L’UNICEF contre les mutilations sexuelles féminines

Publié le 10.02.2009 | par Patricia Fener

Le 6 février dernier, Journée mondiale contre les mutilations génitales féminines, a été l’occasion pour le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) de démarrer une campagne d’information et de sensibilisation intitulée “Halte à l’excision”. Aujourd’hui 70 millions de femmes et de filles sont encore concernées par ce problème dans le monde. L’objectif est de parvenir à l’abandon de ces pratiques en une génération, avec une diminution importante dans de nombreux pays d’ici à 2015, l’année où les Objectifs du Millénaire pour le développement doivent être atteints.

Conséquences des mutilations génitales pour la femme
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit les mutilations sexuelles féminines. Il s’agit de "toutes les interventions aboutissant à une ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme ou toute autre mutilation de ces organes pratiquée pour des raisons culturelles ou autres et non à des fins thérapeutiques.
- On parle d’excision quand le clitoris a été coupé (et une partie ou la totalité des petites lèvres). Cela représente 80% des cas de mutilations sexuelles.
- On parle d’infibulation quand après avoir coupé le clitoris et les petites lèvres, les grandes lèvres sont cousues ensemble ne laissant qu’un petit orifice pour le passage des urines et du sang des règles".

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Vincent_Van_Gogh ; Sorrow

De nombreuses études ont montré que l’excision/mutilation génitale féminine a d’importantes conséquences obstétricales, sexuelles et psychologiques.

- Des complications immédiates :

  • Douleur extrême pouvant aller jusqu’au choc neurogéne ;
  • Blessures des organes de voisinage ;
  • Hémorragie parfois très abondante par section des deux artères caverneuses et de l’artère dorsale du clitoris, pouvant aller jusqu’au choc hémorragique avec collapsus, voire au décès ;
  • Infections urinaires, gynécologiques, voire septicémie, tétanos ;
  • Rétention d’urine (hématome, douleur, lésions de l’urètre) ;
  • Accolement des petites lèvres...

- Des complications à long terme :

  • Rétention chronique d’urine ou incontinence urinaire ;
  • Infections urinaires et/ou génitales récidivantes ;
  • Hématocolpos (surtout si infibulation) ;
  • Dysménorrhée, dyspareunie ;
  • Hypofertilité, stérilité...

- Des complications psychologiques :

  • Syndromes dépressifs, parfois sévères, pouvant aller jusqu’au suicide ;
  • Frigidité...

- Des complications obstétricales :
Du côté maternel :

  • Augmentation du nombre de déchirures du périnée, des hémorragies du post-partum, des fistules vésico-vaginales et recto-vaginales, du nombre d’infections du post-partum...

Du côté de l’enfant :

  • Augmentation du nombre de scores d’Apgar faibles (évaluant la santé d’un nouveau-né à la naissance), de la mortinatalité, de la mortalité néonatale précoce, des séquelles psychomotrices...

De plus cette pratique dangereuse est pourvoyeuse de transmission de l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH). En effet, l’importante vascularisation du clitoris, la nature des mutilations et les mauvaises conditions d’hygiène dans lesquelles ces actes sont souvent pratiqués favorisent la transmission du VIH.

La lutte contre les mutilations génitales

  • Les mutilations génitales féminines existent au moins dans 25 pays d’Afrique. Cette pratique connaît certes un déclin mais elle prévaut encore dans plusieurs pays, notamment en Afrique et au Moyen-Orient .

Pour lutter contre cette pratique, L’UNICEF concentre ses efforts sur l’éducation aux droits humains qui est au cœur de tous ses programmes. Sur le terrain l’association organise des campagnes de sensibilisation, des programmes de reconversion professionnelle des anciennes exciseuses, participe à l’information des décideurs (leaders religieux, chefs de famille et de clans) et de la population, contribue à la constitution de comités locaux de femmes, etc.

  • En France, la loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique a prévu, notamment, l’élaboration d’un plan visant à limiter l’impact de la violence sur la santé. Ce plan vise à faire disparaître les mutilations sexuelles à l’horizon 2010. Neuf régions sont plus particulièrement concernées compte tenu de l’accueil de populations migrantes : Ile-de-France, Haute-Normandie, Rhône-Alpes, Picardie, PACA, Nord-Pas-de-Calais, Pays-de-Loire, Champagne-Ardenne, Poitou- Charentes.

Sur le plan pénal, ces pratiques sont qualifiées de crimes et punies de 10 ans à 20 ans de prison et de 150 000 euros d’amende.

  • Au niveau mondial, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a coordonné la révision de la Déclaration OMS/FNUAP/UNICEF de 1997 sur les mutilations sexuelles féminines afin de renforcer l’engagement international en faveur de l’élimination de cette pratique.

En février 2008, 10 institutions des Nations Unies (UNESCO, OMS, UNICEF, Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, PNUD, HCR, FNUAP, Haut Commissariat aux Droits de l’Homme, Fonds de Développement des Nations Unies pour la Femme et ONUSIDA) ont signé une déclaration conjointe tenant compte des données nouvelles sur ce problème majeur et des enseignements de l’expérience au cours de la dernière décennie.
Ce texte souligne que les aspects juridiques et relatifs aux droits fondamentaux concernant cette pratique sont désormais largement reconnus. Il récapitule également les résultats des travaux de recherche récents portant sur la prévalence des mutilations sexuelles féminines, les raisons pour lesquelles la pratique se perpétue et ses effets préjudiciables pour la santé des femmes, des jeunes filles et des nouveau-nés.
Cette déclaration énonce enfin une série de mesures à prendre par les différents intervenants.

Source :
- UNICEF

Pour en savoir plus :
- OMS : Mutilations sexuelles féminines, rapport
- OMS : Déclaration interinstitutions

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