Le dépistage anténatal du VIH amélioré par un dépliant informatif

Publié le 20.01.2011 | par Patricia Fener

Un dépliant informatif, remis aux femmes enceintes lors de la première consultation prénatale, semble avoir un impact positif sur leur adhésion au dépistage anténatal du VIH. L’amélioration de leurs connaissances sur les risques de la transmission mère-enfant de cette infection les conduit en effet à accepter plus facilement le test de dépistage. Il faut savoir qu’actuellement, un quart des femmes enceintes infectées découvrent leur séropositivité à l’occasion de leur grossesse et que le dépistage de l’infection par le VIH conditionne l’accès aux soins de la femme et la prévention de la transmission du VIH à l’enfant.

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VIH, dépistage prenatal ; Gustav Klimt (1862–1918) “Die Hoffnung“ ; Wikimedia commons GNU Free Documentation License

Un recours au dispositif de dépistage du VIH insuffisant chez les femmes en âge de procréer
Selon l’Enquête périnatale française (EPF) de l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS), la proportion de femmes enceintes infectées par le VIH et découvrant leur séropositivité à l’occasion de leur grossesse n’a pas diminué au cours des dix dernières années. Il apparaît donc que la démarche de dépistage de l’infection à VIH n’est pas optimale chez les femmes enceintes, notamment chez les femmes migrantes.

Des résultats significatifs au Centre hospitalier régional universitaire de Tours grâce à un dépliant informatif
La maternité du CHRU de Tours a mené une étude prospective comparative, conduite en deux étapes du 1er mars au 30 septembre 2007, sur 539 patientes se présentant à une première consultation prénatale.

Un auto-questionnaire anonyme a tout d’abord été remis à chaque femme enceinte. La deuxième étape a comporté l’addition d’un dépliant informatif au questionnaire.

Actuellement, 25,1 % des femmes enceintes n’ont pas réalisé de test pendant leur grossesse.
En proposant systématiquement le test de dépistage du VIH lors des consultations prénatales, ce chiffre passe à 12,9 %.
Dans le cadre de l’étude du CHRU de Tours, le dépliant informatif a permis de diminuer ce taux à 8,2 % . Le principal motif de refus du test anténatal est l’existence d’un test négatif avant la grossesse.

Le niveau d’études supérieur des patientes constitue le seul facteur de refus du dépistage identifié. Cette population est mieux informée sur les risques de transmission comme le montrent les réponses aux questionnaires. Pour les auteurs de cette étude, les femmes ayant fait des études supérieures évaluent le risque d’infection avant d’accepter ou de refuser le test.

Les questionnaires ont permis de mettre en évidence une sous-évaluation de certains risques de transmission du VIH, notamment ceux spécifiques à la grossesse.

En France, depuis la loi n°93-121 du 27 janvier 1993 [1], le dépistage systématique de l’infection par le VIH est proposé à toute femme enceinte lors de la première consultation prénatale, après consentement préalable
A l’occasion du premier examen prénatal, après information sur les risques de contamination, un test de dépistage de l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine est proposé à la femme enceinte
Les dernières recommandations préconisent également :
- De proposer lors de la consultation du 6e mois de grossesse un contrôle sérologique aux femmes séronégatives exposées à un risque viral, tout particulièrement à celles dont le partenaire est séropositif pour le VIH ou de statut inconnu ;
- De proposer un test de dépistage du VIH à tous les futurs pères.

Le rapport Yeni 2010 fait état d’une amélioration des taux d’acceptation et de réalisation du dépistage du VIH au cours de la grossesse avec la mise en œuvre d’une stratégie de dépistage universel en opt-out (après notification que le test sera effectué sauf si le patient s’y oppose). Cette stratégie s’accompagne de la délivrance d’une information minimale en amont de la réalisation du dépistage.

Il faut rappeler que dans le cadre de la grossesse, un test de dépistage de l’infection par le VIH doit être proposé :
- Lors de la 1ère consultation prénatale ;
- Au cours du 3ème trimestre de grossesse aux femmes séronégatives exposées à un risque (Utilisatrices de drogues par voie intraveineuse, travailleuses du sexe, partenaires sexuels de personnes infectées par le VIH, multiplication des partenaires sexuels durant la grossesse) ;
- Aux conjoints et futurs pères avant la naissance.
Cette proposition d’un test de dépistage aux conjoints et futurs pères devrait être facilitée par la mise en œuvre des nouvelles recommandations de dépistage à l’ensemble de la population, hors notion d’exposition à un risque (et plus régulièrement pour certaines populations), figurant dans le nouveau plan 2010-2014 de lutte contre les VIH et les infections sexuellement transmissibles (IST).

Banaliser et améliorer la pratique du dépistage de l’infection à VIH, grâce à des outils tels que des dépliants informatifs, permet d’accèder à un traitement antirétroviral plus précocément et à des soins optimaux réduisant la morbidité et de la mortalité. Le dépistage prénatal peut également favoriser la mise en œuvre d’une prise en charge précoce adaptée chez la femme enceinte séropositive réduisant les risques de transmission à l’enfant ou permettant une prévention des infections opportunistes. Enfin, le test de dépistage peut être utilisé comme un outil de prévention en favorisant le changement des attitudes et comportements et en réduisant l’infectivité des personnes traitées.



Source :
-  Dépistage anténatal du VIH : connaissances, attitudes, croyances et comportements des femmes enceintes. Analyse des pratiques actuelles et impact de la mise en place d’un dépliant informatif
M. Morin, J. Potin, C. Perrin, N. Thiercelin, F. Perrotin
Journal de Gynécologie Obstétrique et Biologie de la Reproduction, 2010, article sous presse
-  santegouv  : plan national de lutte contre le VIH et les IST 2010-2014
-  rapport Yeni  : dépistage et nouvelles stratégies de prévention de la transmission du VIH
-  Inpes  : dépistage du VIH et des infections sexuellement transmissibles

Pour en savoir plus :
-  SOGC  : Test de dépistage du VIH pendant la grossesse


[1] "A l’occasion du premier examen prénatal, après information sur les risques de contamination, un test de dépistage de l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine est proposé à la femme enceinte"

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