Lanuginosa hypertrichosis au cours de l’infection à VIH

Publié le 30.11.2010 | par Patricia Fener

Le lanuginosa hypertrichosis, hypertrophie acquise des cheveux, des cils, de la pilosité faciale et nucale, peut survenir chez des patients infectés par le VIH/sida, dénutris, dans un contexte d’immunodépression sévère. Longtemps considérée comme un syndrome paranéoplasique, cette entité clinique doit, du fait de sa prévalence au cours de l’infection rétrovirale et du niveau d’immunodépression qui l’accompagne, faire suspecter une pathologie néoplasique sous-jacente.

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VIH/sida et lanuginosa hypertrichosis ;Wikimedia commons

L’atteinte infectieuse des phanères est fréquente au cours du VIH/sida. Cependant, les ongles et les cheveux peuvent être affectés par des agents non infectieux comme dans la canitie, la leuchonychie [1], la dystrophie capillaire, ou l’alopécie. Plus rarement, on peut observer le lanuginosa hypertrichosis acquis (LHA) qui correspond à la survenue brutale d’un duvet, blanc ou blond, constitué de poils pouvant atteindre 10 à 15 cm en six à huit semaines au niveau des zones glabres du visage, avec possibilité de généralisation secondaire.

Immunodépression marquée et dénutrition
La Revue de Médecine Interne propose une publication décrivant le cas d’une femme de 41 ans, infectée par le VIH et hospitalisée pour une altération de l’état général, avec fièvre, perte de poids de 50 kg en six mois et une inflammation du membre inférieur droit.

L’examen clinique permet de mettre en évidence :
- des cheveux fins, cassants, éparses, ayant blanchi, associés à une hypertrophie bilatérale des cils et des sourcils ;
- un fin lanugo [2] au niveau des pommettes et de la nuque donnant un pseudo-aspect d’implantation capillaire basse. Il n’y a pas d’hirsutisme ni de signe de virilisation.

La patiente ne prend aucun traitement hormis de l’Halopéridol (neuroleptique) et de la Tropatépine (antagoniste des récepteurs muscariniques de l’acétylcholine au niveau central).

Le diagnostic de lanuginosa hypertrichosis est posé.

Le taux de lymphocytes CD4 est inférieur à 0,15 G par litre (valeurs normales : 0,5 à 1,6 G par litre soit 500 à 1600 par mm3).

La patiente présente également une pneumocystose, un abcès à streptocoque G du membre inférieur droit et une œsophagite candidosique.

Le bilan sanguin ne retrouve pas d’anomalie des hormones sexuelles ni de l’axe corticotrope. Il existe des carences profondes en vitamines (B9 à 2,9 μg par litre, vitamine C à 13 μmol par litre), ainsi qu’une hypoprotidémie témoin de la dénutrition (albumine à 20,5 g par litre).

Lanuginosa hypertrichosis et VIH
La première description de LHA a été faite en 1865 par Turner.

Cette pathologie est considérée comme un syndrome paranéoplasique, principalement rencontré lors de cancers broncho-pulmonaires et colo-rectaux.

La première observation décrite dans un contexte d’infection à VIH, en dehors de toute néoplasie, a été publiée en 1987.

Lors de l’infection à VIH, le tableau clinique de LHA est souvent incomplet.
- L’atteinte capillaire est la plus souvent décrite, associée à des aspects de canitie, d’alopecia areata [3] ou universalis [4], de trichopathie soyeuse chez le sujet noir, voire de dystrophie capillaire donnant au cheveu un aspect rigide.
- Le lanugo touchant la face et le cou, de même que l’hypertrophie ciliaire peuvent intervenir isolément. Ces manifestations sont cependant toujours retrouvées chez des patients au stade sida, avec une immunodépression profonde.

Des mécanismes étiopathogéniques pas encore clairement identifiés
Chez le sujet VIH+, il semble que ce soit le niveau d’immunodépression plus que le virus lui-même qui soit responsable du lanuginosa hypertrichosis. Des observations de LHA ont en effet été décrites chez des patients seronégatifs pour le VIH sous traitements immuno-modulateurs.
Des mécanismes immunologiques ou la dénutrition sévère sont également évoqués.

La prise d’un traitement antirétroviral efficace semble permettre la régression du lanuginosa hypertrichosis.




Source :
-  Un signe cutané rare d’immunodépression liée au VIH : le lanuginosa hypertrichosis
K. Polomat, J. Roger-Schmeltz, M. Longy-Boursier, P. Mercie
La Revue de Médecine Interne, Volume 31, Supplement 3, December 2010, Pages S470-S471



[1] La leuconychie est une manifestation unguéale rare, caractérisée par une coloration blanche de l’ongle. Elle peut être totale ou partielle (punctiforme, striée ou en bande) et de causes multiples.

[2] Le lanugo est un duvet très fin qui recouvre tout le corps du fœtus, à l’exception des paumes des mains et des plantes des pieds.
Un duvet de ce type peut également se voir chez les personnes anorexiques. Il est dû à la carence œstrogénique observée suite à l’amaigrissement.

[3] Forme d’alopécie caractérisée par une atteinte localisée par plaques

[4] Forme d’alopécie touchant l’ensemble du corps.

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