L’AMP, un soutien au projet du couple sérodifférent mais aussi un rappel de la maladie

Publié le 14.01.2010 | par Claire Criton

Pour un couple dont l’homme est séropositif, le désir d’enfant et la démarche d’assistance médicale à la procréation (AMP) entraîne un bouleversement psychique chez chacun des membres du couple. Le CECOS de Toulouse a dégagé quelques pistes de réflexion afin de mieux comprendre le vécu de la grossesse au sein du couple dans le contexte du VIH. Le fonctionnement psychologique de chaque membre du couple dans la période qui précède l’AMP a également été étudié.

L’étude

Chaque année, environ 350 couples dont l’homme est séropositif et qui désirent avoir un enfant, s’adressent à des centres d’AMP en France.

Quarante couples sérodifférents dont l’homme était infecté ont été suivis par le centre de Toulouse.

Durant quatre ans, de 2002 à 2006, le CECOS de Toulouse a reçu ces couples et analysé les entretiens pratiqués avant qu’ils ne débutent l’AMP et pour certains couples ceux réalisés à la suite de plusieurs échecs d’inséminations.

Profil des couples sérodifférents faisant une démarche d’AMP

- ils ont en général un bon niveau éducatif ;
- un des deux membres du couple travaille ;
- ils vivent une relation affective stable depuis plusieurs années ;
- Les femmes et leur conjoint expriment un très fort désir d’enfant comparable à celui des couples infertiles ;
- le protocole d’AMP est source d’anxiété autant pour l’homme que pour la femme du fait de la peur d’un passage du virus et ceci même si le risque de transmission est présenté comme réduit à presque zéro.

Toutefois, ces couples vivent toujours dans le secret la maladie et ils ne souhaitent pas informer ultérieurement l’enfant de la situation de son père, car ils se sentent toujours stigmatisés par notre société.

Il faut cependant noter que ces couples ne sont pas représentatifs de l’ensemble des couples touchés par la maladie. Ceci s’explique probablement par le nombre limité de centres, le prix des soins dans certains pays, l’accès difficile à l’information et la détermination nécessaire des deux membres du couple.

Analyse des entretiens

- Jusqu’à cette démarche au CECOS, 36 femmes sur 40 avaient mis entre parenthèses l’idée d’une grossesse ; face au questionnement de l’entourage et surtout de leur mère, elles avaient dû nier leur souhait de maternité, en alléguant de fausses raisons ;
- Certains hommes avouèrent que lors de l’annonce du diagnostic, à l’idée de la mort était venue s’adjoindre immédiatement celle qu’ils n’auraient jamais d’enfant ; ces hommes se considéraient comme des survivants auxquels toute idée de filiation avait été jusque-là interdite ;
- L’ensemble des hommes a parlé très spontanément du désir d’un enfant, du souhait de construire une famille, de l’avenir qu’ils envisagent lointain, car ils se voient l’accompagner au fil des années, sans faire part d’inquiétudes majeures par rapport à la maladie ;
- L’AMP représente un soutien au projet du couple mais aussi un rappel de la maladie : en effet certains hommes ont dû prendre un traitement qu’ils n’avaient pas jusqu’alors, de façon à maintenir une charge virale indétectable ou basse, ce qui a signé pour eux l’entrée définitive dans la maladie ;
- l’AMP apporte un sursaut de vie au couple, un sentiment de normalité et d’égalité ;
- en cas d’échec, l’AMP, du fait des exigences posées par les protocoles médicaux, peut fragiliser l’équilibre trouvé jusque-là par le couple avec le VIH ;
- Les femmes expriment dans leur discours une certaine anxiété par rapport au risque de contamination.

Le vécu de la grossesse

- les femmes se trouvent encore isolées par rapport à leur entourage, face aux inquiétudes attenantes au VIH. Le secret entourant la maladie et l’AMP, ne leur laisse comme interlocuteur que le compagnon, lui-même angoissé,
- L’enfant porté est considéré comme un enfant « précieux », un « don » fait au conjoint malade, sa compagne lui offrant ainsi la possibilité d’accéder à la paternité et de réparer la culpabilité de sa contamination ;
- les hommes paraissent déstabilisés dans les défenses qu’ils avaient construites pour vivre avec le VIH, la question de la mort étant réactivée.

Conclusion

L’entretien psychologique qui fait partie du protocole habituel pour les couples infertiles inscrits dans une démarche d’AMP devrait se doubler de la proposition d’un suivi durant la grossesse. Si l’équipe médicale a su apporter la réponse au projet d’enfant, elle ne peut pas ignorer qu’elle est venue réactiver dans le même temps la question de la mort, sous-tendue par le diagnostic du VIH, autant chez l’homme que chez la femme.

Dans la presse scientifique

- “ Couples sérodifférents dont l’homme est infecté par le VIH et Assistance médicale à la procréation : le désir d’enfant et la grossesse aux prises avec la réalité de la maladie ” ; F. Hopker Azemara, M. Daudin, Bujanb ; Gynécologie Obstétrique & Fertilité, Volume 38, Issue 1, January 2010, Pages 58-69

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