La pneumocystose pulmonaire, pathologie inaugurale du sida la plus fréquente

Publié le 28.03.2012 | par Claire Criton

Chaque année en France, le sida, stade avancé de l’infection à VIH, est encore diagnostiqué chez environ 1 500 personnes. Depuis 2010, la pneumocystose pulmonaire est devenue la pathologie inaugurale la plus fréquente des personnes adultes ayant atteint le stade sida. À l’inverse, d’autres pathologies classiquement inaugurales de sida, comme la tuberculose, ont diminué depuis 2003.

Encore trop de personnes découvrent leur séropositivité au moment du diagnostic de sida.

- En 2010 en France, 6 personnes sur 10 apprennent leur séropositivité tardivement, alors qu’elles sont déjà au stade sida de la maladie.

- Ceci explique la stabilisation du nombre de cas de sida autour de 1 500 cas annuels depuis 2007, ces malades n’ayant pas pu bénéficier d’une prise en charge adaptée.

- Les sujets n’ayant pas bénéficié d’un traitement ont un délai médian entre la découverte de leur séropositivité et l’entrée dans le sida 2 fois plus court que ceux qui en ont bénéficié.

- Pour mémoire, au 31 décembre 2010, 84 500 personnes avaient développé un sida depuis le début de l’épidémie en France. Parmi celles-ci, 37 300 personnes étaient vivantes fin 2010.

Une étude à partir des données de la déclaration obligatoire (DO) du sida

Les médecins doivent déclarer sous un code d’anonymat toute personne dont l’infection VIH atteint le stade de sida, stade caractérisé par la survenue d’une pathologie opportuniste entrant dans la définition de cas.

La déclaration obligatoire permet de chiffrer et de caractériser les personnes ayant atteint le stade le plus avancé de l’infection à VIH, en raison soit d’un échec thérapeutique, soit d’un non-accès à un dépistage et/ou à un traitement antirétroviral.

À partir de ces données, l’Institut de veille sanitaire (InVS) a caractérisé, chez les adultes de 15 ans et plus, les pathologies inaugurales de sida les plus fréquentes entre 2003 et 2010.

La pneumocystose pulmonaire et la tuberculose sont les 2 pathologies inaugurales de sida les plus fréquentes.

Cependant, leurs évolutions sont inverses :

- la pneumocystose pulmonaire à Pneumocystis carinii est la pathologie inaugurale la plus fréquente en 2010 avec un nombre de cas (377 cas) supérieur à celui de 2003. La période 2003-2007 avait vu une diminution des cas, cependant suivie d’une forte hausse les 3 années suivantes.
- La tuberculose, qui était la pathologie inaugurale la plus fréquente en 2003 (450 cas), a présenté une diminution très marquée sur les deux périodes 2003-2005 et 2008‑2009. Le nombre de cas est désormais inférieur au nombre de pneumocystose pulmonaire.

L’entrée dans le sida par plusieurs pathologies simultanées constitue le troisième mode de survenue de la maladie entre 2003 et 2010.

En 2010, 177 personnes avaient présenté plusieurs pathologies inaugurales simultanées de sida.

Le plus souvent (83 % des cas), il s’agit de deux pathologies associées.

Par ordre de fréquence, on trouve :
- la pneumocystose pulmonaire et la candidose oesophagienne (17 % de l’ensemble des pathologies multiples) ;
- la pneumocystose pulmonaire et la maladie de Kaposi (5 % des pathologies multiples) ;
- la pneumocystose pulmonaire et l’infection à cytomégalovirus (5 % des pathologies multiples) ;
- la tuberculose et la candidose oesophagienne (5% des pathologies multiples) ;
- la toxoplasmose cérébrale et la pneumocystose pulmonaire (4 %) ;
- la toxoplasmose cérébrale et la candidose oesophagienne (3 %).

En 2012, les autres pathologies inaugurales de sida sont la toxoplasmose cérébrale, la candidose oesophagienne, la maladie de Kaposi et les lymphomes non-hodgkiniens (ordre de fréquence décroissante).

- toxoplasmose cérébrale : 156 cas en 2010 ;
- candidose oesophagienne : 98 cas en 2010 ;
- maladie de Kaposi :95 cas en 2010 ;
- lymphomes non-hodgkiniens : 73 cas en 2010.

Viennent ensuite par ordre de fréquence, l’encéphalopathie à VIH, la leucoencéphalite multifocale progressive, la cryptococcose, le syndrome cachectique, l’infection à CMV, l’infection à mycobactérie atypique, l’histoplasmose, la cryptosporidiose, les pneumopathies bactériennes récurrentes, l’isosporidiose, le cancer invasif du col et l’infection à herpès, les septicémies récidivantes à Salmonella non typhi et la coccidioïdomycose.

En fonction de la pathologie inaugurale, les caractéristiques des cas de sida changent.

- Sexe ratio

  • Toutes pathologies inaugurales confondues, le sexe ratio des 14 124 personnes ayant développé un sida entre 2003 et 2010 est de 2,2 hommes pour une femme.
  • Lorsque le mode d’entrée est une tuberculose, le sexe ratio est de 1,4 homme pour une femme.
  • Quand la pathologie inaugurale est une maladie de Kaposi, le sexe ratio est de 7,1 hommes pour une femme.
  • le sexe ratio est de 4,5 hommes pour une femme pour les lymphomes non-hodgkiniens.

- Âge moyen au diagnostic

Pour les lymphomes non-hodgkiniens, l’âge moyen au diagnostic est de 46 ans.

Pour les autres pathologies, l’âge moyen au diagnostic est plus faible chez les personnes diagnostiquées avec une tuberculose (39 ans) que chez celles diagnostiquées avec d’autres pathologies inaugurales (autour de 42-43 ans).

- Pays de naissance

  • 54 % des personnes diagnostiquées avec un sida entre 2003 et 2010 sont nées en France ;
  • lorsque le mode d’entrée dans le sida est un lymphome non-hodgkinien, 73 % des personnes sont nées en France ;
  • seulement 20 % des personnes dont le mode d’entrée dans la maladie est une tuberculose sont nées en France ;
  • pour la tuberculose, les personnes nées en Afrique subsaharienne représentent 58 % des cas.

- Modes de contamination

Les adultes ayant développé un sida entre 2003 et 2010 ont été contaminés par rapports hétérosexuels pour 60% d’entre eux, par des rapports entre hommes pour 28% et par usage de drogues injectables (UDI) pour 11 %.

  • lorsque la pathologie inaugurale est la tuberculose, le mode de contamination est le rapport hétérosexuel dans 78% des cas (hommes ayant des rapports avec les hommes dans 11% des cas seulement) ;
  • les chiffres s’inversent pour la maladie de Kaposi où 65% des personnes ont été contaminés par rapports entre hommes et 33% par rapports hétérosexuels).
  • La plus forte proportion de personnes contaminées par utilisation de drogues intraveineuses (18%) est observée parmi les personnes dont la pathologie inaugurale est une candidose oesophagienne.

La proportion de personnes non dépistées avant le diagnostic de sida est de 49 %.

Dans cette population non dépistée, on retrouve une majorité de patients ayant présenté des pathologies multiples (64 %) , une pneumocystose pulmonaire (61 %) ou une tuberculose (57 %).

Le fait de bénéficier d’un traitement antirétroviral modifie le mode d’entrée dans le sida.

Les pathologies multiples, la pneumocystose pulmonaire et la toxoplasmose cérébrale sont moins fréquentes chez les patients sous traitement.

Cette étude signe l’efficacité des traitements antirétroviraux.

En effet :

  • depuis 2003, le nombre de cas de sida chez les personnes dépistées est en forte diminution ;
  • le délai entre la découverte de la séropositivité et l’entrée en stade sida est deux fois plus long chez les personnes traitées.

En conclusion, le dépistage précoce est un facteur primordial pour tenter de faire diminuer le nombre de cas de sida.


Source

1. Lot F, Pillonel J, Pinget R, et al. Les pathologies inaugurales de sida, France, 2003-2010. BEH. 2011 ;(43-44).

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