Le diabète, une comormidité trop banalisée par le patient séropositif

Publié le 31.08.2011 | par Claire Criton

La plupart des patients diabétiques séropositifs pour le VIH ont un virus contrôlé par une bonne observance thérapeutique, alors que seule une petite minorité d’entre eux a un diabète équilibré. Le VIH est perçu comme la maladie principale et la plus menaçante. Une meilleure prise de conscience par les patients de l’importance du diabète semble nécessaire afin d’améliorer leur qualité de vie et de réduire la mortalité.

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Sida et diabète ; Wikimedia commons ; Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license

Une étude française transversale étudiant le retentissement de la comorbidité VIH/diabète

L’étude a inclus les patients vivants, séropositifs pour le VIH, symptomatiques ou non, d’âge supérieur à 18 ans, suivis au CHU de Grenoble et dont l’enregistrement mentionnait un traitement antidiabétique oral ou par insuline en cours. 29 patients sur 748 sujets séropositifs répondaient à ces critères.

Les chercheurs se sont intéressés à :
- la prévalence du diabète et à ses facteurs de risque ;
- l’observance ;
- la qualité de vie des patients.

Le diabète, une comorbidité importante dans la population infectée par le VIH

La prévalence du diabète est de 4 %, donc élevée compte tenu du jeune âge de la population de patients séropositifs traités pour le VIH. Celle-ci serait jusqu’à quatre fois plus élevée que dans la population générale.

La précocité d’apparition et la prévalence élevée s’expliquent par l’ insulinorésistance due aux antiviraux (inhibiteurs de protéase de première génération et analogues de la thymidine) et au virus lui-même.

Un diabète moins bien équilibré

93 % des patients infectés par le VIH et atteints de diabète ont un virus contrôlé alors que l’équilibre du diabète est obtenu pour seulement 22 % d’entre eux.

Les patients infectés par le VIH présentent un diabète moins bien équilibré que la population diabétique générale. La proportion de patients avec une hémoglobine glyquée inférieure à 6,5 % était de 22 % dans la cohorte étudiée contre 32,2 % chez les sujets diabétiques français en 2007.

Les auteurs avancent deux explications à ce phénomène :
- le nombre plus élevé de médicaments avec le risque d’interactions médicamenteuses ;
- une perception trop banalisée du diabète.

Une observance thérapeutique imparfaite chez 35 % des patients de l’échantillon

- 23 % des patients présentaient un défaut d’observance pour l’ensemble des traitements, 8 % pour le traitement antidiabétique seul, et 4 % pour le traitement antiviral seul.

- Ce défaut d’observance pourrait s’expliquer par le fait qu’un traitement quotidien a un impact négatif sur la qualité de vie ressentie pour plus de la moitié des patients

Une qualité de vie physique très altérée par rapport à la population générale de même âge

La prise d’un traitement quotidien diminuait la qualité de vie pour 64 % des patients. La qualité de vie mentale semblait mieux conservée que la qualité de vie physique, grâce vraisemblablement au suivi rapproché et multidisciplinaire de ces patients.

Rendre le patient acteur de sa maladie et plus autonome

Optimiser l’observance par l’éducation thérapeutique pourrait améliorer la santé de cette population d’une façon bien plus importante que n’importe quel progrès médical.

Le diabète, une maladie plus intégrée et trop banalisée

Plus de la moitié des patients interrogés perçoit l’infection par le VIH comme leur maladie principale, celle qui menace leur vie.

La séropositivité VIH reste une maladie liée à des productions imaginaires très fortes concernant la mort, le sexe et les modes de jouissance.

Attention, un effectif limité pour cette étude

L’effectif limité de patients pourrait être à l’origine d’un défaut de précision dans les estimations et un défaut de puissance dans les comparaisons statistiques.


Source

- Caroline Henry, Patricia Pavese, Myriam Blanc, José Labarère, Pascale Leclercq, Jean-Paul Brion ; “Infection par le virus de l’immunodéficience humaine et diabète : vécu et qualité de vie des patients confrontés à deux maladies chroniques”  ; La Presse Médicale, article sous presse du 9 août 2011

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