L’Institut Pasteur devient le Centre national de référence des papillomavirus humains

Publié le 02.02.2009 | par Patricia Fener

La ministre de la Santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative, sur proposition de l’Institut de veille sanitaire (InVS), vient de nommer l’unité de Génétique, Papillomavirus et Cancer Humain de l’Institut Pasteur à Paris, "Centre national de référence des papillomavirus humains".

L’infection par les papillomavirus (HPV) est l’infection sexuellement transmissible la plus fréquente dans le monde. Il s’agit le plus souvent d’une infection latente, transitoire, sans traduction clinique qui survient au début de la vie sexuelle puisqu’elle est détectée chez un tiers des femmes entre l’adolescence et le début de la vingtaine.

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Electron micrograph of a negatively stained human papilloma virus

Les papillomavirus humains sont des virus à ADN double brin de 55 nm de diamètre. Plus de 120 types de HPV ont été identifiés, et environ 50 d’entre eux infectent les membranes épithéliales du tractus ano-génital.

Les papillomavirus sont à l’origine du cancer du col de l’utérus, le deuxième cancer de la femme au monde, qui tue chaque année 230 000 femmes dont 1 000 en France.

Les HPV génitaux sont divisés en deux groupes, sur la base de leur potentiel cancérigène :
- les HPV à "haut risque" (HPV 16, 18, 31, 33, 35, 39, 45, 51, 52, 56, 58, 59, et 68) sont associés aux états précancéreux (néoplasies intra-épithéliales) et ont une plus forte probabilité d’évoluer vers des lésions sévères et le cancer. Parmi ceux ci, les HPV 16 et 18 sont les plus cancérigènes et les plus fréquents. Le HPV 16 est le type prédominant dans presque toutes les régions du monde, à l’exception de l’Asie du Sud Est, où le HPV 18 a la plus forte prévalence. A lui seul HPV 16 est responsable de plus de 50% des infections à papillomavirus humains ;
- les HPV à "bas risque" (HPV 6, 11, 42, 43, et 44) sont associés aux condylomes génitaux et aux dysplasies légères. Les lésions dues à ces HPV ont une forte probabilité de régression, un petit potentiel évolutif et sont considérées comme étant peu ou pas cancérigènes.

Dans le contexte de la récente mise sur le marché des deux premiers vaccins prophylactiques (Gardasil® et Cervarix®) contre l’infection par les papillomavirus et le cancer du col de l’utérus, une des missions de ce Centre national de référence (CNR) sera l’évaluation de la politique vaccinale.
Il faut rappeler que ces vaccins sont très efficaces lorsqu’ils sont administrés avant les premiers rapports sexuels. Les femmes vaccinées doivent tout de même réaliser un frottis cervical tous les trois ans entre 25 et 65 ans. La Haute autorité de santé (HAS) rappelle en effet que la durée de la protection vaccinale n’est pas connue au-delà de 5 ans et que 30 pour cent environ des cancers du col sont liés à des types d’HPV oncogènes autres que ceux des vaccins. Si les femmes vaccinées se faisaient moins dépister, une augmentation de l’incidence et de la mortalité de ces cancers serait probable.
Le dépistage des lésions précancéreuses et cancéreuses du col utérin par frottis cervico-vaginaux reste donc nécessaire chez toutes les femmes, vaccinées ou non.

Cette unité de recherche de l’Institut Pasteur devra également surveiller l’éventuelle émergence de nouveaux génotypes ou de variants des virus présents dans les vaccins. Ces derniers couvrent les papillomavirus de type 16 et 18, les plus fréquents, et ceux de type 6 et 11 pour le vaccin Gardasil®.

Afin de surveiller la distribution des papillomavirus chez les femmes vaccinées et non vaccinées un réseau de laboratoires d’analyses virologiques sera mis en place par le CNR. Des études épidémiologiques chez des femmes non vaccinées ou immunodéprimées (infectées par le VIH ou greffées, par exemple) doivent en outre permettre d’estimer la prévalence et la nature des HPV présents au niveau de la sphère génitale.

Le CNR HPV assurera également des missions d’expertise, de surveillance, d’alerte des pouvoirs publics, de formation et d’assistance technique aux laboratoires. Il sera notamment responsable de l’évaluation des performances des différents tests de diagnostic susceptibles d’arriver sur le marché. Il jouera un rôle primordial dans le développement de nouvelles techniques de génotypage des virus pour le diagnostic et de titrages des anticorps pour le suivi des personnes vaccinées.

Grâce aux résultats des travaux du Centre national de référence des papillomavirus humains, l’Institut de veille sanitaire sera plus à même d’évaluer la politique vaccinale en matière de prévention des infections à papillomavirus. De plus, la mise en évidence de nouveaux génotypes ou de variants des virus présents dans les vaccins permettra la réalisation de vaccins de deuxième génération qui élargiront la protection des femmes vaccinées.

Source :
- Institut Pasteur

Pour en savoir plus :
- HAS
- Cahier des charges spécifiques du CNR
- Liste des CNR de référence

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