Infections communautaires et troubles psychiatriques : principales causes d’hospitalisation chez les patients VIH+

Publié le 15.09.2011 | par Patricia Fener

Les infections, notamment respiratoires, sont la première cause d’hospitalisation des patients infectés par le VIH, suivies par les troubles psychiatriques et les recours chirurgicaux. C’est ce que révèle une étude réalisée dans le service d’Infectiologie du CHU de Nice qui montre la nécessité de réaliser des efforts de prévention pour limiter ces co-morbidités pulmonaires et psychiatriques.

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VIH et pneumonie à Pneumocystis carinii ;Wikimedia commons

Des données issues du tableau de bord du service d’Infectiologie et du DIM
Une analyse des motifs d’hospitalisation a été réalisée pour les patients hospitalisés au CHU de Nice afin de mesurer la morbi-mortalité liée à l’infection à VIH, le but étant de mettre en place des mesures préventives.

Cette extraction a été possible grâce aux données du tableau de bord d’Infectiologie qui répertorie 28 caractéristiques concernant les patients VIH+ hospitalisés et aux informations issues du Département d’Informatique Médicale (DIM) [1].

Une prédominance des infections respiratoires et des troubles psychiatriques
Les motifs d’hospitalisation on été étudiés pour la période de juillet 2005 à juin 2010 et classés comme étant en lien direct avec le VIH, en lien indirect ou sans lien avec le VIH. Un total de 3 816 hospitalisations a été enregistré pour 1 486 patients.

Une infection était un motif d’hospitalisation dans 977 cas (26 %), dont 370 en lien direct avec le VIH (38 %), 101 en lien indirect (10 %) et 506 sans lien avec le VIH (52 %).
Les infections respiratoires étaient les plus fréquemment retrouvées (295 cas, 30 %), suivies des infections digestives (218 cas, 22 %) et des infections cutanées (117 cas, 11 %).
Ces infections ont nécessité une prise en charge chirurgicale dans 133 cas (14 %).

Parmi les 2839 motifs d’hospitalisation non motivés par une infection, 244 étaient en lien direct avec le VIH (9 %), 772 en lien indirect (27 %) et 1 823 sans lien avec le VIH (64 %).
Les 3 premières causes étaient les troubles psychiatriques (556 cas, 20 %) dont 141 intoxications médicamenteuses volontaires, les pathologies hépato-gastro-entérologiques (469 cas, 16 %) et les cancers (361 cas, 13 %).
La prise en charge était chirurgicale dans 605 cas (21 %).

Des constatations recoupant celles de la base de données hospitalière française sur l’infection à VIH (FHDH-ANRS-CO4),
En 2008, dans la cohorte FHDH ANRS CO4, les pathologies infectieuses les plus fréquemment retrouvées étaient les pneumopathies bactériennes (incidence 9,0 pour 1 000 patients-années et 1,3 pour 1 000 patients-années d’infections récurrentes), suivies de la syphilis (6,6 pour 1 000 patients années), de la tuberculose (3,3 pour 1 000 patients-années), de la candidose oesophagienne (2,3 pour 1 000 patients-années), de la pneumocystose pulmonaire (2,1 pour 1 000 patients-années), des infections à cytomégalovirus (1,5 pour 1 000 patients-années), de la toxoplasmose (1,3 pour 1 000 patients-années), de la leucoencéphalopathie multifocale progressive (LEMP) (0,9 pour 1 000 patients-années), et des infections à mycobactéries atypiques (0,4 pour 1 000 patients-années).

En ce qui concerne la santé mentale des personnes VIH+, celle-ci a été explorée dans VESPA ANRS EN12.
Parmi les personnes bénéficiant d’un traitement depuis au moins six mois, 62,6 % n’avaient pas de symptômes de dépression, 9,1 % avaient des symptômes modérés, 5,5 % des symptômes sévères et 23,7 % n’avaient pas répondu. Concernant les tentatives de suicide, le taux était plus élevé que dans la population générale.

Nécessité d’une surveillance particulière visant à prévenir ces co-morbidités
Comme le recommande le groupe d’experts ayant travaillé sur la prise en charge médicale des personnes infectées par le VIH, sous la direction du Pr. Patrick Yéni, il convient pour tout patient infecté par le VIH :
- de réaliser une synthèse hospitalière au moins annuelle, afin de faire le point sur l’infection à VIH, ses complications, les co-morbidités ;
- d’organiser des consultations spécifiquement dédiées à l’éducation thérapeutique au sein des établissements ou réseaux de santé ;
- de proposer un sevrage tabagique en tenant compte de la motivation et des co-morbidités associées, et en orientant les patients vers des consultations spécialisées de tabacologie ;
- d’effectuer les rappels de vaccinations du calendrier vaccinal, certaines vaccinations spécifiques (pneumocoque, grippe, hépatite B) et les vaccinations destinées aux voyageurs, le cas échéant.


Source

- S. Pillet, E. Cua, F. de Salvador, P. Pugliese, P.-M. Roger
Infections communautaires et troubles psychiatriques : les 2 premiers motifs d’hospitalisation des patients infectés par le VIH
Médecine et maladies infectieuses ; 2011, 41, pp. 76-78
-  santegouv  : rapport Yeni 2010

Pour en savoir plus :
- Troubles psychiatriques et VIH


[1] Missions des DIM
On peut distinguer deux types de missions : celles qui relèvent du pilier commun, c’est à dire de l’essence même de la fonction, et celles qui sont le fruit de particularismes locaux.
Parmi les missions communes, on trouve la production d’informations médicalisées, leur interprétation, la participation à l’élaboration d’une partie de l’état de prévisions de recettes et de dépenses (EPRD) et de la tarification à l’activité (T2A), le copilatage du contrôle de gestion médicalisé et le management transversal interprofessionnel. Le DIM est en outre garant de la confidentialité des informations. Il joue un rôle essentiel dans l’analyse financière et c’est une particularité de la réglementation française que d’avoir confié cette mission aux médecins. Enfin, globalement le DIM a une fonction de reporting d’activité, quantitatif et qualitatif. Il opère un contrôle qualité en vérifiant que les informations sont pertinentes par rapport à la réalité.
Localement, le DIM peut se voir confier la gestion des systèmes d’information hospitaliers (SIH), la gestion des risques, celle des archives ou encore une mission de bio-statistique et d’épidémiologie.
Source : Synthèse sur les rôles et missions des DIM

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