La recherche sur le sida en France manque de moyens

Publié le 23.02.2010 | par Claire Criton

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L’Agence nationale française de recherches sur le sida (ANRS) a déclaré que si elle n’obtenait pas plus de fonds de l’État, ses moyens de lutte contre le sida risquaient de diminuer. Le directeur de l’agence, Jean-François Delfraissy, a fait cette déclaration lors de la 17e conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes à San Francisco.

La 17e Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes (Croi), qui s’est tenue la semaine dernière à San Francisco a tourné particulièrement autour de la prévention.

Il y a encore chaque année en France 7000 nouvelles infections, et 2,5 millions dans le monde.

Les antirétroviraux, normalement donnés comme traitement, pourraient avoir une utilisation beaucoup plus large et servir d’outils de prévention. L’ANRS a engagé plusieurs essais et études sur le thème de la prévention :

- des essais "prime-boost"

L’ANRS développe depuis plusieurs années des candidats vaccins dont l’objectif est de stimuler une réponse immunitaire protectrice contre le VIH. L’ANRS associe ces candidats vaccins dans une stratégie de Prime-boost qui combine une première injection avec un candidat-vaccin et une deuxième avec un autre. Les combinaisons « prime boost » consistent à immuniser avec un antigène lors d’une première injection, le plus souvent un vaccin ADN, et de pratiquer ensuite une injection de rappel (« boost ») avec un autre antigène, le plus souvent protéique. Il semblerait que cette stratégie de « prime boost » soit très efficace pour stimuler la réponse immunitaire.

- une étude sur la très forte réduction des nouvelles contaminations chez des couples séro-différents où la personne séropositive est sous traitement de trithérapie

D’après cette étude menée en Afrique, la prise du traitement anti-VIH réduirait de 90% le risque de transmission du VIH.

3381 couples hétérosexuels sérodiscordants [1] ont participé à l’étude.

349 personnes ont commencé le traitement anti-VIH pendant cette étude.

Il y a eu 151 transmissions du VIH, mais une seule de ces transmissions a impliqué quelqu’un sous traitement anti-VIH.

Les chercheurs ont par conséquent calculé que l’utilisation du traitement anti-VIH réduit de 90% le risque de transmission. Ils ont noté que ces résultats étaient meilleurs que la réduction de 85% associée à l’utilisation des préservatifs.

-  une étude sur un nouveau schéma vaccinal beaucoup plus efficace contre l’hépatite B, avec doubles injections, pour les personnes vivant avec le VIH

Il s’agit de l’essai ANRS HB03 VIHVAC-B qui a démarré fin juin 2007 et a été mené en France dans 33 centres cliniques du réseau de l’ANRS.

En cas d’infection par le VHB, les personnes séropositives développent souvent une forme chronique de la maladie hépatique, qui évolue plus vite vers une cirrhose ou un cancer du foie. De ce fait, la mortalité est plus élevée chez les personnes co-infectées par les deux virus que chez celles atteintes par le seul VIH.

La vaccination contre le VHB est fortement recommandée aux personnes vivant avec le VIH. Toutefois, elle ne déclenche une réponse immunitaire que chez 17,5 à 56% des adultes atteints par le VIH, contre 95% dans la population adulte générale. Le déficit immunitaire induit par le virus du sida rendrait la vaccination moins efficace.

Les chercheurs ont comparé l’efficacité et la tolérance générées par deux schémas vaccinaux alternatifs au schéma standard, sur des adultes représentatifs de la population séropositive vivant dans les pays développés.

Les résultats permettent d’ores et déjà de suggérer qu’un schéma en quatre injections intramusculaires doubles doses soit discuté par les experts comme nouveau standard de vaccination contre l’hépatite B chez les personnes infectées par le VIH.

Conclusion

Le Pr Delfraissy a noté que les essais de phase 3 coûtaient "plusieurs millions d’euros" et que l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales n’aurait "pas assez d’argent".

Il a rappelé que le budget de l’ANRS tournait actuellement autour de 45 millions d’euros. Il faudrait en 2011 "15 à 20 millions de plus", a-t-il estimé.

Il espère que l’ANRS puisse bénéficier des retombées du grand emprunt. Le sida figure, avec le cancer, les maladies génétiques et Alzheimer parmi les priorités de la recherche en santé publique actuellement.

Sources en ligne

- AFP, ‎22 févr. 2010‎

Dans la presse scientifique

- “ A Randomized Controlled Trial Comparing the Efficacy and Safety of Four Intramuscular Double Doses or Four Intradermal Low Doses with Three Intramuscular Standard Doses of Hepatitis B vaccine in HIVinfected adults : Results of the ANRS HB03 VIHVAC-B Trial ” ; Odile Launay, Diane van der Vliet, Arielle Rosenberg, Marie-Louise Michel, Olivier Lortholary, Nathalie Colin de Verdière, Laurence Slama, Lionel Piroth, David Rey, Fabrice Carrat, and ANRS HB03 Trial Group ; 17ème conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI 2010)

- “ ART and Risk of Heterosexual HIV-1 Transmission in HIV-1 Serodiscordant African Couples : A Multinational Prospective Study ” ; Deborah Donnell, J Kiarie, K Thomas, J Baeten, J Lingappa, C Cohen, and C Celum ; 17ème conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI 2010) ; lien

Pour en savoir plus

- L’anRs fait le point sur son programme de recherche vaccinale sur le VIH/sida


[1] Un des partenaires était séropositif et l’autre séronégatif.

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