La chimioprévention en pré-exposition est-elle envisageable ?

Publié le 05.01.2011 | par Claire Criton

Un essai de chimioprévention pré-exposition par l’association Emtricitabine-ténofovir disoproxil fumarate a démontré une certaine efficacité en diminuant le risque de 44 % dans une population à haut risque de contamination. Malgré cette efficacité théorique, la mise en place de ce type de prévention se heurte encore à de nombreux écueils, comme la tolérance et l’émergence de résistance au FTC.

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Emtricitabine-ténofovir en chimioprophylaxie du sida

Aller plus loin dans la prévention chez des sujets à très haut risque

Pour les sujets à très haut risque d’infection à VIH (homosexuels, transsexuels), la chimioprévention systématique pré-exposition pourrait être une option plus sûre que le traitement postexposition . En effet, la prophylaxie postexposition nécessite la connaissance d’une prise de risque et la prise dans les 72 heures du traitement.

Un essai international incluant des sujets à très haut risque de contamination sexuelle

De juillet 2007 à décembre 2010, 2 499 adultes vivant en Amérique du Sud, en Afrique du Sud, en Thaïlande et aux États-Unis ont été inclus dans cet essai international randomisé en double aveugle. Les critères de sélection étaient :
- être déclarés comme un garçon à la naissance ;
- avoir un comportement sexuel a très haut risque (relations non protégées avec des partenaires masculins multiples) ;
- être séronégatif pour le VIH.

Emtricitabine en association avec du ténofovir disoproxil fumarate (FTC-TDF)

L’étude iPrEx (Preexposure Prophylaxis Initiative) a évalué la faisabilité et l’efficacité d’une chimioprévention en pré-exposition par l’association Emtricitabine-ténofovir disoproxil fumarate (FTC-TDF, TRUVADA®) en un seul comprimé quotidien.

Une diminution du risque de contamination de 44 %

Le taux de séroconversion pour le VIH sur une période moyenne de 1,2 an a été le critère pour juger de l’efficacité de cette chimioprévention.

Dans le groupe FTC-TDF, 36 infections ont été constatées contre 64 dans le groupe placebo.

Les auteurs ont contrôlé l’observance au traitement en mesurant chez certains sujets les taux plasmatiques des deux médicaments. Chez les sujets ayant une bonne observance au traitement, la réduction non ajustée du risque de contamination atteignait non plus 44 % mais 92 %. L’association FTC-TDF semble donc très efficace en chimioprophylaxie du VIH.

Des écueils pour une large diffusion de traitement prophylactique

- la tolérance de cette association : 26 cas d’élévation de la créatinine plasmatique ont été constatés dans le groupe traitement actif contre 15 dans le groupe placebo. L’arrêt du traitement a chaque fois permis le retour à des taux normaux. Mais, ce risque d’atteinte rénale a probablement été minoré dans cette étude en raison de la mauvaise observance globale du traitement ;

- l’émergence de résistance du VIH au FTC : deux sujets du groupe FTC-TDF étaient infectés par le VIH à l’inclusion (mais en phase pré sérologique lors d’une primo-infection) et ont développé une résistance au FTC. Ce phénomène pourrait contribuer à la diffusion de ce type de résistance dans une population à très haut risque ;

- la recrudescence des comportements sexuels à risque, les patients s’estimant, à tort, être ainsi à l’abri de toute contamination.

- le coût de ce protocole non adapté à des pays aux ressources limitées.


Dans la presse scientifique

- Grant RM, Lama JR, Anderson PL, et al ; “ Preexposure chemoprophylaxis for HIV prevention in men who have sex with men ”. N Engl J Med., 2010 ; 363 : 2587-2599.

- Michael NL ; “ Oral preexposure prophylaxis for HIV. Another arrow in the quiver ”. N Engl J Med., 2010 ; 363 : 2663-65.


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