Infectiosité des sécrétions cervico-vaginales des femmes VIH+ sous HAART

Publié le 12.09.2011 | par Patricia Fener

Les sécrétions cervico-vaginales sont considérées comme le principal vecteur de la transmission du VIH de la femme infectée à son partenaire sexuel et/ou à son enfant en cas de transmission périnatale. Le traitement antirétroviral réduit la quantité de VIH dans les sécrétions génitales et permet de limiter le risque de transmission sans l’annuler totalement. L’étude "ANRS EP24 « GYNODYN »" montre en effet la persistance de VIH-1 libre dans les sécrétions cervico-vaginales de femmes sous traitement antirétroviral, posant le problème de l’infectiosité et du risque de transmission.

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VIH, sécrétions cervico-vaginales, infectiosité
source : wikimedia commons

Une étude portant sur la diffusion des antirétroviraux et l’évolution de la cinétique de la réplication virale dans le compartiment vaginal.
L’étude menée sous l’égide de l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales, ANRS EP24 « GYNODYN » avait pour objectif d’évaluer la diffusion des antirétroviraux et l’évolution des résistances du VIH-1 dans l’appareil génital féminin.

Il s’agit d’une étude multicentrique (8 centres), d’une durée de 24 mois.

Les femmes infectées par le VIH-1 incluses dans l’étude sont âgées de plus de 18 ans et sont en période d’activité génitale :
- 23 sont naïves de traitement antirétroviral et reçoivent une multithérapie comportant l’association zidovudine/lamivudine associée au ritonavir-lopinavir ou à indinavir-ritonavir en « booster » ;
- 6 sont traitées en échec virologique et bénéficient de l’association ritonavir-lopinavir ou ritonavir-indinavir.

Des examens immuno-virologiques et pharmacologiques sont effectués sur un échantillon de sécrétions cervico-vaginales obtenu par lavage et sur un prélèvement sanguin ;
- à J0 (inclusion dans l’étude), puis à un mois , six mois, douze mois et dix-huit mois pour les femmes naïves ;
- A J0, un mois, quatre mois, huit mois et douze mois pour les femmes traitées en échec virologique.

Les examens immuno-virologiques consistent en une mesure de la charge virale (ARN du VIH-1 libre) et provirale (ADN VIH-1 proviral qui est la forme génomique intégrée dans les cellules infectées), la réalisation du phénotypage et de tests de résistance génotypique, ainsi qu’une numération des lymphocytes CD4 et CD8.

Les explorations pharmacologiques ont pour objectif de mesurer les concentrations plasmatiques et cervico-vaginales des antirétroviraux.

La mesure des taux d’ARN et d’ADN proviral du VIH-1 est effectuée avec la technique d’amplification des acides nucléiques par réaction de polymérisation en chaine (PCR) en temps réel. Le seuil de détection est de 50 copies par millilitre pour l’ARN et de 10 copies par 106 cellules pour l’ADN proviral.

Les concentrations d’antirétroviraux sont mesurées par chromatographie liquide haute performance.

Une meilleure compréhension de la dynamique de la réplication virale au niveau de l’appareil génital féminin

Une diminution de la quantité d’ARN viral et d’ADN proviral était observée à la fois dans le sang et les sécrétions cervico-vaginales durant les 6 premiers mois de prise de HAART, suivie d’une stabilisation à 18 mois, indépendamment de la pharmacocinétique génitale des antirétroviraux.

Alors que l’ARN cervico-vaginal était indétectable chez plus de 90% des femmes au cours des 6 premiers mois sous HAART, l’ADN restait détectable dans 27 à 50% des cas.

Après 6 à 18 mois de traitement par HAART, près de 40% des femmes avec un taux d’ARN VIH-1 indétectable au niveau plasmatique présentaient de l’ARN VIH-1 (15% des femmes) ou de l’ADN proviral (31% des femmes) au niveau de leurs sécrétions génitales.

L’étude "ANRS EP24 « GYNODYN »" montre qu’en dépit d’un contrôle systémique de la réplication du VIH-1, une faible excrétion de virus est fréquemment observée au niveau des sécrétions cervico-vaginales des femmes sous HAART, avec présence d’ARN et d’ADN. Le compartiment génital constitue un réservoir viral et représente un facteur déterminant de l’infectiosité du VIH-1.

Pour en savoir plus :
-  Femmesida  : transmission du VIH


Source

- Launay O, Tod M, Tschöpe I, Si-Mohamed A, Bélarbi L, Charpentier C, Goujard C, Taburet AM, Lortholary O, Leroy V, Bélec L ; the ANRS EP24 GYNODYN Study Group.
Residual HIV-1 RNA and HIV-1 DNA production in the genital tract reservoir of women treated with HAART : the prospective ANRS EP24 GYNODYN study.
Antivir Ther. 2011 ;16(6):843-852.
-  ANRS  : ANRS EP24 GYNODYN

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