L’annonce de la séropositivité par le médecin

Publié le 06.07.2011 | par Claire Criton

Désormais, il est recommandé aux médecins de proposer un test de dépistage de l’infection à VIH de manière systématique à toute personne âgée de 15 à 70 ans. Dans ce contexte, le médecin généraliste se trouvera de plus en plus souvent en première ligne pour annoncer sa séropositivité au patient.

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Sida, annoncer un résultat positif à son patient

Les recommandations de 2009 de la Haute Autorité de Santé (HAS), reprises par le groupe d’experts en 2010

Elles préconisent de proposer un test de dépistage à l’ensemble de la population âgée de 15 à 70 ans, hors notion d’exposition à un risque de contamination ou caractéristique particulière.

Le but de cette démarche était de "rattraper" les infections VIH non diagnostiquées et de promouvoir l’idée que, pour chacun, le fait de mieux connaître son statut sérologique vis-à-vis du VIH peut avoir des bénéfices importants au niveau individuel comme à l’échelle collective.

Les services hospitaliers ont été incités également à proposer systématiquement un dépistage du VIH aux patients.

Le consentement éclairé du patient reste obligatoire, mais l’information et le conseil risquent de se voir simplifiés.

En effet, la prescription du test de dépistage ciblant toute personne âgée de 15 à 70 ans, l’information et le conseil concernant la problématique du sida seront forcément simplifiés car non ciblés.

Les médecins non hospitaliers seront de plus en plus souvent confrontés à la pratique de l’annonce d’une séropositivité VIH.

Actuellement, cinq millions de sérologies VIH sont pratiquées tous les ans en France. Dans le futur, suite aux nouvelles recommandations, ce chiffre va augmenter et conduira la majorité des médecins à devoir annoncer des résultats positifs.

Un entretien d’annonce en deux temps

Procéder en deux temps permet de laisser tomber la charge émotionnelle initiale, et de pouvoir répondre à toutes les interrogations du patient dans des conditions lui permettant de les mémoriser.

Le premier entretien sera dédié à l’annonce du résultat positif. La deuxième consultation permettra de délivrer une information plus large, concernant entre autres les possibilités thérapeutiques et la vie avec le virus.

Le médecin devra prévoir que ces consultations seront nécessairement longues.

Ne pas sous-estimer la dimension psychologique de l’annonce

Même si l’infection à VIH/sida est passée d’une maladie mortelle à une maladie chronique ayant une bonne espérance de vie, il n’existe pas à ce jour un traitement d’éradication définitive du virus.

L’infection à VIH garde une forte stigmatisation liée au virus et à sa transmission, que d’autres pathologies n’ont pas.

Les différents modes de transmission renvoient le patient aux éventuelles prises de risque, soulevant de nombreuses interrogations.

Mettre des mots sur le ressenti du malade

L’annonce de la séropositivité induit le plus souvent une sidération, une paralysie émotionnelle. Le patient peut ressentir une sensation de mort imminente, de la colère ou un déni.

Le médecin pourra aider le patient par une écoute empathique, en reformulant les sentiments exprimés sans oublier de ménager des espaces de paroles propices aux questions.

Quels points le médecin devra-t-il aborder ?

- L’interférence de cette nouvelle avec la sphère intime : vie personnelle, familiale, désir d’enfant, sexualité, dépistage des partenaires ;
- les répercussions éventuelles sur la situation professionnelle ;
- les informations purement médicales : mode de transmission du virus, son impact sur le système immunitaire justifiant un dosage des lymphocytes CD4 rapidement, traitement...

Les perspectives de vie devront être présentées positivement.

Le médecin devra insister sur :

  • l’efficacité actuelle des multithérapies,
  • la simplicité de la prise des médicaments (un comprimé par jour),
  • la qualité de vie le plus souvent bonne malgré le traitement,
  • l’espérance de vie identique à celle de la population générale dans la majorité des cas,
  • la possibilité d’avoir des enfants,
  • la recherche que ne cesse de progresser.

La prise en charge médicale

Le médecin devra pratiquer un examen clinique afin de préciser s’il y a des éléments en faveur d’un stade avancé.

Une nouvelle analyse biologique avec confirmation sérologique et numération des CD4 devra être prescrite.

Un nouveau rendez-vous à très court terme devra être programmé pour l’analyse des résultats.

Le thérapeute proposera également une prise en charge psychologique ainsi que des adresses d’associations de malades.

Au terme de cette première consultation, le patient prendra subitement conscience qu’il va devoir vivre avec "un secret", qu’il ne pourra pas partager facilement, et dont son médecin de famille deviendra le principal détenteur.

L’annonce d’un résultat positif crée entre la personne et le médecin un lien original et mémorable. La qualité de l’annonce par le médecin influence considérablement la foi du patient dans le corps soignant, ainsi que la qualité du suivi ultérieur et de l’observance du patient. Une indispensable relation de confiance médecin - patient doit se créer.

La deuxième consultation : confirmation du diagnostic et orientation du patient

Le médecin devra :

- évaluer l’état psychologique du patient depuis la première consultation d’annonce et l’accompagner en le faisant parler des heures qui ont suivi l’annonce et en l’interrogeant sur son ressenti.

- analyser les résultats du deuxième prélèvement qui permet essentiellement de confirmer l’absence d’erreur d’identité avec le premier. Le test de confirmation est fait à partir du sérum conservé au premier prélèvement ;

- évoquer les indications de traitement en fonction de la numération des lymphocytes CD4, et de l’existence ou non de pathologies liées au VIH ;

- parler des effets secondaires éventuels des traitements, tout en précisant qu’ils sont de moins en moins fréquents ;

- aborder le problème des infections opportunistes (hépatites virales, HPV, infections sexuellement transmissibles) et des autres comorbidités (cardiovasculaires, osseuses, carcinologiques, neurologiques) fréquemment associées à l’infection à VIH, et en rechercher l’éventuelle existence ;

- mettre à jour les vaccins obligatoires, pratiquer la vaccination antigrippale annuelle, antipneumococcique (Pneumo 23) et antihépatite B si nécessaire ;

- orienter le patient vers un service spécialisé qui réalisera un bilan complet, éventuellement préthérapeutique, et permettra aussi un accès simplifié à un psychologue et à une assistante sociale.

Le praticien pourra rappeler au patient séropositif la législation du travail.

La législation du travail protège l’employé de toute discrimination liée à la santé. Le médecin du travail de l’entreprise est tenu au secret médical qui est absolu. Il faut conseiller au patient de le mettre au courant, ce qui peut être utile en cas d’absences, de nécessité de changement de poste ou d’impossibilité de voyager. Mais rien n’oblige le travailleur à le faire.

Il faudra expliquer au patient qu’il n’existe pas de profession interdite lorsqu’on est séropositif en bonne santé.

Rappelons aussi que les emprunts bancaires sont accessibles aux séropositifs, même si l’assurance qui y est rattachée doit être majorée au titre du surrisque.

Le médecin traitant du patient devra penser à envoyer un protocole de soins à l’organisme de Sécurité sociale, pour une prise en charge à 100% (Affection de Longue Durée numéro 7).

C’est l’hôpital qui se charge en général de la déclaration obligatoire (et anonyme) auprès de la DDASS.

Donner une information complète et adaptée ne dispense pas d’apporter une aide psychologique et éventuellement sociale précocement. Cela est important non seulement pour le bien-être immédiat du malade, mais aussi peut-être pour ses chances de survie globale dans le contexte de maladie grave.


Source

- Blanc Arnaud ; “ Annoncer la séropositivité : en deux temps ” ; Concours médical, 2011, vol. 133, no3, pp. 200-202

- INPES, Ministère chargé de la santé ; “ Dépistage du VIH et des IST à destination des professionnels de santé ” ; mai 2011

- L. Misery, M. Chastaing ; “ Information du patient et annonce du diagnostic de maladie grave ” ; La Revue de Médecine Interne, Volume 26, Numéro 12, Décembre 2005, Pages 960-965

- I Monchotte ; “ L’annonce et la prise en charge d’un test positif lors d’un dépistage VIH SIDA par un généraliste ” ; BM, octobre 2003

- Durrieu-Diebolt ; “ Quels sont les textes sur l’obligation d’information du médecin ? ” ; caducee.net

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