Institut national de Veille Sanitaire InVS). Cette étude devrait permettre d’adapter les actions de santé publique et les politiques de prévention aux populations locales à risque. La comparaison des habitudes de prise en charge locale avec les référentiels actuels pourrait aboutir à l’optimisation de la prise en charge des patients.

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Sida dans le Nord et l’Est de la France ; Wikimedia commons ; GNU Free Documentation License, Version 1.2

Une grande étude observationnelle rétrospective

Cette étude s’est intéressée aux nouvelles séropositivités au VIH entre 2000 et 2007.

Au total, 3030 fiches patient ont été colligées dans les six COREVIH [1] du Nord et de l’Est de la France.

Trente établissements ont participé à l’étude (3 pour la COREVIH Alsace, 4 pour la COREVIH Bourgogne, 2 pour la COREVIH Franche-Comté, 11 pour la COREVIH Lorraine Champagne Ardenne, 1 pour la COREVIH Nord et 9 pour la COREVIH Picardie), avec en majorité des centres hospitaliers universitaires (CHU) et des centres hospitaliers de plus de 300 lits.

Une augmentation des contaminations par voie homo/bisexuelle

Le relâchement de la protection lors des rapports sexuels explique cette récente augmentation des contaminations par voie homo/bisexuelle. La dernière enquête Presse Gay de 2004 avait déjà mis en garde contre cette tendance. Parallèlement, de nombreuses études ont signalé ces dernières années une recrudescence des cas d’infections sexuellement transmissibles.

La mise en place d’un renforcement des actions de prévention mieux ciblées sur cette population plus à risque serait souhaitable dans le Nord et l’Est de la France.

Un taux de co-infections VIH-VHB et VIH-VHC beaucoup plus faible qu’au niveau national

Ce taux est deux fois plus bas pour le VHB (virus de l’hépatite B) et trois fois pour le VHC (virus de l’hépatite C) , allant de pair avec une proportion de contamination par usage de drogues intraveineuses plus faible également.

Des facteurs prédictifs de retard au diagnostic

Les facteurs prédictifs de découverte de séropositivité à un stade tardif (moins de 350 CD4/mm3) sont identiques à ceux retrouvés au cours de l’enquête « Retard » :
- une moyenne d’âge plus élevée,
- le mode de contamination hétérosexuel,
- l’origine africaine notamment.

L’association comprenant un inhibiteur de protéase (IP) boosté de plus en plus souvent prescrite

L’association IP+inhibiteur nucléosidique de la reverse transcriptase (NUC) est passée de 40 % à 80 % des traitements, alors que la proportion des associations de trois NUC et de deux NUC avec un inhibiteur non nucléosidique de la reverse transcriptase (NNUC) a diminué.

La décision d’instaurer un traitement avec IP dépendait :
- de la présence ou non d’une infection opportuniste ;
- du diagnostic fait au stade de primo-infection par rapport au diagnostic fait ultérieurement ;
- de la découverte de la séropositivité au cours d’une grossesse ;
- des années ;
- de la COREVIH.

Par ailleurs, l’« observance » semblait meilleure avec une association contenant un inhibiteur de protéase.

Une mise sous traitement de plus en plus précoce

Le taux de patients mis sous traitement antirétroviral dans les trois mois suivant le diagnostic est en augmentation depuis 2005. Cette évolution va dans le sens des recommandations les plus récentes (rapport Yéni 2008) qui préconisent de débuter le traitement antirétroviral de plus en plus précocement.

Des différences importantes de prescription en fonction des COREVIH

Les habitudes de prescription dans les différents centres sont très variables en ce qui concerne la nature des traitements et le délai d’instauration de ce traitement.

Par exemple, les patients pris en charge dans les établissements dépendants des COREVIH Franche-Comté, Nord, Bourgogne et Lorraine-Champagne-Ardennes étaient plus souvent traités par une association comprenant un IP que les patients suivis dans les établissements dépendants de la COREVIH Alsace.

Une prévention et un dépistage plus spécifiquement adaptés aux réalités locales

L’évolution des stratégies de prévention et dépistage devrait se faire en fonction de la prévalence du VIH dans les différentes régions françaises (rôle des COREVIH) et dans les groupes de population plus exposée, notamment chez les personnes d’origine étrangère qui ont moins accès au système de santé.

L’analyse des facteurs expliquant les habitudes de prescription de chaque centre de dépistage pourrait permettre d’évoluer vers des conduites à tenir plus uniformisées, tenant compte plus exclusivement des données relatives au seul patient.

Une étude régionale qui confirme les données nationales

Cette étude observationnelle rétrospective déclarative des nouvelles séropositivités au VIH entre 2000 et 2007 confirme les données nationales :

- diminution du nombre de femmes, de personnes d’origine étrangère et de la proportion de patients découverts avec un retard au diagnostic ;

- augmentation du nombre de patients diagnostiqués au stade de primo-infection ;

- taux de CD4 plus élevés à la mise sous traitement antirétroviral.


Dans la presse scientifique

- “ Étude des infections à VIH nouvellement découvertes entre 2000 et 2007 dans le Nord et l’Est de la France ” ; S. Henard, L. Letranchant, A. Borel, F. Ajana, D. Rey, L. Hustache-Mathieu, P. Chavanet, T. May, C. Rabaud ; Médecine et Maladies Infectieuses ; Volume 40, Issue 9, Septembre 2010, Pages 517-523


- COREVIH pour la Région Alsace

- COREVIH Lorraine Champagne Ardenne

- COREVIH Nord Pas de Calais

- COREVIH de Franche-Comté

- Annuaire des 28 Corevih



[1] Leur mission principale est la coordination de la prise en charge de l’infection par le VIH.

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