L’infection à VIH/sida chez la femme en France : le point avec le rapport de la DREES

Publié le 29.06.2009 | par Patricia Fener

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) vient de publier un rapport intitulé « La santé des femmes en France », qui fait une synthèse des spécificités féminines en matière de santé dans notre pays. Destiné à être réactualisé tous les 5 ans, ce travail pointe les inégalités dont sont victimes les femmes sur le plan de la santé, par rapport aux hommes. Des fiches thématiques conjuguant les approches par pathologie et par population font le point sur les grands problèmes de santé, avec notamment les particularités de l’évolution de l’infection à VIH/sida chez la femme.

En France, comme dans le reste du monde, la situation épidémiologique montre une augmentation des cas de sida dans la population hétérosexuelle, avec un pourcentage 3 à 8 fois plus important chez les femmes que chez les hommes. La plus grande vulnérabilité des femmes vis-à-vis du VIH est due à des facteurs physiologiques et biologiques mais également à des pressions sociales, culturelles et économiques qui ne leur permettent pas d’assurer leur prévention. Pour toutes ces raisons, on a assisté progressivement à une féminisation de l’épidémie de VIH/sida, révélant les limites de l’émancipation des femmes au niveau de leur sexualité.

Ce rapport de la DREES met en évidence plusieurs faits concernant l’infection à VIH/sida chez la femme en France :

- La proportion de femmes atteintes de sida a presque doublé en 20 ans.
L’observation sur les 20 dernières années montre une augmentation progressive de la proportion de femmes diagnostiquées chaque année et un doublement entre 1987 et 2006 (de 14% à 31%).

Après qu’on ait atteint en 1994 un pic du nombre annuel de cas de sida chez les femmes avec près de 1200 diagnostics, une diminution très importante a été observée en 1996 (environ 800 diagnostics) puis en 1997 (environ 500), du fait de l’introduction des traitements antirétroviraux hautement actifs (HAART). Depuis cette date, le nombre de cas féminins de sida n’a malheureusement que très faiblement diminué, alors qu’il a été divisé par deux chez les hommes.

En 2006, l’incidence du sida chez les femmes est de 1,2 pour 100 000 et de 2,9 chez les hommes.

Derrière cette diminution observée sur les dix dernières années se cache une augmentation du nombre de cas de sida chez les femmes de nationalité étrangère entre 1998 et 2002. En effet, depuis 2001, plus d’un cas sur deux de sida féminin est diagnostiqué chez une femme de nationalité étrangère et les trois quarts d’entre elles sont originaires d’un pays d’Afrique subsaharienne. En 2006, l’incidence du sida est de 85 pour 100000 chez les femmes africaines (contre 0,5 chez les femmes françaises).

- La découverte de séropositivité VIH concerne plus fortement des femmes de nationalité étrangère.
En 2006, les femmes représentent 36% des découvertes de séropositivité au VIH. Parmi ces femmes, la moitié sont de nationalité africaine avec une forte proportion originaire du Cameroun et de Côte d’Ivoire.

L’incidence des découvertes de séropositivité est de 6,9 pour 100 000 femmes en 2006.

La plupart des femmes ont été contaminées lors de rapports hétérosexuels, une proportion minime a été infectée suite à un partage de seringues (3% des femmes françaises).

- La grossesse représente une opportunité de diagnostic relativement précoce chez les femmes africaines.
Les femmes sont plus jeunes que les hommes au moment de la découverte de leur séropositivité au VIH (respectivement 35 ans et 39,5 ans).

La grossesse représente une opportunité de diagnostic de l’infection à VIH pour les femmes africaines ; 22% d’entre elles ont découvert leur séropositivité à cette occasion.

- L’accès au dépistage pour les populations les plus vulnérables s’améliore.
En 2006, parmi les femmes ayant découvert leur séropositivité au VIH :

  • 12% étaient à un stade clinique de sida, contre 15% chez les hommes, avec un pourcentage un peu plus élevé chez les femmes françaises (16%) que chez les femmes d’Afrique subsaharienne (12%) .
  • 14% étaient des infections récentes, datant de moins de six mois, avec une moindre proportion chez les femmes d’Afrique subsaharienne (9%) par rapport aux femmes françaises (25%), ce qui s’explique pour les personnes migrantes par le délai entre contamination et arrivée en France qui retarde le dépistage.

Le nombre de femmes ayant découvert leur séropositivité au VIH est resté stable entre 2003 et 2006 chez les françaises , alors qu’il a diminué chez les femmes africaines (de 16% à 12%), ce qui laisse penser que l’accès au dépistage s’est amélioré dans cette population.

- La prévalence des co-infections VIH et hépatites chroniques chez les femmes est proche de celle observée chez les hommes.
L’étude de surveillance de l’infection à VIH-sida en France de 2003-2004 dans les services de court séjour a permis d’estimer la prévalence de l’hépatite C chronique (ARN VHC positif) à 17,6% (IC 95 % = 14,1-26,6) chez les femmes séropositives pour le VIH.

La prévalence de l’hépatite B chronique (Ag HBs positif) a été estimée à 4% (IC 95 % = 2,7-5,8).

Ces valeurs sont proches de celles retrouvées chez les hommes.

Ce rapport destiné initialement aux professionnels de la santé fera l’objet d’une synthèse pour le grand public et sera prochainement accessible sur internet. Il ressort de cette synthèse que la part des femmes parmi les cas de sida a progressivement augmenté depuis le début de l’épidémie mais que l’incidence du sida chez les femmes reste inférieure à celle observée chez les hommes. Les femmes d’Afrique subsaharienne sont particulièrement touchées avec un dépistage souvent réalisé à un stade tardif de sida, malgré les opportunités que représentent les grossesses. Depuis 2002 on assiste, en France comme dans les autres pays d’Europe de l’Ouest, à une stabilisation de la féminisation de l’épidémie de VIH/sida.

Source :
- Rapport "La santé des femmes en France"

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