La carence en thiamine (vitamine B1), fréquente mais souvent méconnue dans l’infection à VIH/sida

Publié le 10.11.2010 | par Claire Criton

Le déficit en thiamine est fréquemment rapporté au cours de l’infection à VIH/sida. Il peut se manifester par une encéphalopathie de Gayet-Wernicke, complication curable, mais souvent méconnue du VIH.

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Vitamine B1 et VIH

La carence en vitamine B1, fréquente mais souvent méconnue chez les patients séropositifs

La carence en thiamine peut se retrouver, dans les pays industrialisés, dans divers contextes de malnutrition comme l’hyperémèse gravidique, l’anorexie ou la nutrition parentérale, la dialyse rénale, le cancer, les grands consommateurs d’alcool et le sida.

Une étude de 1991 avait retrouvé un déficit en thiamine chez 9 patients séropositifs sans antécédent éthylique sur 39.

La vitamine B1, une vitamine indispensable au système nerveux

La thiamine est une vitamine hydrosoluble métabolisée en thiamine diphosphate. Elle est impliquée dans le fonctionnement des neurones.

Étant hydrosoluble, elle ne s’accumule pas dans notre corps, il est donc indispensable d’en consommer quotidiennement. Les aliments les plus riches en vitamine B1 sont les levures, les céréales et les légumineuses.

On la trouve dans les aliments d’origine animale et végétale :
- origine animale : la Vitamine B1 est présente surtout dans la viande de porc, dans les foies d’animaux, dans le lait et ses dérivés et dans le jaune d’œuf.
- origine végétale : la Vitamine B1 est surtout présente dans les levures et dans le germe de nombreuses céréales.

L’encéphalopathie de Gayet-Wernicke, une présentation inhabituelle de la carence en thiamine

L’encéphalopathie de Gayet-Wernicke (EGW), secondaire à une carence en vitamine B1 (thiamine), est une pathologie de diagnostic parfois difficile et dont l’évolution en l’absence de traitement conduit à des séquelles cognitives sévères.

Ce syndrome neuro-psychiatrique aigu associe :

- des troubles oculomoteurs (nystagmus, opthalmoplégie) ;
- une ataxie cérébelleuse ;
- une confusion.

Peuvent être présents une stupeur, une hypotension et une tachycardie, une hypothermie, des troubles oculaires bilatéraux et un papilloedème, des convulsions, une surdité, des hallucinations et des troubles du comportement.

Parmi les signes tardifs sont observés une hyperthermie, une hypertonie musculaire et une parésie spastique, une dyskinésie choréique et un coma.

Le trouble apparaît surtout chez les adultes avec un passé d’alcoolisme ou chez les patients atteints du sida.

Des facteurs génétiques de susceptibilité pourraient jouer un rôle dans la pathogie de cette condition.

Une dysautonomie sévère associée aux manifestations classiques de l’EGW

Le cas d’une femme de 42 ans, séropositive pour le VIH, ayant développé après quatre jours de vomissements intenses une dysautonomie sévère [1] et des signes d’encéphalopathie de Gayet-Wernicke vient d’être publié.

La dysautonomie est observée dans les phases précoces du béribéri. Cette observation met donc en évidence la cause commune de ces deux pathologies : la carence en thiamine.

Une régression rapide sous vitaminothérapie

L’administration parentérale précoce de thiamine permet une récupération complète en quelques jours et confirme ainsi le diagnostic.

En cas d’absence, de retard ou d’insuffisance de traitement, l’EGW est potentiellement mortelle ou grevée de séquelles importantes comme le syndrome de Korsakoff [2]. Contrairement à l’encéphalopathie de Wernicke, le syndrome de Korsakoff ne répond pas à une thérapie à la vitamine B1.

Il est important d’évoquer ce diagnostic précocement chez les patients infectés par le VIH. En effet, des études de prévalence basées sur des autopsies montrent que l’EGW est une maladie qui n’est souvent décelée qu’après le décès.


Dans la presse scientifique

- “ Dysautonomie sévère révélatrice d’une encéphalopathie de Gayet-Wernicke ” ; E. Cognat, E. Hainque, V. Mesnage, R. Levy ; Revue Neurologique, édition avancée en ligne du 12 Octobre 2010

-  Encéphalopathie de Gayet-Wernicke. Étude de 13 observations dans une population de patients réfugiés hospitalisés pour affections neurologiques au CHU de Conakry.”  ; A.F. Cissé, N. Camara, L.L. Diallo, Y. Morel, S. Koné, M.I. Camara, M.L. Koumbassa, D. Tafsir, D. Soumah, B.S. Djigué, O.B. Camara, M. Barry, S.A. Bangoura, S. Kourouma, L. Da Silva, A. Cissé ; Bull Soc Pathol Exot, 2008, 101, 5, 402-403 ; Courte note n° 3191. “Clinique”. Reçue le 16 novembre 2007. Acceptée le 17 juin 2008.

- "Prévalence, prophylaxie et traitement de l’encéphalopathie de Gayet-Wernicke. Quelle dose et quel mode d’administration de la thiamine ?" ; S. Meier J.-B. Daeppen ; Revue Médicale Suisse N° 26 publiée le 29/06/2005

- "Encéphalopathie de Gayet-Wernicke au cours de l’infection par le VIH" ; David Saadoun, Nathalie Memain, Odile Launay, Fetta Slimi, Michel Robineau, olivier Lortholary ; Ann Med Int 2002 ; 153 (1) 68-69



[1] La dystonie neurovégétative ou dystonie vagosympathique ou dysautonomie (issu du grec dus : difficulté, et tonos : ressort) correspond à un dérèglement global du système neurovégétatif (ou système nerveux autonome ou SNA).

[2] Syndrome clinique associant une amnésie, des fabulations, des fausses reconnaissances, une anosognosie

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