Insulinorésistance et diabète de type 2 chez les afro-caribéens infectés par le VIH

Publié le 06.01.2011 | par Patricia Fener

L’insulinorésistance et le diabète de type 2 sont fréquents chez les femmes afro-caribéennes infectées par le VIH. Le surpoids et l’obésité sont des facteurs de risque majeurs dans cette population. Les cytokines, adiponectine et leptine, sécrétées par les adipocytes, sont associées à la répartition du tissu adipeux et à l’insulinosensibilité.

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VIH, diabète de type2, insulino-résistance ; Wikimedia commons

La plupart des études portant sur les anomalies du métabolisme du glucose chez les sujets VIH+ ont été menées sur des hommes d’origine caucasienne

- Une étude transversale réalisée dans une population afro-caribéenne infectée par le VIH et conduite au CHU de Pointe-A-Pitre (Gadeloupe) vient d’être publiée dans la revue « Diabetes & Metabolism ».

La prévalence de l’insulinorésistance (IR) et du diabète de type 2 a été estimée et l’association à l’adiponectine [1] et à la leptine [2] a été mesurée chez 237 patients (132 hommes et 105 femmes) infectés par le VIH.

Après mesure de paramètres anthropométriques (indice de masse corporelle ou IMC , tour de taille) et réalisation de dosages (insulinémie à jeun et après charge orale en glucose, concentrations plasmatiques d’adiponectine et de leptine), l’insulinorésistance a été estimée par l’indice HOMA (Homeostasis Model Assessment) [3].
L’ajustement de modèles de régression logistiques chez les hommes et les femmes a permis d’évaluer l’association de l’IR à ces paramètres cliniques et biologiques.

- Caractéristiques des patients :

  • l’âge moyen était de 49 ans pour les hommes et de 48 ans pour les femmes ;
  • un total de 184 patients (79,3%) était sous traitement antirétroviral, avec prise d’un inhibiteur de protéase dans 62 % des cas (lopinavir dans 29,1% des cas et ritonavir dans 18,6% des cas) et d’un inhibiteur nucléosidique de la transcriptase inverse (lamivudine 62,9%, zidovudine 29,5%, abacavir 27% et stavudine dans 6,3% des cas) ;
  • la prévalence du diabète de type 2 était plus élevée chez les femmes que chez les hommes (16,2 % versus 8,3 %, P = 0,06) ;
  • la prévalence de l’insulinorésistance était également plus élevée chez les femmes que chez les hommes (24 % versus 9,9 %, P < 10-3) ;
  • une obésité abdominale [4] était retrouvée chez 47 % des femmes et 7 % des hommes (P < 10-4) favorisant la sécrétion de cytokines proinflammatoires impliquées dans la genèse de l’insulinorésistance ;
  • les taux de leptine étaient six fois plus importants chez les femmes que chez les hommes. Il existe en effet une relation positive entre leptinémie et masse grasse corporelle.

L’Iinsulinorésistance apparaissait indépendamment associée aux concentrations plasmatiques d’adiponectine chez les femmes et aux concentrations plasmatiques de leptine chez les hommes. L’insulinorésistance était indépendante de facteurs tels que l’indice de masse corporelle et la prise d’inhibiteur de protéase ou d’inhibiteur nucléosidique de la transcriptase inverse.

Une prévalence du diabète de type 2 plus forte qu’en France métropolitaine
En utilisant les données de remboursement de l’insuline et des antidiabétiques oraux, il apparaît que la prévalence de patients VIH+ diabétiques traités était de 10,1% pour l’année 2005 en Guadeloupe et de 3,6% en métropole.

Des différences en fonction du genre et de l’ethnie
Les mécanismes physiopathologiques ne sont pas encore totalement compris pour expliquer les différences entre hommes et femmes mais le rôle des hormones stéroïdes sexuelles et de la répartition des graisses apparaît prépondérant.
De même, les populations d’origine négroïde présentent plus fréquemment une insulinorésistance, des concentrations plasmatiques plus basses d’adiponectine et plus hautes de leptine que celles d’origine caucasienne.

Cette étude montre des différences significatives en ce qui concerne l’insulinorésistance et les modifications de sécrétion de la leptine et de l’adiponectine en fonction du genre dans cette population afro-caribéenne infectée par le VIH. Devant le risque élevé de développer un diabète de type 2, il semble qu’un dépistage systématique de l’insulinorésistance devrait être effectué, notamment chez les femmes.



Source :
-  Adiponectin and leptin in Afro-Caribbean men and women with HIV infection : Association with insulin resistance and type 2 diabetes
J. Deloumeaux, M. Maachi, M.-T. Sow-Goerger, I. Lamaury, F.-L. Velayoudom, A. Cheret, M.-L. Batard, P. Muller, J.-P. Bastard, G. Chene, J. Capeau, L.
Diabetes & Metabolism, 2010, Article sous presse

Pour en savoir plus :
-  alfediam  : Rôle du Tissu adipeux dans le contrôle du métabolisme énergétique et de l’action de l’insuline Rôles de la leptine, de l’adiponectine et de la protéine ASP



[1] L’adiponectine est essentiellement sécrétée par les adipocytes mais contrairement aux autres adipocytokines, les concentrations plasmatiques d’adiponectine sont diminuées chez le sujet obèse, diabétique de type 2 et/ou atteint de maladies cardio-vasculaires, pathologies associées à l’insulino-résistance et l’hyperinsulinémie (syndrome plurimétabolique). L’adiponectine stimule la thermogenèse, l’oxydation des acides gras et exerce des effets hypolipémiants. Elle présente aussi des propriétés anti-diabétiques en augmentant la sensibilité à l’insuline dans le muscle et le foie et anti-athérogènes.
Tissu adipeux : une glande endocrine ?
S.M. Brichard
Université de Louvain

[2] La leptine est sécrétée par l’adipocyte et agit sur l’hypothalamus en modulant l’expression de neuropeptides hypothalamiques. Elle augmente la production de peptides cataboliques et diminue celle de peptides anaboliques et orexigènes. Elle exerce ainsi ses principaux effets centraux : induction de satiété et adaptation neuroendocrinienne au jeûne. En réponse à l’augmentation des réserves adipeuses, elle va provoquer l’arrêt de la prise alimentaire et exercer un rétrocontôle négatif sur la masse adipeuse.
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S.M. Brichard
Université de Louvain

[3] La sensibilité à l’insuline selon le modèle HOMA se calcule de la façon suivante : Insulinémie (microUI/ml ou mUI/l) x Glycémie (mmol/l)) / 22.5.

[4] Une obésité abdominale est définie par un périmètre abdominal supérieur à 102 cm, valeur retenue par le NCEP ATP3 (National Cholesterol Education Program (NCEP)- Adult Treatment Panel III) .

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