La rupture de confiance envers le médecin dans l’infection à VIH

Publié le 25.11.2009 | par Claire Criton

La relation médecin-patient apparaît comme un facteur particulièrement important dans la prise en charge d’une pathologie chronique comme le VIH. La mise à disposition par les associations de nombreuses connaissances médicales, Internet et l’évolution des traitements ont dynamisé et modifié cette relation. Cependant les thérapeutiques actuelles ne sont pas curatives et nécessitent l’adhésion du patient à une surveillance et à un suivi complexe. Dans ce contexte, l’élaboration d’une relation de confiance entre le malade et son thérapeute est cruciale.

L’étude

L’objectif de cette étude consiste à déterminer les facteurs psychosociaux associés à une rupture de confiance dans la relation médecin-patient chez des personnes infectées par le VIH durant cinq années de suivi (cohorte APROCO (AntiPRotéase Cohorte)).

La cohorte APROCO est une cohorte d’observation prospective, multicentrique, nationale.

Les objectifs initiaux consistaient à étudier l’évolution clinique et biologique, ainsi que les comportements d’observance des patients infectés par le VIH débutant un traitement par inhibiteurs de protéase.

Dès l’inclusion dans la cohorte, un recueil par auto-questionnaire de données socio-démographiques, socio-économiques, socio-comportementales et psychosociales était réalisé. Les données psychosociales concernaient la confiance envers le médecin à l’inclusion dans la cohorte, après quatre mois, puis tous les huit mois durant cinq ans. Le questionnaire comprenait également des questions sur les effets indésirables des traitements perçus par le patient, sur leurs divers types de consommation (alcool, tabac) ainsi qu’une échelle de dépression.

Sur les 1026 patients ayant complété l’auto-questionnaire, 943 (96.4%) rapportaient une relation de confiance avec leur médecin à l’inclusion dans l’essai. Ils constituaient le groupe d’étude pour l’analyse statistique. L’âge médian était de 36 ans. Les femmes représentaient 21% de l’échantillon.

Les résultats

Les ruptures de confiance

  • 7% des patients rapportaient une rupture de confiance envers leur médecin au moins une fois durant les cinq ans de suivi. La moitié d’entre eux rapportaient un regain de confiance après la rupture. 35% mentionnaient ne jamais reprendre confiance et 10% déclaraient plusieurs ruptures durant le suivi.
  • 29.4% rapportaient une rupture de confiance dans les quatre premiers mois de suivi, ensuite la proportion de rupture de confiance diminuait.

Caractéristiques des patients rapportant une ou plusieurs ruptures de confiance

Rapportent plus fréquemment une ou plusieurs ruptures de confiance :

- les patients contaminés par usage de drogue ou par relations homosexuelles ;
- les patients les plus jeunes ;
- les patients n’ayant pas de partenaires principal ;
- les patients ayant un niveau d’étude inférieur au baccalauréat ;
- les patients consommant de façon régulière du tabac ;
- les patients contaminés depuis de nombreuses années ;
- les patients ayant très peu changé de traitement ;
- les patients présentant des résultats immunologiques et virologiques dégradés ;
- les patients rapportant un nombre importants d’effets indésirables à court terme ;
- les patients accordant peu d’importance à la relation avec leur médecin ;
- les patients insatisfaits des informations délivrées par l’équipe médicale ;
- les patients percevant les antiviraux comme peu efficaces ;
- les patients avec un score élevé de symptomatologie dépressive.

A l’inverse, les patients ayant présenté un score élevé d’effets indésirables à long terme, ainsi que ceux pour lesquels a été identifié un nombre cumulé d’évènements indésirables graves rapportent le moins fréquemment une ou plusieurs rupture de confiance.

Les limites de l’étude

Du fait de leur engagement dans un protocole de recherche, les patients de l’étude représentent une population particulière plus impliquée et acceptant par avance de se soumettre à un suivi plus contraignant. Il est légitime de penser que les taux importants rapportés de confiance envers le médecin seraient moins importants dans l’ensemble de la population infectée par le VIH et notamment en médecine de ville.

Conclusion

La relation médecin-patient apparaît comme une dimension fondamentale de la qualité de vie des patients. La prise en compte du vécu de la personne et la pérennisation de la confiance établie sont cruciales. Les caractéristiques psychosociales peuvent éclairer l’ambiguïté et la complexité de la relation avec le médecin.

La proportion de patients rapportant une relation de confiance au début de l’étude est assez élevée, chiffre à modérer cependant par le profil particulier des personnes acceptant l’inclusion dans une cohorte.

Les relations médecin-patient dans le contexte de l’infection à VIH ont beaucoup évolué du fait des avancées thérapeutiques, du rôle des associations ou encore des évolutions technologiques permettant un accès facilité à l’information médicale. Basées sur un modèle paternaliste, elles évoluent doucement vers un modèle de décision partagée.

Cette étude souligne la nécessité pour le thérapeute d’adapter ses attitudes à l’évolution de la prise en charge de l’infection à VIH et à leurs conséquences sur le vécu de la personne. La subjectivité de son patient devra être un critère important dans la construction de sa relation avec lui. En effet certains aspects perçus comme non essentiels par le médecin peuvent être primordiaux pour le patient.

Dans la presse scientifique :

" La rupture de confiance envers le médecin auprès de patients infectés par le VIH : quels déterminants psychosociaux ? "  ; PREAU Marie ; VILLES Virginie ; SPIRE Bruno ; Les Cahiers internationaux de psychologie sociale ISSN 0777-0707 ; 2009, no82, pp. 145-167 [23 page(s) (article)] (3 p.1/4)

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